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Pascal Bruckner, un philosophe libertin à New York

De passage à New York où il participe aujourd’hui au French Writing Festival, Pascal Bruckner s’attaque aux diktats de notre société. Sa réflexion sur le bonheur impossible, le consumérisme et le couple dessine une nouvelle typologie de nos comportements dans une époque faite de consensus.

Quand il ne dénonce pas la suprématie du pouvoir économique ou la tyrannie du bonheur, Pascal Bruckner se rêve en Casanova éclairé. À 63 ans, ce grand brun aux yeux clairs tour à tour philosophe, essayiste ou romancier cumule succès commercial et universitaire. De La Tentation de l’innocence (Prix Médicis de l’essai en 1995) aux Voleurs de beauté (Prix Renaudot en 1997), jusqu’à son dernier ouvrage, Le mariage d’amour a-t-il échoué ? (2010), l’écrivain livre une analyse personnelle de notre société post soixante-huitarde, sur fond de libération sexuelle et d’illusions déçues.

« Je réinterroge les mythes des années 60: la révolution sexuelle, la victimisation, la culpabilité. Je fais à la fois l’inventaire et la critique de cet héritage. À travers ces thèmes, c’est tout l’idéal démocratique qu’il réexamine. Atteint de «sartrophilie» aigüe depuis l’âge de treize ans, cet ex-étudiant de la Sorbonne cite Camus ou Kierkegaard comme ses figures ses maîtres à penser. Il nomme encore Alain Finkielkraut, son «jumeau spirituel», Roland Barthes, son «maître» de thèse ou son contemporain André Comte-Sponville, un «ami estimable».

Avec sa rhétorique parfaite, son sens de la formule et son humour un brin provocateur, Pascal Bruckner cultive des faux airs de dandy débraillé. «Je suis un hédoniste, plutôt libertin de tempérament», assume-t-il. Ses prises de position à rebrousse-poil de l’opinion générale en font un personnage à controverse. Comme en 2003, lorsque l’auteur affirme son soutien à l’intervention américaine en Irak en compagnie de Romain Goupil et d’André Glucksmann. L’écrivain se met alors une partie de son public à dos. Pas revanchard, il dénoncera plus tard les ratés et «l’effroyable gâchis» de cette opération, mettant ainsi un terme provisoire aux accusations de va-t-en guerre dont il fait parfois l’objet.

Politiquement incorrect, le philosophe assène en 2001 un nouveau coup à la société de consommation et de la performance. « Le slogan « Vivre sans temps mort et jouir sans entraves » est devenu celui de la marchandise et de l’information qui circulent 24 heures sur 24 », écrit-il dans Misère de la Prospérité. Ironie du sort pour ce pourfendeur du consumérisme, il reçoit pour cet essai le Prix du Livre d’Économie, sous le patronage du Sénat, la même année que Stieglitz qui remporte le prix Nobel d’économie. «Ce prix était un pur malentendu puisque ce livre dénonce l’incurie et l’imprévoyance des économistes», s’amuse l’auteur.

« L’Amérique pue l’eau bénite »

Aux États-Unis, Pascal Bruckner est surtout connu comme «un défenseur européen de la position américaine». L’écrivain y tient des séminaires sur la différence entre «patriotisme européen et américain», sur «L’exception culturelle française» ou sur «L’anti-américanisme» à l’université de San Diego, à la New York University ou, plus récemment, au Texas. Fervent adversaire de l’antiaméricanisme, on l’accuse souvent de faire l’apologie de la politique américaine. L’intellectuel s’en prend pourtant régulièrement au discours conservateur américain qu’il déteste dans ses tribunes du Monde ou du Nouvel observateur auxquels il collabore.

Son Amérique à lui n’est pas rose mais conserve ses souvenirs de jeunesse libérale. «En 78, mon ex-petit camarade Finkielkraut était prof à Berkeley, à San Francisco. Il m’a invité à l’y rejoindre. C’était la fin des années lyriques mais il y avait encore une liberté illimitée, c’était extraordinaire !». Depuis, le pays s’est crispé. «Le puritanisme a fait son grand retour, c’est effrayant», soupire cet hédoniste lucide. «Pour un Français aujourd’hui, l’Amérique pue l’eau bénite».


Plus d’informations sur le New French Writing Festival :

Pascal Bruckner participe ce vendredi à 14h30 à un débat avec l’écrivain Marc Lilla.

Tous les événements du festival se tiennent au rez-de-chaussée du Hemmerdinger Hall,  Silver Center, 100 Washington Square. Entrée libre.

http://frenchwritingfestival.com/

Le programme :

Vendredi 25 février

14h30: Pascal Bruckner/Mark Lilla (modéré par Adam Gopnik)

16h00: David B. /Ben Katchor (modéré par Françoise Mouly)

19h30: Atiq Rahimi/Russell Banks (modéré par Lila Azam Zanganeh)

Samedi 26 février

14h30: Laurence Cossé /Arthur Phillips (modéré par Judith G. Miller)

16h00: Philippe Claudel/A.M Homes (modéré par John R. MacArthur)


 

 

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