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On va droit dans le mur fiscal, imbécile !

James Carville me pardonnera le détournement de son bon mot (“It’s the economy, stupid”) pour illustrer qu’à court terme ce qui devrait nous empêcher de dormir c’est la “falaise fiscale” (“fiscal cliff” en anglais) des Etats-Unis. Selon les estimations du “Congressional Budget Office” (C.B.O. ou Bureau du Budget du Congrès), l’année fiscale 2012 marquera la quatrième année consécutive d’un déficit supérieur à un billion de dollars (en anglais : 1.1 trillion dollars), représentant 7,3% du produit intérieur brut (PIB) américain.  La dette fédérale détenue par le public est de 73 cents pour chaque dollar de PIB, atteignant ainsi son plus haut niveau depuis 1950.

La “falaise fiscale” vers laquelle se dirigent les Etats-Unis décrit l’impact négatif attendu à l’expiration d’avantage fiscaux (Bush Tax Cuts, Payroll Tax Cut, Affordable Health Care Act, allocation chômage…) représentant 607 milliards de dollars (en anglais : 607 billion dollars) début 2013 sur la croissance du  PIB.  Ces liquidités retirées de l’économie réelle risquent de fragiliser gravement une économie encore convalescente.

Le scénario optimiste envisagé par la banque d’investissement Goldman Sachs suppose le maintien des avantages fiscaux accordés aux revenus les plus élevés (Bush Tax Cuts) et le paiement des allocations chômages de longue durée, ce qui entraînerait une réduction de 1,5% du PIB en 2013 (contre 0,75% en 2012). Moins optimiste, un scenario supposant le non-renouvellement des Bush Tax Cuts et le non-renouvellement des allocations chômage de longue durée prévoit  une réduction de 2% du PIB. Enfin, le scenario catastrophe supposant que le Congrès américain serait dans l’incapacité de trouver un compromis sur les modalités de la hausse des impôts et de la baisse des dépenses publiques entraînerait une baisse du PIB de 4%.

Une maladie fiscale ne peut être soignée à long terme que par des remèdes de politique monétaire.  Récemment, la Federal Reserve Bank de San Francisco a estimé que l’injection de liquidités facilitée par l’achat massif et non conventionnel d’actifs par la Federal Reserve Bank (Fed) qui aurait entraîné une augmentation de son portefeuille de titres de plus de 2 billions de dollars (en anglais : 2 trillion dollars) aurait permis une réduction de 1,5% du taux du chômage américain.  Sur la base de 12,1 millions de chômeurs aux Etats-Unis en octobre,  le coût de cette expansion monétaire est d’un peu plus de 11 millions de dollars pour chaque emploi préservé. L’addition est salée et une solution fiscale doit s’imposer pour faire baisser le chômage et encourager la croissance économique.

Inévitablement,  Le nouveau Congrès américain élu le 6 Novembre devra augmenter les recettes fiscales et réduire les dépenses publiques. Quels seront les contribuables les plus concernés par ses mesures et quelle sera la part du fardeau fiscal supporté par Wall Street ?  Cette incertitude plombe les investissements et les profits. L’inertie politique et partisane de Washington, le déclassement des dettes de plusieurs pays de la zone Euro, une croissance mondiale estimée par le FMI à 3,3% et l’essoufflement du modèle de croissance chinois suggèrent qu’aucune économie, aucun marché financier ne sera épargné en 2013.  Le tableau est sombre et  inquiète les investisseurs et les banques à la recherche de rendements positifs pour leurs actifs.  Afin d’éviter la falaise fiscale un grand marchandage entre les titans de la finance et le nouveau pouvoir législatif  est attendu après les élections américaines.  L’objectif : encourager des négociations afin de limiter la hausse des taux d’imposition des entreprises et des banques en échange de la stabilité d’une trajectoire budgétaire viable.  Prêter de l’argent aux gouvernements dans les mois à venir sera un exercice de haute voltige, ce qui devrait avoir un impact négatif sur les marches obligataires à court terme.  Si le nouveau Congrès saisit l’opportunité de s’accorder sur la réduction des déficits afin de négocier des reformes restructurant les banques viables en liquidant les autres, il n’est peut-être pas insensé d’attendre un “rally” boursier sur les actifs mobiliers dès le premier semestre 2013.

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