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“On pourrait transposer Le Misanthrope à Hollywood” (Philippe Le Guay)

Fabrice Luchini et Lambert Wilson interprètent Alceste à bicyclette, le film du réalisateur français Philippe Le Guay, en salle à New York à partir du 24 avril. L’histoire de deux comédiens qui répètent Le Misanthrope de Molière sur l’Île de Ré. Entre deux averses et deux coups de pédales, ils se livrent un duel à grands coups d’alexandrins.

Serge Tanneur (Fabrice Luchini) est un acteur aigri, qui s’est retiré au sommet de la gloire sur l’Île de Ré dans une maison insalubre. Survient Gauthier Valence (Lambert Wilson), acteur de télévision adulé et plein aux as, qui cherche à se donner une crédibilité en jouant du Molière. Tanneur refuse d’abord avant d’accepter de répéter, juste pour voir, puis de se prendre au jeu. Les deux acteurs se mesurent et se défient tour à tour, partagés entre le plaisir de jouer ensemble et l’envie brutale d’en découdre. Ce combat de coq donne lieu à de nombreuses scènes de répétition, de diction et de joutes verbales piquantes. 

Plutôt qu’une adaptation théâtrale, Molière à bicyclette est un exercice de style sur le jeu et l’acteur. L’humour n’est pas en reste. Les deux protagonistes, un peu précieux, sont confrontés à des situations grotesques : fosse sceptique qui déborde chez Serge, bain brûlant dans un abreuvoir transformé en jacuzzi chez Gauthier, chutes à vélo dans l’eau. “J’avais conscience que je tournais un film qui reposait beaucoup sur les dialogues et sur la façon de les dire et je voulais installer un contrepoint visuel”, explique le réalisateur, Philippe Le Guay. “Que ces deux hommes qui répètent ne soient pas que des acteurs en proie aux mots, mais aussi des corps auxquels il arrive des choses ! On est comme ça dans notre vie très civilisée, c’est très rare qu’il nous arrive quelque chose de physique. De rater une marche par exemple, ou de prendre une porte dans la figure. J’aime ces petits accidents qui nous renvoient à notre humilité, et parfois à notre misère !”

“James Stewart serait l’acteur idéal pour jouer Alceste ! Et Cary Grant jouerait Philinte”

Ce comique profondément humain permet au spectateur de s’identifier immédiatement aux différents personnages, tantôt à l’un, tantôt à l’autre. On retrouve ce ressort comique chez un autre grand acteur américain : Charlie Chaplin. “La farce est bien présente chez Molière, quoi que pas tellement dans Le Misanthrope, et chez Chaplin, mais plus encore chez Laurel et Hardy qui ont poussé l’art de la catastrophe à un point de raffinement supérieur ! Plus près de nous, j’ai une passion pour Blake Edwards, qui allie avec élégance des personnages intellectuels et souvent névrosés, avec des gags très physiques.” poursuit Philippe Le Guay.

On se prend à rêver d’une transposition de son Misanthrope pour le grand écran américain. Et le réalisateur joue le jeu… “Ce serait très amusant de transposer Le Misanthrope dans un milieu américain où on fait et on défait des réputations. Un milieu où il court des rumeurs, où les gens prennent plaisir à se faire des compliments en face et disent de horreurs sur vous dès que vous avez le dos tourné. Et au milieu de tous ces serpents, il faudrait installer la pureté d’Alceste, un homme qui croit à la sincérité, un homme fidèle à sa morale. James Stewart serait l’acteur idéal pour jouer Alceste ! Et Cary Grant au contraire jouerait Philinte, l’homme habile qui sait faire des compliments sans trop mentir, un homme qui a le sens des compromis. On pourrait donc imaginer tourner le film à New York dans une société raffinée et bourgeoise, remplie de conventions et de gossips. Ou bien transposer l’histoire à Los Angeles dans le milieu du cinéma et de Hollywood ! Est-ce qu’un sincère peut survivre dans le milieu des requins ?”

Passionné de théâtre, Philippe Le Guay respecte dans son film la règle des Trois Unités du théâtre classique : le microcosme de l’île – que les deux acteurs parcourent à vélo – assure l’unité de lieu, de temps et d’action. La confrontation permanente entre les deux hommes, avec leurs répliques à bâtons rompus, fait pencher le film de plus en plus vers la tragédie. Cette tension et ce respect des codes rapproche Alceste à bicyclette d’un autre grand genre codé du cinéma américain, le film noir. “Le film noir donnerait un cadre idéal à la pièce de Molière. On y verrait un homme qui défend ses valeurs alors qu’autour de lui s’agite un monde corrompu.” imagine Philippe Le Guay. “On pourrait imaginer l’intrigue dans une atmosphère proche de celle du Parrain de Coppola ou plus près de nous des Affranchis de Scorsese. Partout où il y a un idéaliste qui lutte contre la compromission ! Sidney Lumet à sa façon a montré ce conflit entre la pureté et la corruption dans ses grands films dans la police, Serpico par exemple. On est loin des perruques poudrées et de la cour de Louix XIV décrite par Molière ! Mais le message reste le même.”

Le film sera projeté au Film Forum du 23 avril au 6 mai.

Film Forum : 209 W Houston St, New York, NY 10014
(212) 727-8110

Bande-annonce

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