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Nuages noirs sur le “Tour propre”

Après les Espagnols Manuel Bertran et Moises Duenas, c’est l’Italien Riccardo Ricco, vainqueur de deux étapes, qui quitte le "Tour propre" entre deux gendarmes. "Une catastrophe pour le cyclisme", selon Jean-François Lamour (photo ci-dessous), ancien ministre des Sports, qui réagit pour France-Amérique.

"Faut-il arrêter le Tour de France parce qu’un coureur déconne?", s’interrogeait Éric Boyer le manager de la formation Cofidis avant le départ. Le premier coureur à avoir "déconné" cette année s’appelle Manuel Beltran, contrôlé positif à l’érythropoiétine (EPO), et la réponse unanime chez les coureurs, les dirigeants, le public, les sponsors et les média était, le 10 juillet, évidemment, non. Le peloton a donc continué sa route, sans le coureur espagnol, aussitôt suspendu par Liquigas qui obéissait ainsi aux termes du contrat signé par toutes les équipes avec les organisateurs du Tour, l’Amaury Sport Organisation (ASO).

Faut-il arrêter parce qu’un deuxième (Moises Duenas) et puis un troisiéme (Riccardo Ricco) coureur "déconne"?… Car il devient difficile maintenant de parler de cas isolé comme l’a fait le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, promoteur, en 2008, d’un "Tour propre" après le désastreux "Tour du renouveau", cru 2007. D’autant que le troisième cas est spectaculaire. L’Italien Riccardo Ricco, classé 9e du classement général, deux fois vainqueur d’étape cette année, n’est pas monté sur son vélo jeudi matin, pas plus que le reste de l’équipe Saunier Duval – dont il est le leader – qui a décidé d’abandonner le Tour. Il s’est éloigné de la caravane dans une marée de journalistes et en compagnie des gendarmes.

"Cela prouve qu’une partie du peloton n’a toujours pas compris", réagit Jean-Francois Lamour, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, joint par téléphone après la 12e étape. "Ils sont en train de tuer leur sport. On se trouve ici en face de coureurs qui imposent un front organisé, un dopage médicalisé", poursuit-il, en colère.

Jean-François Lamour, ancien champion olympique d’escrime qui fut aussi vice-président de l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) en 2007, constate avec inquiétude que la lutte antidopage, sur le terrain de la santé publique, porte peu de fruits. "Ce sont des professionnels qui se fichent complètement des risques énormes qu’ils prennent. Ils préfèrent jouer le tout pour le tout pour devenir les ‘rois du pétrole’ maintenant… Tant pis pour les conséquences après… Ils pensent à leur carrière, pas à leur santé. Leur discours c’est : ‘Si on meurt, c’est notre problème’. Ils espèrent tous passer entre les mailles du filet."

Un filet qui apparemment se resserre. "La bonne nouvelle, conclut-il un rien désabusé, s’il y a en a une, c’est que l’AFLD (Agence francaise de lutte contre le dopage) semble en capacité de détecter des nouvelles générations de produits et qu’elle ne l’a pas fait savoir avant. Cela permet de rattraper des tricheurs même si on a l’impression qu’ils ont toujours un train d’avance."

L’AFLD est issue de la loi Lamour de 2006, qui lui garantit une complète indépendance dans son fonctionnement. Elle est en charge pour la première fois des contrôles sur le Tour de France. En effet, cette année, à cause d’un litige loin d’être réglé entre l’Amaury Sport Organisation (ASO) et l’Union cycliste internationale (UCI), l’épreuve est placée sous l’égide de la Fédération française de cyclisme.

L’AFLD avait annoncé avant la première étape qu’elle avait réussi à localiser tous les coureurs à qui elle souhaitait faire subir des prélèvements sanguins. Les résultats de ces analyses ont été remis en main propre aux coureurs concernés vendredi 11 juillet. Une démarche qui, précisait le communiqué de presse, n’avait "en aucun cas valeur d’avertissement au sens juridique du terme. Après avis médical, il a en revanche été suggéré à un certain nombre de coureurs de remettre leurs résultats au médecin de leur équipe, en raison de la possibilité d’un risque sanitaire, compte tenu des valeurs de certains paramètres." Ricardo Ricco faisait partie de la dizaine de participants concernés.

  

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Pour suivre le Tour de France aux États-Unis : Versus Channel. Se reporter au site internet www.versus.com pour trouver votre chaîne locale. Le site donne aussi une couverture détaillée de l’épreuve, comme le site de L’Equipe: www.lequipe.fr

 

 

 

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