Subscribe

Omniprésence des Etats-Unis en Haïti: la France sur la défensive

La France, liée à Haïti par la langue, l’histoire et la culture, se trouve sur la défensive face à la gigantesque opération humanitaire américaine en cours pour les victimes du séisme.

Après des critiques apparues en France contre ce qui est perçu comme une mainmise de l’armée américaine sur l’organisation des secours et une opération de communication de l’administration Obama, Nicolas Sarkozy a tenu à souligner mardi “l’étroite coordination” de la France et des Etats-Unis.

“Je tiens à saluer la mobilisation exceptionnelle du président Obama et de l’administration américaine”, a déclaré le président français, qui s’exprimait sur l’île de la Réunion. “Aujourd’hui nous faisons face ensemble à l’urgence humanitaire, demain c’est ensemble que nous devrons mobiliser la communauté internationale”, a-t-il souligné.

“Des petites querelles”, a estimé pour sa part le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, jugeant “pas intéressant” de “parler de quelques malentendus”. L’armée américaine a pris en charge l’aéroport de Port-au-Prince et déployé plus de 10.000 hommes, reléguant au second plan les forces de l’ONU sur place, par ailleurs durement frappées par le séisme.

C’est le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet, envoyé sur place par Paris, qui a exprimé le plus nettement l’irritation de certains responsables français. De Port-au-Prince, il déclarait samedi avoir élevé une protestation officielle après que les Américains eurent tardé à laisser atterrir un avion français transportant un hôpital de campagne.

Le ministère français des Affaires étrangères avait dû rapidement démentir toute démarche de Paris. Mais Alain Joyandet est revenu à la charge lundi en estimant que l’ONU devait définir les rôles. “J’epère que les choses seront précisées quant au rôle des Etats-Unis. Il s’agit d’aider Haïti, il ne s’agit pas d’occuper Haïti”, a-t-il déclaré.

Le secrétaire d’Etat touchait une corde sensible en Haïti. Dans le journal Le Figaro, une ancienne Premier ministre, Michèle Pierre Louis, rappelait mardi l’occupation américaine au début du XXeme siècle. “Il ne faut pas qu’ils pensent que, parce qu’ils ont les moyens, ils ont tout compris”, disait-elle des Américains, prédisant une montée de la protestation des groupes de gauche haïtiens.

Les Américains se sont efforcés eux aussi de calmer le jeu. “Nous regrettons que certains soient mécontents mais nous avons pu répondre à leurs préoccupations”, a assuré l’ambassadeur en Haïti, Kenneth Merten.

Mais alors que le président français avait suggéré jeudi dernier une conférence internationale pour la reconstruction du pays, Barack Obama, selon une source du gouvernement brésilien, a suggéré un trio Etats-Unis-Brésil-Canada pour diriger les efforts des donateurs.

Interrogé sur cet oubli apparent du président américain d’y associer la France et l’Europe, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a répondu par une boutade. “C’est une tendance qu’il a… non je plaisante. Je crois que la pire des choses, c’est d’essayer de monter les uns contre les autres”, a-t-il dit sur la chaîne Canal plus. Il a cependant regretté un “déficit d’image” européen dans l’aide à Haïti, alors que la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, ne s’est pas rendue sur place. “La France ne peut être à égalité avec les Etats-Unis” et “il n’y pas de mainmise américaine sur Haïti”, a estimé de son côté Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l’Institut français des Relations internationales (IFRI).

Selon lui, les Américains ont des intérêts “extrêmement importants” en Haïti, notamment “le risque de flux migratoires”.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related