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Pascal-Alex Vincent, un réalisateur en voix off au Festival du film gay de Los Angeles

Jusqu’au 19 juillet, Los Angeles accueille la 27ème édition du Festival du film gay et lesbien. Le jeune réalisateur français Alex Vincent dont le court-métrage Bébé requin était en compétition au Festival de Cannes, y présente son premier long métrage, Donne-moi la main. Le film retrace le périple de deux frères jumeaux qui se découvrent l’un l’autre au fil de la route et prennent conscience de leurs profondes différences. Rencontre avec Pascal-Alex Vincent et les deux frères Carril, trois hommes fascinés par le pouvoir silencieux des images.

Donne-moi la main a été projeté aux Festivals de films gay et lesbien à Paris, San Francisco et maintenant Los Angeles. L’avez-vous écrit avec l’intention de le présenter comme un film sur l’homosexualité ?

Pascal-Alex Vincent : Non, à l’origine je ne comptais pas vraiment « marketter » Donne-moi la main comme un film gay. D’ailleurs, il d’abord été présenté à des festivals de films grand public : au Festival international de Turin en 2008 et au New Directors News Films à New York. C’est un festival de premiers et deuxièmes films et Donne-moi la main y représentait la France. Ce n’est que plus tard que mon film a fait une deuxième carrière dans les festivals gays et lesbiens.

Le film commence par une longue séquence d’animation, visiblement inspirée des mangas japonais. Pourquoi ?

P-A.V. : J’aime beaucoup la culture populaire japonaise. Avant d’être réalisateur, j’ai travaillé dans la distribution du cinéma japonais et j’ai donc beaucoup voyagé là-bas. Cette séquence d’animation est donc un hommage à cette culture. Et c’est aussi une façon de déconnecter le film de la réalité. Donne-moi la main n’est absolument pas traité sous l’angle de la psychologie filiale. C’est un film à la lisière du cinéma fantastique, très différent du réalisme psychologique de certains films français.

Êtes-vous d’accord pour dire que Donne-moi la main est une sorte de road movie à la française ?

P-A.V. : Oui, c’est un road movie mais je ne dirai pas « à la française ». Le film emprunte beaucoup à la mythologie des années 1970 aux États-Unis avec les thèmes de la route, de la découverte du territoire et l’apprentissage de la sexualité. Donne-moi la main s’inspire aussi du cinéma américain dans la mise en scène et l’emploi du cinémascope. Tout comme dans les seventies, le film prend son temps, il ne cherche pas l’efficacité immédiate où tout serait dit explicitement.

Comment est né votre film et comment avez-vous rencontré les frères Carril ?

P-A.V. : Je voulais faire un film sur la fratrie, sur ce qui nous différencie de nos frères et sœurs. Montrer que petits, les liens filiaux sont presque fusionnels et que les chemins se séparent lorsque les frères et sœurs grandissent. J’ai donc pensé que la gémellité était idéale pour parler de ce type de sujet. J’habite dans le centre de Paris et j’avais repéré un couple de frères jumeaux qui se battaient toujours dans le quartier de manière très violente. Ils étaient le méta-exemple de ce que je voulais représenter à l’écran.

La dernière image du film montre les deux jumeaux partir dans des directions opposées, sur une immense plage. Qu’avez-vous voulu exprimer ?

P-A.V. : Vous savez, il y a autant d’explications que de personnes qui vont voir le film. Mais je voulais représenter la séparation à la fin. Jusqu’alors, les deux garçons étaient comme prisonniers de leur gémellité . La séparation physique va permettre à chacun d’exister à part entière. Quentin (ndlr, personnage interprété par Victor Carril) va pouvoir vivre sa vie tel qu’il le souhaite et non plus comme son frère Antoine le voulait.

La parole et le dialogue sont presque absents du film qui insiste davantage sur l’image et les couleurs. Pourquoi ?

P-A.V. : En effet, Donne-moi la main est un film très visuel qui met en valeur la nature, la lumière, la beauté des corps. Je voulais que l’image ait un impact immédiat sur le spectateur comme dans les road movies. J’ai énormément travaillé sur l’aspect visuel ; la nature par exemple, est traitée comme un troisième personnage. Le plus gros investissement du film a été le repérage des décors. Le film a été tourné presque entièrement à l’extérieur et dans plus d’une quarantaine de lieux différents.

Alexandre et Victor Carril , avez-vous eu du mal à interpréter des rôles où vous n’aviez quasiment aucune parole à prononcer ?

Alexandre Carril : Non, parce que même dans la vraie vie, je préfère le silence à la parole. C’est un espace vide que le spectateur peut remplir avec son imagination.

Victor Carril : J’aime mieux m’exprimer par le corps que par le langage. Les moments les plus durs du tournage furent ceux où l’on devait lâcher une phrase après des heures de silence. Il y a parfois plus de force dans un regard que dans un dialogue. Et quand on est jumeaux, on n’a pas forcément besoin de se parler pour se comprendre.

C’est l’un de vos tout premiers films. Ne craignez-vous pas désormais d’être choisis pour votre gémellité ? Envisagez-vous de faire carrière à deux ?

A.C. : Nous avons effectivement commencé avec ce film où nous jouons des frères jumeaux, ce que nous sommes dans la vraie vie. Mais nous ne nous faisons pas de souci, la sélection se fera ensuite naturellement ! Nous ne cherchons pas à tout prix à nous vendre ; d’ailleurs nous n’avons pas d’impresario, nous préférons que les choses arrivent de manière spontanée.

Qu’aimez-vous dans le cinéma de Pascal-Alex Vincent ?

V.C. : Nous sommes passionnés par tous les arts visuels, peinture, architecture, dessin. Et le cinéma de Pascal-Alex Vincent rassemble tous ces arts en une image.

A.C. : J’aime aussi le fait que les films de Pascal se démarquent du cinéma français. Ils sont un peu décalés. En France, on a reproché au film de manquer de fond parce que les Français sont très cartésiens et aiment repartir d’une salle en ayant tout compris. Ce n’est pas le but des films de Pascal.

Le film a été mieux accueilli à l’étranger qu’en France. Comment l’expliquez-vous ?

P-A.V. : En effet, le film s’exporte très bien. Nous venons d’être acheté ici aux États-Unis par Strand, une grosse boîte de cinéma d’art et d’essai. Donne-moi la main filme l’indicible, les expressions du visage. Il touche donc à l’universel puisqu’il est dans le domaine du sensible.

Informations pratiques

Festival de films gay et lesbien de Los Angeles

9 au 19 juillet

http://www.outfest.org/fest2009/

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