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Olivier Assayas

Sortie le 21 mars du nouveau film d’Olivier Assayas, Boarding Gate, tourné en anglais mais produit en France. Un scénario sombre, inspiré d’un fait divers.

Olivier Assayas aime s’aventurer sur les chemins de traverse, passer d’un registre à l’autre, observer d’un regard passionné le comportement de ses contemporains. Le réalisateur de Clean et des Destinées sentimentales revient au cinéma de genre. Après Demonlover, un suspense mêlant espionnage, sexe et multinationales, il récidive avec Boarding Gate, un polar sulfureux inspiré d’une histoire vraie. Miles (Michael Madsen), un financier de haute volée, et Sandra (Asia Argento), sa maîtresse, se livrent à des pratiques sexuelles aussi perverses que dangereuses. À la suite d’un de leurs jeux, Miles est retrouvé assassiné de deux balles de revolver, les pieds et poings liés, dans une position sans équivoque. Soupçonnée de meurtre, Sandra part pour Hongkong en quête d’oubli et d’un nouveau départ.

Après Demonlover et Clean, j’avais envie de réaliser Voilà l’été, un drame chabrolien, bien ancré dans la réalité provinciale française, interprété par Daniel Auteuil, explique Olivier Assayas. Mais le projet n’a pas abouti. J’ai donc changé mon fusil d’épaule en écrivant cette série B, tournée en anglais et inspirée d’un fait divers troublant : le meurtre du banquier Édouard Stern après des pratiques sexuelles sadomasos avec sa maîtresse. Cette dernière a ensuite fui en Australie avant de revenir se livrer à la police.
Dans cet événement, je retrouvais le monde trouble de la haute finance, l’ambiguïté des relations amoureuses, une héroïne digne des plus grands romans noirs. Cette réalité ressemblait à une fiction. J’avais en effet imaginé une scène similaire dans Demonlover. Je voulais explorer encore davantage le drame d’une femme vivant une passion destructrice qui la pousse à tuer son amant et à chercher la rédemption, la résurrection en se jetant à corps perdu dans l’inconnu d’une ville comme Hongkong.

Personne mieux qu’Asia Argento, l’actrice italienne à la personnalité contrastée, ne pouvait camper ce personnage de Sandra tout en ombres et en lumières. “Je rêvais de travailler avec Asia Argento depuis longtemps, confie Olivier Assayas. Je l’avais remarquée dans La Reine Margot. Elle avait alors 15-16 ans, un petit rôle, mais déjà beaucoup de présence. J’avais d’elle l’image d’une rock star exhibitionniste, excessive, anticonventionnelle. C’est en fait quelqu’un de généreux, libre, sans a priori, avec beaucoup d’humanité. C’est une comédienne rare qui a tout à la fois de l’intériorité, de l’émotion, de la justesse, de la virtuosité et une grande énergie physique libératoire. Devant la caméra, elle est comme dans la vie: naturelle et précise comme un métronome. Fille du cinéaste Dario Argento, un grand artiste et maître du fantastique, elle ne joue pas, elle est le personnage qu’elle incarne dans toute sa complexité.

Lieu de carrefour, de métamorphoses, de mystère, Hongkong est aussi à plus d’un titre un personnage clé du film d’Olivier Assayas. “Hongkong me fascine depuis de longues années, confie-t-il. C’est une ville très photogénique avec son architecture anarchique, ses constructions et ses démolitions permanentes. Une ville sans passé, sans histoire, ancrée dans le présent. Tout y est éphémère, fragile, en éternelle reformulation. C’est une gare de triage ouverte sur le monde où l’on trouve l’énergie vitale de repartir, de se réinventer pour mieux renaître.

Boarding Gate, d’Olivier Assayas, avec Asia Argento et Michael Madsen. Durée : 1 h 45. Sortie aux États-Unis le 21 mars.

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