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Obama à Berlin, 50 ans après Kennedy

La visite de Barack Obama mardi et mercredi à Berlin va forcément rappeler celle de John F. Kennedy il y a 50 ans, mais l’Allemagne de 2013 semble moins enthousiaste que celle de 1963 à l’égard de son prédécesseur.

Les Allemands attendent ses explications, notamment sur l’espionnage des communications. L’accord de libre-échange USA-UE, la Syrie ou encore le retrait d’Afghanistan devraient également être au programme des discussions avec la chancelière Angela Merkel. En 2008, encore candidat, Barack Obama avait reçu un accueil délirant de quelque 200 000 personnes venues l’écouter en plein air. Mme Merkel lui aurait à l’époque refusé la Porte de Brandebourg. Mais pour cette visite de 24 heures, l’accueil risque d’être un peu plus sourcilleux, en dépit des préparatifs du 50e anniversaire du discours de JFK la semaine suivante.

Le “Ich bin ein Berliner” (je suis un Berlinois) lancé par Kennedy en 1963 reste un évènement majeur dans l’imaginaire collectif des Allemands qui n’ont pas oublié ce geste de solidarité à l’égard de la ville déchirée par la guerre froide. Kennedy adressait en outre un signe sur la réintégration de leur pays dans le concert des nations démocratiques, après les horreurs du nazisme. Barack Obama, qui sera accompagné de sa femme Michelle, doit tenir un discours mercredi sur les “liens durables” entre les deux pays, depuis la Porte de Brandebourg, symbole de l’unité allemande retrouvée, qui se dressait en Allemagne de l’est communiste lorsque la ville était divisée.

L’Allemagne attend d’Obama qu’il montre à quel point l’Europe continue de compter pour les Etats-Unis alors qu’avec lui ils se sont tournés vers l’Asie. “L’ami perdu”, titrait cette semaine l’influent hebdomadaire Der Spiegel. Avec en Une, un montage photo présentant Obama dans l’ombre de Kennedy, le journal s’inquiétait d’un appauvrissement des liens. Pour le magazine, “la visite de Kennedy à Berlin, c’était la célébration quasi extatique d’une alliance protectrice” entre les USA et l’Allemagne tandis que le voyage de son successeur, “non moins charismatique”, s’apparente plus à “une simple réunion de famille”, quelque 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale et plus de 20 ans après la chute du communisme européen.

Le nombre de soldats américains stationnés dans le pays est passé d’environ 200.000 au début des années 1990 à 73 000 aujourd’hui, et la Chine a supplanté l’Europe comme premier débouché pour les biens de consommation américains. Certes, 90% des Allemands espéraient la réélection d’Obama en novembre, mais les Allemands sont déçus par l’absence d’avancées dans la lutte contre le réchauffement climatique ou la fermeture du camp de Guantanamo. Et les récentes révélations sur un programme de surveillance d’internet ont choqué un pays où nombre de personnes ont souffert de l’espionnage systématique de la police politique est-allemande (Stasi).

Ce dossier sera abordé, a assuré le porte-parole d’Angela Merkel, chancelière qui a grandi en RDA. Au lendemain du sommet du G8 en Irlande du Nord, lundi et mardi, les frictions dans les négociations sur l’accord de libre-échange américano-européen seront aussi abordées. Mme Merkel soutient le projet mais l’Allemagne a des réserves sur les OGM. Et M. Obama devrait à nouveau demander que l’Allemagne assume sa prééminence économique et relance la machine européenne.

Côté personnel, la relation entre Obama et la dirigeante la plus influente d’Europe semble être empreinte de confiance et de respect mutuels, Merkel ayant eu par exemple le rare privilège d’un dîner d’Etat à la Maison blanche en 2011 et d’être honorée de la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile américaine. En 2008, “Obama avait montré une aisance proche de la légèreté, ce qui n’a jamais été le fort de la chancelière. Elle n’est pas détendue, et à coup sûr jamais relâchée”, a expliqué Constanze Stelzenmüller du “German Marshall Fund”, un centre de réflexion sur la coopération transatlantique.

Entretemps, Obama a dû devenir plus réaliste face aux difficultés pour appliquer sa politique, tandis que Mme Merkel “a appris que certains dossiers (…) comme par exemple comment gérer la crise de l’euro, exigeaient de savoir communiquer (…), il y a donc eu une certaine convergence” entre les deux leaders, a-t-elle jugé. Au court de ce voyage, le président américain rencontrera également son homologue Joachim Gauck, ancien dissident de RDA. Et à trois mois des législatives, il aura aussi un entretien avec le social-démocrate qui veut remplacer Mme Merkel à la chancellerie, Peer Steinbrück.

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