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Nouvelle nuit d’effroi à Port-au-Prince

Port-au-Prince a vécu mercredi une deuxième nuit de cauchemar au milieu des décombres après le violent séisme qui a frappé Haïti, transformant des quartiers entiers en cimetières à ciel ouvert, alors que l’aide internationale a commencé à arriver.

Ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont du passer une nuit à la belle étoile, dans l’obscurité totale, faute de courant, 24 heures après le tremblement de terre qui a détruit une partie de la ville. La violence de la secousse, d’une magnitude 7, la plus forte dans ce pays depuis plus de deux siècles, faiit craindre un bilan effroyable: le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, a dit redouter qu’il ne soit “bien au dessus des 100.000” décès.

Le président René Préval avait parlé auparavant de plusieurs milliers de morts. “Le Parlement s’est effondré (…). Des hôpitaux se sont effondrés. Certaines écoles sont remplies de cadavres”, a dit M. Préval, qui a également appelé la communauté internationale à l’aide.

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, qui a écourté un voyage à l’étranger pour se concentrer sur cette crise, a estimé que le bilan “sera l’un des plus élevés de ces dernières années en termes de pertes de vies humaines”.

La catastrophe a durement frappé la tête de l’Etat: des ministres sont portés disparus et le président du Parlement, Kelly Bastien, se trouverait dans les décombres de l’assemblée, a dit à l’AFP Jocelerme Privert, un ancien ministre.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a indiqué que le séisme exigerait un effort majeur des secours, dont pourraient avoir besoin quelque 3 millions de sinistrés, ajoutant qu’il se rendrait sur place “dès que possible”.

D’énormes moyens militaires ont commencé à arriver. Alors que le président Barack Obama promettait une intervention américaine “rapide, coordonnée et énergique”, un bâtiment des garde-côtes américains est arrivé dans la baie de Port-au-Prince, suivi par un second bâtiment. Un porte-avions nucléaire américain devait être en vue d’Haïti jeudi et Washington envisage de déployer également un bateau-hôpital.

Des sauveteurs français, canadiens, vénézuéliens, chiliens ou encore jordaniens, accompagnés de chiens et de tonnes de matériel d’urgence, sont attendus, dans une course contre la montre pour sortir des gravats d’éventuels survivants.

Médecins sans frontières devait envoyer un hôpital gonflable d’une capacité de 100 lits. Le Mexique a annoncé trois avions et un navire-hôpital avec 70 tonnes de vivres ainsi qu’une centaine de sauveteurs, médecins et techniciens.

Selon l’institut américain de géophysique, la longue secousse qui s’est produite mardi à 16H53 locales (21H53 GMT), à seulement 15 km à l’ouest de Port-au-Prince, a été ressentie “très fortement par 3 millions d’Haïtiens”.

Des corps sans vie ou blessés jonchaient la capitale surpeuplée du pays le plus pauvre des Amériques, alors que les forces de l’ONU fouillaient les ruines et tentaient de disperser les pillards. Le quartier général de la Mission de stabilisation de l’ONU en Haïti (Minustah), qui compte environ 11.000 personnes dans le pays, s’est effondré.

Le président Préval a annoncé que le chef de l’ONU en Haïti, le Tunisien Hedi Annabi, avait été tué dans l’effondrement, décès que les Nations unies n’ont pas confirmé. L’ONU a indiqué que 16 membres de la mission étaient décédés et quelque 150 autres portés disparus.

Paris recherche pour sa part “activement” une cinquantaine de Français. Quelque 200 personnes seraient également ensevelies sous les décombres d’un grand hôtel, Le Montana, selon un ministre français.

Le séisme a très fortement perturbé les communications dans un pays aux infrastructures déjà rudimentaires, rendant quasi impossible l’acheminement de blessés dans les centres hospitaliers encore debout.

Certains arrivaient par dizaines mercredi à Jimani, en République dominicaine, où se trouve un petit hôpital, et les patients les plus en danger étaient transférés vers des centres hospitaliers mieux équipés à Saint-Domingue.

La Banque mondiale a annoncé qu’elle allait débloquer 100 millions de dollars supplémentaires “pour soutenir le rétablissement et la reconstruction du pays”.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a lancé un appel pour récolter 10 millions de dollars, destinés à financer l’hébergement temporaire, l’approvisionnement en eau, les soins médicaux et le soutien psychologique. “Même un ou deux dollars” peuvent suffire, a lancé l’ancien président américain Bill Clinton, également envoyé spécial de l’ONU pour Haïti.

A l’étranger, les communautés haïtiennes cherchaient désespérément des nouvelles de leurs proches. “Nous sommes un peuple vaillant, restez debout”, a lancé aux Haïtiens, à travers les larmes, la gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, elle-même d’origine haïtienne.

Aux Etats-Unis, des célébrités, emmenées par le chanteur d’origine haïtienne Wyclef Jean et parmi lesquelles on comptait le couple d’acteurs Brad Pitt et Angelina Jolie, ont annoncé leur mobilisation et appelé aux dons individuels.

La police fédérale américaine (FBI) a cependant mis en garde contre les arnaques sur internet, conseillant aux Américains de “redoubler de vigilance” sur les appels aux dons.

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