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Nicole Spangenberg, du maquis à La Nouvelle-Orléans

À 16 ans, Nicole Spangenberg a été résistante durant la Seconde Guerre mondiale. C’est en Louisiane, où elle vit désormais, qu’elle a reçu samedi 21 mars des mains de Pierre Vimont, ambassadeur de France aux États-Unis, l’insigne de la Légion d’honneur. Portrait d’une francophone héroïque.

À aucun moment sa mémoire ne flanche. Plus de 65 ans après les faits, Nicole Spangenberg se souvient de tous les détails de son passé de résistante. Un passé qui sera récompensé demain par une Légion d’honneur remise par Pierre Vimont, l’ambassadeur de France aux États-Unis.

Son histoire commence en 1940 alors que les Allemands sont aux portes de Paris. Les bombardements sur la capitale française s’intensifient, poussant Nicole Spangenberg à se réfugier avec sa famille dans leur maison à Cannes, dans le Sud de la France.  « En allant dans la zone non occupée, nous pensions être en sécurité. Mais les Allemands ont envahi toute la France en 1942. « Cannes n’était plus le havre de paix que nous connaissions à cause de la voie ferroviaire qui la reliait à l’Italie », se souvient la Française âgée aujourd’hui de 81 ans.

Deuxième exode pour la famille Spangenberg en 1943. Alors âgée de 16 ans, elle part s’abriter dans un petit hôtel des Basses-Alpes que les Spangenberg partagent avec d’autres familles. De cette cohabitation naît une grande solidarité. Quand elle ne consacre pas ses journées à chercher de la nourriture pour les habitants de l’hôtel, la jeune fille assiste un docteur juif, Mr Waechtel, et une infirmière. Sans aucune formation de médecine, Nicole Spangenberg apprend à leurs côtés à soigner les blessés.

En sillonnant la campagne à bicyclette, elle fait à cette époque-là la rencontre d’un résistant, tout aussi jeune qu’elle. « Il m’a dit qu’ils avaient beaucoup de blessés dans leur camp en haut de la montagne. Avec l’infirmière et le docteur, nous sommes donc allés les aider », raconte-t-elle. À cause des allers-retours à vélo, la jeune fille se fait repérer par les Allemands. De peur d’être fusillée, elle quitte sa famille pour rejoindre les résistants, installés dans les refuges de berger perchés dans les montagnes.

Fusil au bras et pilule de cyanure dans son talon de chaussure, la jeune fille de 16 ans connait alors la vie de résistante. « On dormait sur la paille, on n’avait presque rien à manger et rien pour se laver. Je n’oublierai jamais les rats et les souris partout », relate-t-elle. Avec ses quelques notions de médecine, elle vient en aide aux blessés. Après quelques semaines, elle apprend que l’hôtel où ses parents logeaient a été détruit par les Allemands. Ce n’est que lorsque le docteur Waechtel vient à son tour se refugier avec les résistants qu’elle apprendra que les siens sont sains et saufs, à l’abri dans un autre village.  « J’étais contente de voir le docteur. Nous avons même sauvé la vie d’un homme en amputant sa jambe, »  raconte-t-elle.

Cette vie avec la Résistance a duré des semaines jusqu’au jour où sa famille est revenue la chercher pour s’installer dans un autre hôtel en attendant l’arrivée imminente des Américains. De retour à Cannes, elle devient infirmière dans l’hôpital des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), avant de retourner à Paris.

Après la victoire des Alliés, Nicole Spangenberg part étudier aux États-Unis, au pays de ses « sauveteurs ». Ses souvenirs ont résisté au temps tout comme son attrait au domaine médical, puisqu’elle est devenue secrétaire médicale avant d’épouser un Américain, installé en Louisiane.

« J’ai raconté à mes quatre enfants mon passé, mais il faut l’avoir vécu pour vraiment réaliser l’ampleur de l’événement. » Et Nicole Spangenberg  de conclure modestement : « Je n’étais pas la seule et en plus à 16 ans, on se croit invincible.»

 

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