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Oscar pour Godard à Hollywood, malgré la polémique et en l’absence du maître

Jean-Luc Godard, pourfendeur d’Hollywood et personnalité controversée aux Etats-Unis pour ses positions sur Israël et les Juifs, recevra samedi à Los Angeles un Oscar pour l’ensemble de sa carrière, sans honorer de sa présence une ville où les cinéphiles vénèrent son héritage.

L’icône de la Nouvelle Vague, qui fêtera ses 80 ans en décembre, sera distingué samedi soir par l’Académie des sciences et techniques du cinéma lors des Governors Awards, au côté notamment de Francis Ford Coppola et de l’acteur Eli Wallach. Après une valse-hésitation de plusieurs mois, le réalisateur avait mis fin au suspense fin octobre, en annonçant qu’il ne viendrait pas chercher sa statuette à Los Angeles, sans donner de raison. La décision n’était pas vraiment une surprise de la part d’un cinéaste qui fuit les apparitions publiques et avait snobé en mai dernier le festival de Cannes, qui présentait son dernier opus, “Film Socialisme”. Elle a néanmoins pu être interprétée par certains comme un ultime pied-de-nez à Hollywood, que Godard a souvent critiqué — à travers notamment Steven Spielberg — tout en admirant son âge d’or.

La polémique est venue d’un autre front, avec la parution début octobre d’un article à la une du Jewish Journal, intitulé “Jean-Luc Godard est-il antisémite?” La publication américaine y énumérait de multiples controverses déclenchées par le cinéaste, antisioniste assumé et défenseur de la cause palestinienne, qui avait notamment accolé dans son documentaire “Ici et ailleurs” (1976) des images d’Hitler et de l’ancienne Premier ministre d’Israël Golda Meir. Début novembre, le New York Times puis le Los Angeles Times ont relayé la polémique, le premier en titrant “Un Oscar d’honneur ravive la controverse” et le second en demandant: “Est-ce un problème si (Godard) est antisémite?” — ce à quoi le journaliste répondait, en substance, non.

L’Académie a dû sortir du bois en réaffirmant son intention de décerner au cinéaste franco-suisse un Oscar d’honneur, récompensant “une extraordinaire contribution à l’art du cinéma”. “L’antisémitisme est bien sûr déplorable, mais l’Académie n’a trouvé aucune accusation convaincante à l’encontre de M. Godard”, a-t-elle précisé. Etrangers à la polémique, les fans du cinéaste se sont pressés mercredi soir à la projection de “Film Socialisme” dans le cadre du festival de l’American Film Institute (AFI Fest) à Hollywood, où le film a fait salle comble. “Godard est un cinéaste brillant qui a toujours quelque chose d’intéressant à dire et à porter l’écran”, déclare à l’AFP Kirk Stricker, professeur de yoga. Citant de mémoire toute la filmographie du cinéaste, il avoue sa fascination pour “son esthétique, ses points de vue politiques, le mélange des mots et des images, des mots et de la musique, des mots et du silence”.

Julio Perez, jeune monteur et réalisateur, assure pour sa part avoir été “hypnotisé” par “A bout de souffle” (1960). “J’essaie de le voir une fois par an, c’est comme un pèlerinage cinématographique. Godard ose, il est radical, ses idées sont libératrices et excitantes pour les réalisateurs”, dit-il.

La directrice du festival, Jacqueline Lyanga, rappelle que Godard “a eu une énorme influence sur le cinéma américain”, de Scorsese à De Palma, en passant par Soderbergh, Tarantino ou Jarmusch. “La place de l’individu, les histoires personnelles, le réalisateur-auteur, toutes ces idées restent très fortes dans le cinéma américain”, dit-elle à l’AFP. “Les jeunes artistes et les jeunes réalisateurs veulent aller à la source des réalisateurs qui les inspirent. C’est pourquoi ils se tournent vers le passé, pour savoir qui a influencé Soderbergh ou Tarantino. Et là, on trouve Godard”.

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