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Noël provençal, coutumes ancestrales

La fête de Noël a longtemps revêtu en Provence un caractère particulier. De nos jours, le rituel s’est simplifié, et les Provençaux manifestent toujours leur fidélité aux coutumes ancestrales, des santons de Marseille à la cérémonie du pastrage aux Baux-de-Provence.

Noël est par excellence une fête de famille mais il est possible pour les visiteurs de prendre part à certaines festivités ouvertes au public, comme aux Baux-de-Provence, à Allauch (Bouches-du-Rhône) ou encore sur les nombreux marchés de Noël et foires aux santons.

Le « temps de Noël » en Provence dure traditionnellement quarante jours, du 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, jusqu’à la Chandeleur, le 2 février. Cette longue durée a favorisé le développement des crèches peuplées de santons (petits saints). De nos jours, nombreuses sont les foires aux santons qui se tiennent dès la mi-novembre.

Les Provençaux font remonter la tradition des santons à saint François d’Assise dont la mère était native de Tarascon (Vaucluse). C’est lui qui eut l’idée de réaliser la première crèche. D’abord en bois sculpté au XIIe siècle, puis en verre filé au XVIIe, les santons sont devenus des personnages d’argile au siècle suivant, sous l’impulsion de Jean-Louis Lagnel, né à Marseille en 1764. Durant la Révolution, toute manifestation religieuse (messe de minuit et crèche) était frappée d’interdit. Les Marseillais furent les premiers à contourner la loi en créant chez eux une représentation de la Nativité. La tradition des crèches dans les maisons était née, et avec elle, l’apparition des santons.

Le vrai santon provençal est fait d’argile très fine dont on remplit un moule de plâtre. Chaque santon est retouché à la main avant séchage et cuisson, puis peint minutieusement.

En Provence, le céleste s’adapte à l’imagerie populaire, ainsi, à côté de la Sainte Famille veillée par le bœuf et l’âne, les santons figurent-ils les personnages de la vie quotidienne, exerçant différents métiers. L’ange Boutefeu, messager de la Nativité ouvre la scène et guide la population vers l’étable où est né l’enfant. Puis viennent l’indispensable pêcheur (certains disciples de Jésus étaient pêcheurs), le tambourinaire, le gitan à la guitare, le boulanger, la marchande de lavande, la poissonnière, la boumiane prête à lire la bonne aventure, le rémouleur et sa meule, le gardian à cheval, lou ravi (qui lève les bras au ciel en signe d’étonnement admiratif).

Le Cacho-fio

La soirée du 24 décembre débute par le cacho-fio, c’est-à-dire la mise à feu de la bûche de Noël, souvent une souche d’olivier au bois très dense choisie pour brûler toute la nuit. Cette tradition du cacho-fio, très ancienne, est riche de nombreux symboles : fascination du feu, rite de la fécondité, culte des ancêtres mais aussi rapprochement des générations, unissant le plus jeune au plus âgé de la famille.

A ce dernier incombe la responsabilité d’arroser la bûche par trois fois avec de l’huile d’olive ou du vin, en prononçant la phrase rituelle : « Cacho-fio, Bouto-fioà l’an que vein se sian pa maï que segan pas mein » (« Cache le feu, allume le feu…à l’an prochain, si nous ne sommes pas plus, que nous n’y soyons pas moins »). Tous les membres de la famille en regardent monter les flammes. Si celles-ci se courbent comme des épis trop lourds, la récolte sera bonne, si la flamme est mince et droite, cela présage une mauvaise année.

La bûche allumée, la veillée de Noël (calendale) commence, suivie de chants et de cantiques en langue provençale.

Le Gros Souper

Le Gros Souper (lou gros soupa) qui suit l’allumage de la bûche obéit à un rituel précis. S’il est copieux, il est néanmoins « maigre » car, précédant la messe de minuit, l’abstinence de viande y est strictement observée.

La tradition de Noël en Provence, c’est aussi l’art de mettre la table selon des règles bien établies. Sur la table décorée de trois nappes superposées, on place un gros pain et douze petits pains, trois assiettes de blé en herbe sur un lit de coton humide planté le jour de la Sainte-Barbe et du houx fleuri. Le plat principal est le poisson (le plus souvent de la morue) accompagné de légumes traditionnels tels que chou-fleur, cardon, céleri, artichaut.

