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Paris célèbre Andrée Putman, l’ambassadrice du design français

C’est la “grande dame” du design français, internationalement reconnue pour son style épuré et élégant. Pour la première fois, Paris consacre à Andrée Putman, bientôt 85 ans, une exposition monographique à l’Hôtel de Ville.

“Il était temps que Paris lui rende hommage”, relève sa fille Olivia Putman, désormais directrice du Studio Andrée Putman et commissaire de cette exposition gratuite qui ouvre ses portes au public mercredi. Pendant plusieurs décennies, Andrée Putman a aménagé des hôtels (à Paris, Roissy, New York, Hong Kong), des magasins (Yves Saint-Laurent, Anne Fontaine, Guerlain) mais aussi des bureaux ministériels et des objets de la vie de tous les jours.

L’exposition “Andrée Putman, ambassadrice du style”, qui se tient jusqu’au 26 février, présente sur un long podium noir laqué certaines créations emblématiques de cette grande femme blonde, coiffée d’un carré ondulé impeccable. La fameuse salle de bain à damier noir et blanc (1984) de l’Hôtel Morgans à New York, qui l’a rendue célèbre, a été reconstituée. Disposant d’un budget limité, l’architecte d’intérieur était parvenue à faire d’un matériau bon marché, le grès cérame, le summum du chic à Manhattan dans les années 80. Une table basse en bois et des fauteuils de bureau, commandés par Jack Lang en 1985 lorsqu’il était ministre de la Culture, ont été réunis à nouveau. Mais il manque la pièce centrale de l’ensemble, le bureau. Et pour cause, c’est celui de l’actuel Premier ministre François Fillon. Des sièges du Concorde rappellent qu’Andrée Putman avait redécoré le supersonique pour Air France en 1994. Le piano demi-queue “Voie lactée” réalisé pour Pleyel en 2008 reprend le thème du damier et renvoie à la jeunesse de cette pianiste de formation.

Andrée Putman, c’est beaucoup de rigueur et d’exigence avec des touches d’humour et de fantaisie. Son style ? Viser l’intemporel. La créatrice aime mêler les époques, les matériaux. Avec deux éléments essentiels: la lumière et l’espace. Noir, blanc, beiges, gris, parfois un bleu Klein: la palette de couleurs est sobre. Issue de la haute bourgeoisie, Andrée Putman est née le 23 décembre 1925 à Paris. Elle passe ses vacances à l’abbaye cistercienne de Fontenay, propriété familiale, dont la beauté nourrit son goût pour les formes pures et élancées. Après des études de piano, elle travaille pour la presse féminine. Puis se lance en 1958 dans l’aventure Prisunic. Elle épouse le marchand d’art Jacques Putman, rencontre de nombreux artistes. En 1968, elle suit Denise Fayolle, qui vient de créer le bureau de style “Mafia”. Trois ans plus tard, elle prend la direction artistique de “Créateurs et industriels” qui sera une pépinière de jeunes stylistes (Jean-Paul Gaultier, Emmanuelle Khahn, Issey Miyake, Thierry Mugler), avant de devoir fermer en 1976. Andrée Putman divorce et décide de voler de ses propres ailes. Elle fonde “Ecart” en 1978, sort de l’oubli des designers de l’entre-deux-guerres comme Robert Mallet-Stevens, Jean-Michel Frank ou Eileen Gray en rééditant leurs meubles.

La créatrice dessine des intérieurs pour des amis (Michel Guy, Karl Lagerfeld). Elle réalise le Centre d’arts plastiques contemporain de Bordeaux (CAPC). Puis c’est l’hôtel Morgans et la notoriété. Andrée Putman travaille le jour et fait la fête la nuit. A la suite d’un différend avec son partenaire financier, Andrée Putman doit renoncer à “Ecart”. Energique, elle repart et crée en 1997 l’Agence Andrée Putman. Depuis trois ans, sa fille a pris progressivement et en douceur le relais au Studio Andrée Putman, avec Sébastien Grandin. L’exposition s’achève sur la tasse à café dessinée par Olivia pour la marque Nespresso.

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