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Nucléaire : L’abandon de l’atome coûterait cher à la France

La France pourrait, à l’instar de l’Allemagne, abandonner le nucléaire mais cela lui coûterait très cher car elle est beaucoup plus dépendante de cette énergie que Berlin.

L’Allemagne, qui a décidé lundi de sortir de l’énergie nucléaire d’ici 2022, produit 22% de son électricité grâce à l’atome, contre plus de 75% en France.

Ce pays est la première puissance industrielle à renoncer à l’atome depuis la catastrophe de Fukushima au Japon, en mars dernier.

Mais en abandonnant le nucléaire, “l’Allemagne sera encore plus dépendante des énergies fossiles et des importations, et son électricité sera plus chère et plus polluante”, a estimé lundi le ministre de l’Energie Eric Besson dans un communiqué.

Le Premier ministre François Fillon a de son côté jugé que le nucléaire restait “une solution d’avenir”, pour notamment réduire les gaz à effet de serre.

Pourtant certains spécialistes, comme l’association Négawatt, qui rassemble des ingénieurs et des architectes, considèrent que la France peut “progressivement” fermer ses réacteurs sur 30 ans tout en réduisant ses émissions de CO2.

“Même si la France est bien plus dépendante que l’Allemagne de l’électricité nucléaire, il est possible d’en sortir en l’espace d’une génération”, a aussi estimé Nicolas Hulot, candidat à la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts pour la présidentielle.

Cette option coûterait néanmoins très cher à la France, car elle devrait investir lourdement dans les énergies renouvelables et faire d’importantes économies d’énergie.

“La sortie sera plus difficile” en France – qui dispose de 58 réacteurs – qu’en Allemagne – avec 17 réacteurs – reconnaît Thierry Salomon, président de Négawatt.

Pour M. Salomon “il faut mettre l’accent sur les économies d’énergie, et opter, comme en Allemagne, pour un grand plan de développement des énergies renouvelables”.

“On peut aller loin” en France dans l’abandon du nucléaire “si on met le prix”, souligne Patrick Criqui, directeur de recherche au CNRS, spécialisé dans l’analyse économique des problèmes énergétiques.

Patrice Geoffron, professeur à Paris-Dauphine, directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP), ne croit pas à l’abandon total du nucléaire en France, qui engendrerait “des coûts extraordinaires, avec des investissements de plusieurs centaines de milliards d’euros”.

En outre, les énergies renouvelables (solaire, éolien) sont trop “intermittentes”, selon M. Geoffron. Pour disposer d’une énergie de base, c’est-à-dire produite en continue, la France risque d’être “tentée d’utiliser le charbon et le gaz”, qui émettent des gaz à effet de serre, contrairement au nucléaire.

La France doit pour cela trouver des solutions de “stockage de masse de l’électricité”, souligne de son côté M. Criqui.

En outre, dans un contexte de hausse du prix de l’énergie, “il y aurait un souci d’acceptabilité” du prix de l’électricité notamment par les populations modestes, ajoute M. Geoffron.

Pour autant, “moins de nucléaire peut s’imaginer à l’horizon de deux ou trois décennies”, c’est-à-dire passer de 80% à 50% de la production d’électricité, estime M. Geoffron.

En fait, selon lui, “l’Allemagne peut se permettre de sortir du nucléaire, car elle a un voisin qui s’appelle la France qui peut lui vendre de l’électricité”. D’origine nucléaire.

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