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Palmes françaises pour quatre proviseurs new-yorkais qui ont plongé dans l’immersion

Pierre Vimont, ambassadeur de France aux États-Unis, a élevé, mercredi, au rang de chevalier de l’ordre des Palmes académiques les quatre premiers directeurs d’établissements publics à avoir ouvert des programmes d’immersion en français à New York.

Ils sont à l’image de leurs établissements disséminés dans New York, à savoir très différents les uns des autres. Robin Sundick, directrice de PS 84 dans l’Upper West Side à Manhattan, Shimon Waronker, directeur de CIS 22 dans le Bronx, Jean Veyr’ne Mirvil, proviseur de PS 73 dans le Bronx, et Giselle Gault McGee, directrice de PS 58 à Carroll Gardens à Brooklyn, ont néanmoins un point commun : ils sont les quatre précurseurs du programme d’immersion en français dans les écoles publiques de New York. Et mercredi, ils ont partagé l’honneur que leur a rendu la France. Pierre Vimont, ambassadeur de France aux États-Unis leur a remis la médaille de chevalier des Palmes académiques au siège du Département de l’Éducation de la ville de New York.

« Cette médaille appartient à tous les parents qui se sont mobilisés pour mettre sur pied ce programme d’immersion en français dans les écoles publiques new-yorkaises. Elle appartient à nos professeurs et à tous les enfants qui viennent tous les jours à l’école et font vivre ce programme », affirme Giselle Gault McGee, directrice de l’école PS 58 à Carroll Gardens (Brooklyn), à l’heure de la réception, dans le décor lunaire d’un restaurant de Manhattan. « Nous avons également eu la chance de trouver la plus incroyable des enseignantes », ajoute-t-elle.

Le programme d’immersion de PS 58 Brooklyn connaît un succès grandissant. « La première année, nous avons commencé avec une classe », explique Marie Bouteillon, enseignante française qui a inauguré le cursus. Aujourd’hui, l’établissement situé sur Smith Street à Brooklyn accueille, à partir du niveau Kindergarten (5 ans), 6 classes constituées pour la moitié d’élèves francophones et pour l’autre d’élèves anglophones. Rien qu’à Brooklyn, 150 enfants sont plongés en immersion. « Le matin, nous parlons exclusivement en français et l’après-midi, nous passons à l’anglais », ajoute Marie Bouteillon.

« C’est incroyable de penser que tout a commencé avec un groupe de parents dans un salon », glisse dans un français sans accroc Beth Schaer, une maman américaine qui a inscrit ses deux filles à PS 58. « Et maintenant, quatre proviseurs reçoivent un honneur du gouvernement français ». Mariée à un Français, Beth Schaer est secrétaire du groupe Éducation Française de New York (EFNY) qui est à l’origine des programmes d’immersion. « Avant cela, il n’y avait rien pour les parents comme nous qui voulaient inscrire leurs enfants dans le système public américain tout en leur donnant accès au français ».

Originaire de Staten Island, Giselle Gault McGee a des racines françaises. « Ma mère est née à Toulouse et j’avais des grands-parents dans le nord de la France», dit-elle. « Mais dans les années 50, tout le monde voulait devenir new-yorkais et s’assimiler. On ne parlait qu’anglais à la maison. Cette reconnaissance du gouvernement montre aujourd’hui à quel point le bilinguisme est important ».

Comme ses collègues, Giselle Gault McGee ne manque pas de souligner le rôle joué par Fabrice Jaumont, l’attaché à l’éducation de l’ambassade de France. « Cette collaboration a été extraordinaire », dit-elle encore. « Le gouvernement français a acheté les livres, formé nos professeurs et rendu ce programme possible ».

La cérémonie d’hier avait aussi pour but d’inciter d’autres proviseurs à considérer des programmes d’immersion et de souligner l’importance de cette approche aux autorités new-yorkaises qui ont tendance à couper dans les budgets. D’autres écoles ont ouvert de telles classes dont PS 125 à Harlem et PS 151 dans le Queens. À Williamsburg (Brooklyn), un projet similaire est prévu pour la rentrée de septembre 2010 à la PS 84.

Cette évolution rapide pose le problème de la formation et du recrutement des professeurs. À l’heure actuelle, peu d’enseignants remplissent à la lettre les exigences de l’État de New York pour enseigner dans de telles classes d’immersion. «  Il faut une formation de professeur de cours élémentaire ainsi qu’une formation d’enseignement bilingue de niveau Master » , précise Marie Bouteillon qui possède les deux types de diplômes requis.

Malgré les difficultés, les proviseurs décorés assurent leur volonté de poursuivre leurs efforts pour étendre le programme. « Cette médaille représente pour moi la nécessité de continuer à travailler pour rassembler les gens autour de ce projet et favoriser l’épanouissement du français », glisse Jean Veyr’ne Mirvil, proviseur d’origine haïtienne. Non loin de lui, Shimon Waroncker, proviseur dans le Bronx, s’accorde quelques secondes de réflexion avant de se prononcer sur la signification pour lui de cette reconnaissance française. « En fait, elle représente beaucoup de choses », finit-il par dire. « C’est le signe de la fraternité entre les Américains et les Français. L’héritage de la France représente beaucoup de choses pour moi et c’est important de savoir que pour la France, notre travail est important ».

Anglophone et de confession juive orthodoxe, Shimon Waroncker s’est retrouvé plongé dans la culture francophone à la suite de l’afflux dans son établissement d’élèves originaires d’Afrique de l’Ouest. « Leur culture était différente de la nôtre et ils ont été exclus par les autres élèves », raconte-t-il. « J’ai essayé de les aider et de les inclure, mais j’ai échoué jusqu’au jour où j’ai changé d’approche. Je me suis demandé ce qu’ils pouvaient nous apporter. Et j’ai réalisé que c’était le français et leur culture justement. Depuis que nous avons lancé ce programme d’immersion, la dynamique a radicalement changé dans l’école. Ils sont devenus des superstars, car tout le monde veut apprendre le français ».

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