Après avoir enlevé la première nappe, on apporte les desserts composés de pâtisseries et de fruits qui seront dégustés au retour de la messe de minuit. Ils sont au nombre de treize (symbolisant les douze apôtres et le Christ durant la Cène), répartis en coupes, assiettes et corbeilles. Chaque convive est tenu de goûter aux treize mets.

On y trouve  des noix, des noisettes, des amandes, des figues séchées et des raisins secs que l’on appelait les mendiants, par analogie avec la couleur de l’habit des moines d’ordres mendiants. Viennent ensuite trois gâteaux sucrés, offrande délicate préfigurant l’arrivée des trois Rois Mages: la « pompe », sorte de galette à l’huile trempée dans du vin cuit, le nougat blanc (symbole du Bien) et le nougat noir (le Mal), les fruits confits et les fruits frais. On peut y trouver également les calissons, spécialité d’Aix-en-Provence depuis le XVè siècle, les navettes (sorte de brioche ) et les marrons de Collobrières (village des Maures spécialisé dans la fabrication des marrons glacés).

Le pain de Noël, « pan calendau » que l’on mange encore à Nice, est une pâte très fine parfumée à la fleur d’oranger. On y mélange du zeste de citron, des grains d’anis, des raisins secs, de cédrat confit et des pignons.

Après le repas, on remonte les quatre coins des trois nappes pour que tout le repas soit à nouveau mangé par les défunts de la famille qui, selon la croyance,  reviennent pendant la nuit de Noël. Une autre tradition remontant à une époque pré-chrétienne veut que la table soit desservie pour que les « armetto » ou petites âmes des dieux lares puissent venir picorer les miettes. Enfin, pendant tout le repas, on doit gorger de nourriture les chats de la maison car s’ils se mettent à miauler, c’est signe de malchance.

Cérémonie du pastrage

Dans certains villages où la tradition pastorale est particulièrement conservée, le rituel du pastrage (offrande de l’agneau nouveau-né) se perpétue durant la messe de minuit. Cette coutume salue le solstice d’hiver correspondant à la période d’agnelage. Certaines messes de minuit avec « pastrage » sont très populaires, en particulier, à Saint-Michel-de-Frigolet, Allauch, Saint-Rémy-de-Provence, Barbentane, Maillane, Fontvieille et surtout celle des Baux-de-Provence.

Dans la petite église des Baux, les premiers fidèles – et curieux – arrivent par groupes dès la tombée de la nuit. L’attente est longue et ce n’est qu’à 22h30 que la scène commence à s’animer. Un jeune Provençal chante des cantiques accompagné d’un tutupanpan, nom donné au long tambour étroit joué de la main droite, tandis que la gauche joue du galoubet, variété de pipeau.

A ce moment précis, un étrange cortège remonte la nef. Avec son feutre à larges bords, sa cape de bure délavée, son bâton de sorbier rouge, celui qui mène la procession, lou bayle (le chef berger), attire tous les regards. Il conduit un bélier choisi pour la beauté de ses cornes, ornées de rubans de couleur et tirant le char de l’agneau.  C’est un petit chariot garni de bougies. Un agneau nouveau-né repose en son centre, couché sur un tapis de laine rouge, un ruban rouge au cou. Lou baye, un cierge allumé à la main, s’avance vers le maître-autel. Derrière lui, un cortège de bergers et bergères marche lentement et avec gravité. Les bergères sont coiffées de garbelins, hauts chapeaux de forme conique, garnis de fruits. Telles les déesses de la Fécondité, elles portent à la ceinture des corbeilles de fruits et de présents.

C’est alors que l’assistance entonne : « La luno es levado ». Le chef berger, arrivé devant l’autel, prend l’agneau sous son bras droit. Tenant l’agneau bien serré, le chef berger s’agenouille devant l’autel, salue de la tête le curé puis tend l’agneau à une bergère qui effectue les mêmes gestes.

Cette cérémonie, où se marient, avec naturel, rites païens et chrétiens dans l’adoration de Jésus et la supplique ancestrale pour la fertilité des troupeaux, est commune à toute la Provence pastorale.

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