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“Panique au village”, un film belge déjanté au Film Forum

Panique au Village, un film d’animation de Stéphane Aubier et Vincent Patar, raconte l’équipée champêtre de trois personnages : Indien, Cowboy et Cheval. De la colle, du plastique et beaucoup d’imagination, c’est la recette explosive de ce film à l’esthétique Fisher Price, concocté sous influence wallone.

Tout est dans le titre. Panique au village, c’est l’histoire d’un déluge de catastrophes provoqué par deux « crétins sympathiques », Cowboy et Indien, résument les réalisateurs Stéphane Aubier et Vincent Patar. Un genre de western enfantin sous amphétamines, adapté d’une série culte en Belgique diffusée en France sur Canal +.

Réalisé en stop-motion – une technique qui consiste à photographier chaque scène avant de faire l’assemblage des images pour créer l’illusion du mouvement -, le film donne les rôles principaux à des personnages de récupération issus des malles de jouets pour enfants : un cheval, un fermier, un cowboy, et un indien  donc. Mais on trouve aussi des vaches, des cochons, des moutons, ou un âne philosophe. Dans cette comédie d’animation-bricolage, tout est fait main. « La silicone colorée figure l’eau et les matériaux réels remplacent les images de synthèse », assure Stéphane Aubier. Ce qui donne à ce cinéma un aspect travaux pratiques, dans la veine de l’émission d’éducation scientifique C’est pas sorcier filmée dans un camion-laboratoire.

Film à petit budget, Panique au village allie l’économie de moyens et la profusion d’idées. « Le film suit un scénario à rebondissements, dans lequel un élément perturbateur vient toujours chambouler le quotidien », expliquent Stéphane Aubier et Vincent Patar. Il y a quelque chose de Toy Story et des Monthy Python dans l’univers frappé de ces réalisateurs qui prennent comme prétexte de départ  au scénario l’anniversaire de Cheval. Bien décidés à lui offrir un barbecue en kit, les deux compères Indien et Cowboy, qui se soucient peu de l’unité de genre, commandent des briques sur internet. Mais une bévue informatique vient fausser les chiffres et c’est une véritable montagne de parpaing qui se déverse dans le jardin de Cheval. S’ensuit une course-poursuite abracadabrantesque entre le trio infernal et des voleurs de briques palmés, issus d’un monde sous-marin qui n’est autre que la réplique inversée du monde externe. Quelque chose de carnavalesque. « Notre hantise serait de produire un film aseptisé », plaisante Vincent Patar.

Le réalisme absurde du cinéma belge

Est-ce l’accent du nord, les tournées du facteur ou les gimmicks déjantés des personnages hystériques qui donnent à ce peuple de figurines plastiques leur saveur inédite ? Dans ce monde expérimental où l’accès au village englouti se fait par la mare aux canards, le rythme est frénétique et le « système D » la seule loi respectée d’un film où règne l’anarchie. Cheval boit de la bière et écoute de la musique à fond dans la voiture pendant que les habitants du village s’adonnent au lancer de cochons. Les vaches sautent en parachute et des groupies de Mozart à casquettes côtoient des savants fous.

La déraison des personnages du film est communicative. Venus présenter Panique au village à Cannes cette année, l’équipe de tournage en smocking était précédée par un vieux tracteur Renault des années 40, jusqu’au tapis rouge. Amateurs de musique, le film hérite d’une bande-son rock’n’roll, signée Dionysos. Des amis de longue date des deux animateurs. « Nous avions déjà réalisé le clip de la chanson du groupe, intitulée « Coccinelle », rappelle Stéphane Aubier. Sur la B.O., on retrouve aussi le groupe French Cowboy (ancien Little Rabbits, emmené par le chanteur pop Philippe Katerine). Des musiciens qui cultivent le saugrenu, dans l’esprit du film où il suffit de brancher un poisson-scie sur le secteur pour découper des murs de briques. « L’idée maitresse de Panique, c’est la liberté totale de ton », poursuit Stéphane Aubier.

Du story-board à l’image, l’humour belge fonctionne à plein tube. Il est soutenu par les joutes verbales incontrôlables de Benoît Poelvoorde qui assure la voix de Steven le fermier. « Avec lui, c’était de l’improvisation en permanence », s’amuse Vincent Patar. Les voix nerveuses des personnages imposent une  bande-son hystérique. « Celle de Cowboy est suraiguë, celle de Cheval plus caverneuse et celle d’Indien plutôt anémique », témoignent les réalisateurs. Dans le casting, on retrouve aussi Jeanne Balibar (l’ex-compagne de l’acteur Mathieu Amalric), dans le rôle de Madame Longrée, Stéphane Aubier dans le rôle de Cowboy, Vincent Patar dans le rôle de Cheval ou l’auteur de bande dessinée Frédéric Jannin dans le rôle de Gendarme.

Une joyeuse équipe de vingt personnes et 14 mois de travail ont été nécessaires à la réalisation du film. Un record de rapidité pour un film d’animation. S’ils avouent se sentir plus proches de Pixar que de Disney, le but de Stéphane Aubier et Vincent Patar n’est pas tant la démonstration technique que l’écriture du scénario. L’animation américaine reste une influence considérable pour eux, au même titre que la bande dessinée. « On a un faible pour Hannah-Barbera, les créateurs américains des Fous du volant, ou pour l’humour québecquois de Rock et Belles Oreilles », avouent-ils. Plus récemment, ils disent aussi apprécier les délires américains de South Park, des frères Coen et les films de la Warner Bros. « On adore l’humour coup de poing à l’américaine », concluent les deux Belges.

Informations pratiques :

Panique au Village (A town called Panic), un film d’animation de Stéphane Aubier et Vincent Patar (1 h 15) sera diffusé du 16 au 29 décembre en version française (avec sous-titres en anglais) au cinéma Film Forum de New York.

Lieu : Film Forum

209 West Houston Street

Horaires : tous les jours à 1pm, 2.40pm, 4.15pm, 6pm, 8pm et 10pm. Réservez vos tickets en ligne sur le site de Film Forum.

À ne pas manquer : les réalisateurs – Stéphane Aubier et Vincent Patar – viendront présenter le film aux séances de 8pm les 16, 17 et 18 décembre.

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