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Olivier Rolin et E.L. Doctorow : « deux écrivains-citoyens » au-delà de la politique

Depuis jeudi soir, la New York University accueille la première édition du Festival of New French Writing, un cycle de rencontres littéraires entre auteurs français et américains, mis sur pied par Culturesfrance, préparé par le journaliste français Olivier Barrot et l’universitaire américain Tom Bishop, et coorganisé par les services culturels de l’ambassade de France. Olivier Rolin et E.L. Doctorow ont donné le coup d’envoi du festival hier. Il se poursuit aujourd’hui avec notamment à l’affiche Marie Darrieussecq et Marjane Satrapi et se conclut demain avec Emmanuel Carrère et Frédéric Beigbeder.

Tom Bishop et Olivier Barrot étaient un peu nerveux hier avant le lancement de la première édition du Festival of New French Writing à New York. Nerveux et heureux de voir se réaliser un projet dont l’idée avait commencé à germer il y a un an, après la parution d’un article paru dans Time magazine qui avait ulcéré les francophiles, « The death of French Culture » par Donald Morrison. « Toute l’histoire a commencé sur une blague, lors d’une conversation avec Tom Bishop et Olivier Poivre d’Arvor » a expliqué le journaliste Olivier Barrot lors de son discours d’ouverture du festival. « Une blague » qui a servi de tremplin à une initiative prouvant, espèrent les organisateurs, que la culture française a encore de beaux jours devant elle. Ce que le Centre pour la civilisation et la culture française de la New York University s’applique à démontrer depuis plus de trente ans, a rappelé son directeur Tom Bishop.

Onze auteurs français donc, tous traduits en anglais, ont fait le déplacement à New York. « Assez pour composer une équipe de football  », a plaisanté Olivier Poivre d’Arvor, le directeur de Culturesfrance. Une équipe presque au complet hier soir, composée notamment de Marie Darrieussecq, Emmanuel Carrère, Marie N’Diaye – qui participait au second débat de la soirée – ou encore Jean-Philippe Toussaint, venus pour soutenir Olivier Rolin invité à dialoguer avec E.L. Doctorow.

Comme pour toute compétition de haut niveau, bien sûr, il y a eu des imprévus. Sam Tanenhaus, l’animateur désigné pour le premier débat de jeudi soir, ayant déclaré forfait, il a été remplacé au pied levé par le journaliste et écrivain américain Benjamin Anastas, qui a amené Olivier Rolin exactement là où il ne voulait pas aller : sur le terrain de la politique.
On comprend le choix de Benjamin Anastas. Il avait avec lui « deux écrivains-citoyens impliqués dans le monde ». D’un côté l’auteur de Tigre en Papier, récit de ses années d’engagement dans les mouvements radicaux, et de l’autre, celui du Book of Daniel sur le couple Rosenberg accusé d’espionnage pour l’Union soviétique et exécuté en en 1953.

Seulement Olivier Rolin a tourné cette page lointaine de sa vie et semblait clairement plus intéressé par la beauté du langage que par la transmission d’un quelconque testament politique. « Je trouve l’idée qu’un roman doit juste rendre compte d’une histoire ou d’un témoignage, oppressante. J’écris contre ça, contre la langue dégénérée, sans singularité… » E.L Doctorow avait des accents passionnés pour parler du processus de création et la voix que finit par trouver un auteur pour raconter son histoire…

La conversation avait pourtant bien commencé avec cette phrase tirée d’un texte d’Olivier Rolin publiée en anglais sous le titre The subtle art of the novel : « La littérature, en particulier la fiction, inspire la liberté humaine ». « Je suis venu à la littérature après l’action politique radicale », a expliqué l’auteur de Tigre en Papier. « Il m’a semblé alors que c’était la seule manière de réfléchir à mes doutes et mes incertitudes. Ils n’ont pas de place en politique. »

Malgré les allusions répétées des deux hommes de  lettres à leur volonté de passer à un autre sujet – « Je suis gêné qu’on se focalise sur mon combat politique » (O.Rolin) ; « Je pense qu’on passe à côté du sujet en lançant le débat sur la politique » (E.L. Doctorow ) – la figure de George W. Bush a ensuite été évoquée, au grand dam d’Olivier Rolin, un peu interloqué. Les deux auteurs ont su cependant distiller un peu d’humour sur « leur noble profession » et sur ce « droit naturel » qu’est l’écriture « si on trouve un éditeur » pour reprendre les termes d’E.L. Doctorow. Ils ont également tenté de lancer des pistes de discussion malheureusement non développées pour le public, quelque peu resté sur sa faim.

Agenda de l’événement :

Tous les événements ont lieu au Vanderbilt hall, 40 Washington square sud, au coin de Mcdougal street
Traduction simultanée disponible — accès gratuit

Jeudi
19h00 ouverture
19h30 Olivier Rolin – E.L. Doctorow présenté par Benjamin Anastas
20h45 Marie N’diaye – Francine Duplessix Dray présenté par Lila Azam Zanganeh

Vendredi
14h00 Marie Darrieussecq – Adam Gopnik présenté par Deborah Treisman
15h15 Abdourahman Waberi – Philip Gourevitch présenté par Lila Azam Zanganeh
16h30 Bernard-Henri Lévy – Mark Danner présenté par Caroline Weber
19h00 Jean-Philippe Toussaint – Siri Hustvedt présenté par Olivier Barrot
20h15 Marjane Satrapi – Chris Ware présenté par Françoise Mouly (ouverture des portes à 7:45) Au Skirball Center*
*566 LaGuardia Place (au coin de Washington Square Sud)

Samedi
14h00 Emmanuel Carrère – Francine Prose présenté par Caroline Weber
15h15 David Foenkinos – Stefan Merrill Block présenté par Violaine Huisman
16h30 Frédéric Beigbeder – Paul Berman présenté par Tom Bishop
17h45 Chantal Thomas – Edmund White

www.frenchwritingfestival.com

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