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Paris bientôt orpheline de Roland-Garros ?

Rendez-vous tennistique incontournable du printemps, le tournoi parisien pourrait quitter la porte d’Auteuil dans les prochaines années pour s’installer en banlieue parisienne.

À l’étroit sur ses 8 hectares à la porte d’Auteuil, Roland-Garros étouffe. Chaque année, une centaine de milliers de spectateurs sont refoulés à l’entrée. En mai 2009, peu avant l’ouverture du tournoi, une solution semblait avoir été trouvée pour lui donner une nouvelle dimension. L’architecte australien, Marc Mimram, s’était vu confier la construction d’une enceinte de 17 000 places avec dôme couvert au stade Georges-Hébert, à 500 mètres de l’enceinte actuelle. Mais le projet a provoqué une véritable levée de boucliers de la part des élus UMP déjà échaudés par le chantier du très contesté stade de rugby Jean-Bouin. Et Claude Goasguen, maire du XVIe arrondissement, a largement contribué à l’abandon du projet : « Il est hors de question que ce stade (ndlr, Georges-Hébert) change de fonction », avait-il affirmé à l’époque. « Nous ne voulons pas priver 4 000 élèves de leurs activités sportives. »

Depuis, le président de la Fédération Française de Tennis (FFT), Jean Gachassin, a lui aussi trouvé trop d’inconvénients à ce projet : « En y réfléchissant plus attentivement, il me semblait que c’était trop compliqué, trop loin du stade actuel , explique-t-il dans un entretien à France-Amérique. Je ne voulais pas qu’on coupe Roland-Garros en deux. » Gilbert Ysern, le directeur du tournoi de Roland-Garros confirme désormais que le projet du stade Hébert est « au point mort et quasiment enterré ».

Ce contretemps a obligé la FFT à réagir et à envisager de nouvelles pistes. Actuellement, Roland-Garros fait face à de grands défis. Depuis quelques années, il est en concurrence avec d’autres tournois sur terre battue qui menacent directement son « étiquette » Grand Chelem. Shanghai et Madrid bénéficient tous deux de courts couverts, ce que n’a pas Roland-Garros et ce qui prive les Internationaux de France d’une importante manne financière. « Je ne crois pas que nous perdrons le titre de Grand Chelem », assure Jean Gachassin qui ajoute : « C’est d’ailleurs dans cette optique que nous nous devons d’avancer. »

Autre problème pour le tournoi : la concession. Le contrat passé avec la mairie de Paris court jusqu’en 2015 et la redevance payée par la FFT s’élève à 1,6 million d’euros par an. Or, la mairie de Paris aimerait bénéficier d’une plus large part des 120 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel de Roland-Garros. Un récent audit a en effet prévu une future redevance approchant les 20 millions d’euros. « J’entretiens de très bonnes relations avec la mairie de Paris, surtout depuis le quasi-abandon du projet du stade Georges-Hébert et je sais qu’elle ne nous fera pas payer un tel montant », estime malgré tout Jean Gachassin.

La hauteur réglementaire du court central de Roland-Garros est en outre limitée aujourd’hui à 18 mètres. La future révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) ne semble pas envisager sa modification. « En fait, à cette hauteur-là, nous pourrions couvrir le central, grâce à une dérogation exceptionnelle mais limitée à la période du tournoi. Ceci étant, le coût de réalisation d’un tel dôme ne justifierait pas l’utilisation que l’on en ferait », juge le président de la FFT.

Le pari de Versailles ?
Consciente de ces problématiques, la FFT a distribué à la fin de l’été 2009 un cahier des charges à des mairies franciliennes dont l’intitulé est sans équivoque : « Construction d’un nouveau stade sur un site autre que le site originel de Roland-Garros ». En tout, quatorze municipalités ont été consultées et quatre projets sortent aujourd’hui du lot : Marne-la-Vallée, Évry-Bondoufle, Gonesse et, le grand favori, Versailles. « C’est le choix le plus logique, dont l’image est dans la continuité du lieu actuel », confie Gilbert Ysern.

