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Pascal Toussaint, corde sensible

Certains disent qu’il a la voix d’une femme, d’autres celle d’un enfant, quand ses admirateurs, eux, y décèlent le timbre d’un ange. Pascal Toussaint, né avec une anomalie des cordes vocales qui a empêché sa voix de muer en une voix adulte, ne s’embarrasse pas de comparaison : « Ma voix, c’est ma voix », explique-t-il simplement. Un timbre atypique que ce soprano formé au Conservatoire de Paris a su exploiter avec brio. Le Guadeloupéen de 29 ans a donné le 28 février à San Francisco, son premier concert aux États-Unis. Rencontre avec un talent (sur)naturel.

Vous avez un parcours singulier pour un chanteur soprano, comment êtes-vous venu au chant ?

Je suis « né » dans la chorale de mon père. C’est un peu comme quelqu’un qui veut échapper à l’emprise de son père et qui se retrouve à devoir reprendre son entreprise. J’ai commencé à me dire que je voulais faire d’autres choses, comme vétérinaire ou écrivain, mais finalement, c’est plus fort que moi, je reviens toujours au chant. Quand je regarde en arrière, je suis toujours un peu surpris de la manière dont les choses se sont déroulées. J’ai commencé comme soliste dans la chorale de mon père à 5 ans. À 14 ans, j’ai gagné l’Oscar du premier souffle, le premier prix était un an de cours de chant avec des profs de chant antillais. Mais quand ils m’ont entendu, ils ont dit que c’était une perte de temps


, et que je devais directement aller au Conservatoire à Paris. À 19 ans, je chantais mon premier solo à l’Opéra de Paris.

Comment s’est passée votre arrivée à Paris ?

Ça a été une grosse leçon d’humilité. J’avais 15 ans, je sortais de ma petite Guadeloupe natale où je me la jouais un peu, je me disais que j’arrivais en terrain conquis. Et puis j’ai entendu toutes ces voix magnifiques… Je me suis dit « Wow, ok, je ne suis pas le seul talent, il va falloir que je me démarque ». La première fois que la professeure de chant du Conservatoire m’a entendu chanter, elle m’a dit : « Ouais. Tu as une très jolie voix mais tu ne sais pas chanter ». Ça m’a motivé et m’a appris à en vouloir toujours plus et à ne rien prendre pour acquis.

Vous avez une formation classique mais vous reprenez aussi des standards du jazz et de la chanson française, vous avez un registre de prédilection ?

J’ai toujours chanté du classique. Pour mon père, c’était la seule vraie musique, la base de la musique en général. Moi, je pense que tous les genres se valent du moment qu’on le fait bien, qu’on cherche l’excellence dans ce qu’on fait. Après, au niveau de la technique pure, il vaut mieux commencer avec les bases classiques, et après, on peut faire ce qu’on veut.

Comment avez-vous été amené à donner un premier concert aux États-Unis ?

J’ai rencontré l’écrivain américaine Amy Tan, qui était venue voir mon spectacle aux Trois Mailletz à Paris, sur recommandation d’une amie. Elle est venue deux fois, puis elle a essayé de me contacter mais elle ne connaissait pas mon nom, alors elle a cherché sur youtube, puis elle a trouvé ma page myspace, ce qui lui a permis de me retrouver. On s’est rencontré, je ne savais pas du tout qui c’était. Un de ses amis m’a dit : « Quand tu rentres chez toi, cherche sur Google, et tu verras ». Là, quand j’ai vu le nombre de pages sur elle, j’ai compris. Elle ne m’a pas du tout parlé d’elle, elle m’a juste dit qu’elle voulait m’aider. Je n’avais pas de disque, pas de démo, pas d’agent. Et elle a promis de m’aider à faire un concert aux États-Unis. Je n’y croyais pas, parce que j’ai rencontré tellement de gens qui m’ont dit : « je vais t’aider » et qui n’ont jamais rien fait, que j’attendais qu’il se passe vraiment quelque chose. Elle m’a dit « Quand tu viendras aux États-Unis, je t’aiderai », et on en est là aujourd’hui.

Qu’attendez-vous de ce premier concert américain ? Vous espérez que cela va vous ouvrir des portes ?

Il y a plein de gens qui commencent à être intéressés, pour produire des disques ou d’autres dates de concert. Mais j’attends de voir ce qu’on me propose.

Vous êtes né avec une malformation des cordes vocales qui a empêché votre voix de se développer comme une voix adulte, est-ce que c’est quelque chose qui vous a complexé ou est-ce que vous l’avez toujours accepté comme faisant partie intégrante de votre voix ?

Je n’aime pas le terme de malformation, c’est plus une anomalie qui fait que j’ai mué en gardant ma voix d’enfant. Moi, je ne m’en rends pas compte, je ne m’entends pas comme les autres m’entendent. Je suis né avec, donc pour moi c’est quelque chose de tout à fait normal. C’est comme Usain Bolt qui court le 100 m en un peu plus de neuf secondes, tout le monde le trouve extraordinaire, mais je ne pense pas qu’il se rende compte à quel point il est « mutant ».

Qu’est-ce que ça représente pour vous, ce premier concert aux États-Unis ?

Depuis tout petit, j’ai toujours voulu chanter aux États-Unis. Je fais souvent des voyages aux États-Unis, j’aime beaucoup New York et c’est la troisième fois que je viens à San Francisco. C’est un peu un grand rêve qui se réalise.

Écoutez des extraits : www.pascaltoussaintmusic.com

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