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Parents, ils ont mis au point un programme bilingue

Créer un programme bilingue dans une école publique est une tâche ardue qui requiert de nombreux facteurs favorables. France-Amérique a rencontré quatre parents engagés dans cette direction. Ils nous livrent leur expérience.

Virgil de Voldère et Talcott Camp : “Il faut représenter un groupe”

“On n’est rien tout seul”, répète Virgil de Voldère, à l’origine avec sa femme Susan Long et Talcott Camp du programme bilingue à PS 84 dans l’Upper West Side. Distribution de prospectus, lancement d’une pétition, échanges téléphoniques incessants avec les consulats français, haïtien ou encore vietnamien. Tous les moyens sont bons pour constituer un groupe de parents. “EFNY (Education Française à New York) est aussi un organisme précieux pour établir un premier contact avec les parents francophones de la ville”, précise Talcott Camp, aujourd’hui présidente de l’association.

Autre conseil, bien connaître l’école dans laquelle on veut lancer le programme. “Il faut respecter la démographie qui la compose. L’idée n’est pas de recréer la France au milieu d’une école publique américaine”, rappelle Virgil de Voldère. “En tant que Français, on est déjà étiqueté comme prétentieux donc il faut être deux fois plus modeste”. Contrairement à certaines écoles françaises privées, les programmes bilingues ont pour vocation première d’enseigner l’anglais, pas le français. Comme l’explique Virgil de Voldère, lors du dépôt du dossier devant le département d’éducation de la ville de New York, il faut prouver que les enfants francophones apprendront mieux l’anglais s’ils peuvent échanger, poser des questions en français à leur professeur.

Jean-Cosme Delaloye : “Commencer par une after school pour faire accepter le projet”

À PS 133, l’ouverture du programme bilingue ne s’est pas faite en un jour. Avant d’accueillir ses premiers élèves en classe d’immersion en 2011, l’école a organisé un programme d’afterschool en français pendant un an. Le but, convaincre les familles non françaises du bienfait de l’enseignement de la langue de Molière. “Les cours étaient gratuits pour les enfants déjà inscrits à PS 133. Les parents francophones venant de l’extérieur devaient eux payer le double”, explique Jean-Cosme Delaloye, à l’origine du programme bilingue de l’école. “Il ne faut pas se ségréguer du reste de l’école. La réussite de la classe bilingue dépend aussi du soutien des représentants de parents de l’établissement”.

Grâce au succès du programme d’afterschool, la principale de l’école s’est sentie plus entourée dans le projet, et s’est fortement impliquée pour permettre l’ouverture de la classe d’immersion. “Lorsque je me suis renseigné sur PS 133, j’ai constaté qu’il y avait de la place pour créer de nouvelles classes alors que la plupart des autres établissements de Park Slope (Brooklyn) étaient pleins. L’école était sous cotée et n’attirait pas beaucoup les familles du quartier. Mais depuis l’arrivée de la nouvelle principale, les notes de l’école sont bien meilleures. Il y a une vraie dynamique et une envie de donner une nouvelle direction”, affirme Jean-Cosme Delaloye. Les retombées positives du programme bilingue français-anglais ont depuis permis l’ouverture d’un programme équivalent en espagnol à PS 133, preuve du développement réussi de l’école.

Shareen Anderson : “Convaincre les représentants de l’école”

Zoe va rentrer en grande section de maternelle (Kindergarten) à la rentrée. Sa mère, Shareen Anderson, se bat depuis plusieurs mois pour mettre sur pied un programme bilingue français-anglais à l’école PS20 dans le quartier de Clinton Hill, à Brooklyn. Avant de commencer les démarches, Shareen s’est assurée que l’établissement avait assez d’espace pour accueillir de nouvelles classes. Elle s’est ensuite tournée vers les services culturels de l’ambassade de France aux Etats-Unis pour connaître les démarches à faire. Convaincre des parents de la rejoindre dans ce projet n’a pas été un problème pour elle. “J’ai posté des affiches dans la maternelle d’immersion en français de ma fille, je me suis inscrite sur le réseau social communautaire Newyorkinfrench.net, et en seulement quelques jours, j’avais déjà constitué une liste de parents”.

Soixante familles l’ont aujourd’hui rejointe. Le plus grand obstacle pour Shareen, convaincre le PTA (Parent Teacher Association), les représentants des parents d’élèves et des professeurs, de l’intérêt d’un enseignement bilingue pour l’école. “Je vais utiliser mes qualités dans la vente pour leur démontrer que ce programme sera un aimant pour de nombreuses familles ! Et plus il y a d’élèves, plus l’établissement reçoit de l’argent”. Quant à l’avis du Département d’éducation de la ville de New York, elle s’attend à ce qu’il soit favorable. “Depuis plusieurs années, il pousse pour l’ouverture de programmes bilingues”.

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