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Otan : le guépier afghan

La mort des dix soldats français victimes d’une embuscade près de Kaboul a relancé en France la polémique autour des conditions d’engagement des troupes de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan) en Afghanistan. Aux États-Unis, la stratégie pour combattre les talibans est débattue sur fond d’élections présidentielles.

“C’est le genre d’incident qui risque d’arriver encore”, prédit James Philips spécialiste du Moyen-Orient à l’Heritage Fondation, un groupe d’analyse politique conservateur basé à Washington. Pour lui, la réaction émotionnelle de l’opinion publique française à la mort de 10 soldats tombés lundi dernier dans une embuscade à 50km de Kaboul est compréhensible. James Philips insiste cependant sur l’importance de l’opération militaire en Afghanistan pour “protéger la France de futures attaques terroristes” et souligne que “les pertes du coté de l’ennemi sont beaucoup plus importantes.”

Pour Jason Campbell, un expert en politique étrangère à la Brookings Institution, un autre groupe d’analyse politique à Washington, il est d’ailleurs très possible que les soldats français aient été les cibles de l’attaque à Saroubi en partie à cause de leur nationalité. “Nous nous sommes aperçus que les talibans s’en prenaient aux troupes de pays dont l’opinion publique est opposée au déploiement en Afghanistan, explique-t-il. Dans le cas de l’opération contre les militaires français, c’est un scénario qu’on ne peut pas écarter.”

Les victimes étaient en mission de reconnaissance dans la province de Kapisa, près de la capitale afghane où sont stationnés la plupart des effectifs militaires français qui contrôlent ce secteur. Ils opéraient dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF, sous mandat onusien transféré à l’Otan en 2003). La France avait envoyé un renfort de 700 hommes cet été, portant à 3000 le nombre de ses soldats engagés en Afghanistan.

Ce drame rappelle les difficultés que rencontrent les alliés engagés dans l’Alliance, un canevas de nations – 26 – avec les problèmes de coordination qui en résultent parfois. “Il est vrai qu’ un dégraissage de la chaîne de commandement permettrait d’assurer plus de flexibilité aux opérations”, concède James Philips. Un avis que partage Jason Campbell. “Il faut changer le système de coopération entre les nations et mieux centraliser les décisions au niveau des mouvements de troupes”, confirme-t-il.

Les témoignages dans le quotidien Le Monde de soldats français assurant avoir essuyé les frappes aériennes des Américains censés les couvrir semblaient illustrer ces difficultés. L’Otan a toutefois démenti cette version des “tirs amis” meurtriers.

Alors qu’en France, des personnalités politiques, en particulier dans l’opposition, appellent à la rapatriation du contingent français, outre-Atlantique les deux candidats aux présidentielles penchent pour un “renfort” des troupes américaines en Afghanistan, sur le modèle du ‘surge’ en Irak. Le démocrate Barack Obama a d’ailleurs mis l’Afghanistan au centre de la lutte contre le terrorisme lors de sa récente tournée dans la région. “Il est intéressant de noter que sur cette question Barack Obama se situe maintenant à la droite du républicain John McCain”, note James Philips.

Le candidat démocrate a évoqué l’envoi de deux voire trois bataillons supplémentaires en Afghanistan. “Il faut se poser la question du nombre d’hommes que l’on est prêt à envoyer et ensuite à garder sur place pour sécuriser une région”, précise toutefois Jason Campbell. Deux ou trois bataillons permettraient d’assurer des victoires territoriales, mais ne suffiraient pas. D’où l’intérêt d’intégrer cet effort dans un plan plus large de lutte contre la corruption de la police locale par exemple , de formation de l’armée afghane, de reconstruction des services. Bref, il ne faut pas réfléchir uniquement en termes de sécurité, mais aussi en termes de développement.”

Robert Gates, le secrétaire à la Défense américain vient d’approuver un plan d’aide de 20 milliards pour l’Afghanistan en partie destinée à l’entraînement et au renforcement de l’armée nationale afghane. Une façon de soulager les troupes américaines alors que le niveau de violence en Afghanistan continue de s’intensifier. Huit autres soldats de la force internationale viennent d’être tués.

En France une session extraordinaire du Parlement sur l’Afghanistan est prévue le 22 septembre. Les Français devraient réintégrer le commandement militaire de l’Otan en 2009.

À suivre the Afghanistan Index sur www.brookings.edu

www.Heritagefondation.org

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