À la mairie de Versailles, on accueille ce jugement avec joie et modestie. Après l’échec de l’organisation du Grand Prix de Formule 1 (F1), Versailles pourrait frapper un grand coup. François de Mazières, maire UMP de la ville qui était opposé à la F1 – « trop nuisible » selon lui – se réjouit des récentes déclarations des membres de la FFT. « Tout ce que l’on promet, si Versailles accueillait un jour le tournoi, c’est que ce serait un magnifique événement, immergé dans un somptueux cadre vert. Versailles est une ville internationalement connue et ce serait une belle exposition pour le tournoi. » Le projet prévoit notamment la construction d’un immense complexe sportif frontalier avec le parc du Château. Une superficie qui se rapprocherait de celle de Wimbledon (18 hectares). « C’est sans limites, » insiste-t-on à Versailles.

Pour Jean Gachassin, Versailles représente bien l’esprit du tennis et du tournoi tel qu’il les conçoit : « Rendez-vous compte, associer le nom de Versailles à celui de Roland-Garros, c’est pas mal quand même ! » La ville de Marne-la-Vallée fait, elle, figure d’outsider. Terre d’accueil du parc Eurodisney, la ville prévoit d’offrir des parkings et des facilités de transports vers la capitale. Mais ce projet se heurte encore à la réticence du public, peu enclin à faire côtoyer le tennis et Mickey…

Patrice Hagelauer, nouveau directeur technique (DTN) de la FFT et coach de Yannick Noah en 1983, l’année de sa victoire, a vécu les évolutions successives de Roland-Garros. Il était déjà là lorsque Yannick Noah y donnait ses premiers coups de raquette avant d’aller dormir dans la maison du gardien, remplacée depuis par le Tenniseum. Loin d’être nostalgique, la position qu’il défend sur le sujet est claire : « la délocalisation du tournoi ne va pas à l’encontre de l’esprit sportif. Les joueurs français ne sont pas contre un déménagement vers de meilleures structures. » Pour le DTN, « les gens viennent à Roland-Garros non pas parce que c’est à la porte d’Auteuil, mais pour le tournoi lui-même. »

Malgré ces projets, il n’est pourtant pas certain de voir le tournoi déménager de Paris. « C’est du 50/50 », affirme Jean Gachassin. « Ce serait un crève-cœur, » souligne pour sa part Gilbert Ysern. Au-delà de l’aspect affectif que représenterait une délocalisation, c’est le montant qui semble surtout freiner les velléités de départ. Les 600 millions d’euros budgétés pour le déménagement, représentent en moyenne une somme trois fois plus importante que les projets d’extension du site actuel.

Parmi les projets évoqués pour le site actuel, le court Suzanne Lenglen pourrait être rasé et remplacé par le stade de Marc Mimram initialement prévu en-dehors. Une extension du tournoi sur les serres d’Auteuil est aussi d’actualité, tout comme une extension dans le bois de Boulogne.

« Je dois m’entretenir avec Serge Blanco pour qu’on étudie aussi un projet de construction d’enceinte sportive qui pourrait accueillir tous types d’événements. L’idée est de mutualiser les sports. J’aimerais que la FFT soit à la base de la construction d’un stade couvert, enfin digne de la France ! On pourrait y organiser des championnats internationaux et pluridisciplinaires tel que le judo ou l’escrime par exemple », estime Jean Gachassin. Surnommé Peter Pan lorsqu’il était joueur de rugby, le président de la FFT ne ménage pas sa peine pour pérenniser et développer Roland-Garros. « De ça dépendra l’avenir du tennis en France », conclut-il.

La décision sera connue, au plus tard, lors de l’assemblée générale de la FFT prévue en février 2011. D’ici là, la porte d’Auteuil est assurée de conserver pendant encore cinq éditions le tournoi. Mais après, avantage dehors ?

www.rolandgarros.com

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