Subscribe

Pascal Rioult

Depuis 14 ans, Pascal Rioult dirige sa compagnie de danse à New York, où il a fait toute sa carrière de danseur, loin de sa Normandie natale. Il présente cette semaine à New York sa nouvelle création.

Dans la salle de répétition exiguë, le spectateur se rappelle que la danse, c’est avant tout une affaire de corps. Des corps qui transpirent, des corps qui soufflent et s’essoufflent, tendus à l’extrême. Sans la distance de la scène et des éclairages, ils dévoilent leur effort et le travail se révèle. La magie du spectacle réside là, dans cette capacité à faire oublier la souffrance, pour faire surgir la beauté. Il faut dire que les danseurs répètent une chorégraphie de Pascal Rioult, réputé pour son exigence technique, et qu’ils sont soumis à rude épreuve. « J’applique une technique héritée de Martha Graham, elle demande une endurance exceptionnelle », explique le chorégraphe.

Est-ce un hasard ? Avant d’arriver tardivement à la danse, Pascal Rioult était athlète de haut niveau. À 25 ans, il bifurque vers la danse – à l’âge où beaucoup de danseurs songent à la retraite. Nous sommes en 1981, et la danse contemporaine est quasi-inexistante en France. Il obtient une bourse du ministère de la culture pour étudier à New York, où il s’installe, prend des cours, et danse entre autres pour Merce Cunningham. Mais son style trop intellectuel ne lui convient pas, il recherche une danse plus physique et surtout plus dramatique. Il entre en 1984 dans la compagnie de Martha Graham, avec qui il travaillera comme premier danseur pendant 10 ans.

Après avoir débuté comme chorégrahe en 1989, il crée sa propre compagnie de danse en 1994, pour laquelle il chorégraphie des pièces inspirées le plus souvent par la musique classique. Si Ravel et Stravinsky sont ses compositeurs fétiches, c’est L’art de la fugue de Bach qui a ses faveurs dans le spectacle qu’il crée ce mois-ci à New York : « C’est une pièce très difficile mais qui me permet d’apprendre de nouveaux outils : comment transcrire la musique fuguée en mouvements ? Globalement, j’aime travailler à partir d’un matériau musical existant. Ma réputation aux États-Unis est basée là-dessus. Et quand le public est dejà en terrain connu, c’est plus facile pour lui d’entrer dans l’œuvre. » Sur scène, cinq couples incarnent cinq histoires, en alternant les costumes et les accessoires qui soulignent les mouvements du corps.

Pascal Rioult danse encore de temps en temps, mais pas dans son nouveau spectacle : « Je suis en forme, et je pourrais me chorégraphier des rôles adaptés, ce que j’ai fait l’année dernière, mais je le fais de moins en moins. La principale difficulté pour le chorégraphe-danseur, c’est d’être à la fois dans le spectacle et à avoir un regard extérieur. » Malgré tout, c’est lui qui exécute les mouvements pour expliquer une nouvelle chorégraphie aux danseurs, qui vont ensuite se les approprier.

À la tête d’une compagnie de 10 danseurs salariés, Pascal Rioult se dit aussi homme d’affaires, au moins à mi-temps. « Aux États-Unis, les compagnies de danse sont uniquement financées par des fonds privés. Ce sont des fondations, des entreprises françaises aussi, qui nous subventionnent pour moitié, le reste provenant des ventes de billets. Il faut constamment aller chercher l’argent, et c’est moi, en tant que chorégraphe et directeur de la compagnie, qui doit faire le VRP. » De plus, les temps sont durs pour la danse contemporaine : à New York, il n’y a plus qu’un théâtre – le Joyce Theatre – entièrement dédié à la danse.

Depuis deux ans, ses spectacles tournent en Europe, et plus particulièrement en France. « J’ai eu du mal à m’imposer. En France, je suis considéré comme un chorégraphe américain, et je suis catalogué Modern Dance. Le problème, c’est que ce genre appartenait à Martha Graham, et qu’on a longtemps considéré que le Modern Dance était mort avec elle. Une partie du public me suivait, mais j’étais snobé par l’intelligentsia. Aujourd’hui, c’est ce qui fait ma force ». Ses affinités françaises, il les voit plutôt du côté de Béjart – « exemple maudit d’un grand chorégraphe rejeté » – ou éventuellement de Daniel Larrieu. Mais, s’il est invité ici ou là sur les scènes nationales françaises, il n’a encore jamais été en contact avec les compagnies résidentes, à son grand regret.


Views of the Fleeting World
, création mondiale sur L’Art de la fugue de Bach
Prelude To Night,
triptyque sur trois pièces de Ravel, Alborada del Gracioso, Prélude à la nuit et Feria
Bolero, sur la musique du Bolero de Ravel

Du 3 au 7 juin 2008
The NYU Skirball Center for the Performing Arts, New York University, 566 LaGuardia Place
www.skirballcenter.nyu.edu

Le jeudi 5 juin, le spectacle sera suivi d’une discussion en français avec le chorégraphe.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related

  • Pascal Rioult passe le BachPascal Rioult passe le Bach Sur les musiques de J.S. Bach et du compositeur Aaron Jay Kernis, le chorégraphe français Pascal Rioult présente quatre pièces dont deux en première mondiale au Joyce Theater de New York, […] Posted in Culture
  • Danse : la grand-messe de Pascal Rioult à New YorkDanse : la grand-messe de Pascal Rioult à New York Depuis lundi soir et jusqu'au 19 avril prochain, le chorégraphe français Pascal Rioult présente au Joyce Theather de New York un nouveau spectacle en première mondiale The Great Mass, […] Posted in Culture