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Patrice Hagelauer : « Les joueurs français doivent être chez eux à Roland Garros »

Patrice Hagelauer est le nouveau directeur technique national du tennis français. Pour France-Amérique, il fait le tour des sujets clés : les joueurs français, Yannick Noah, ses souvenirs personnels.

Qu’est-ce qu’évoque pour vous le tournoi de Roland Garros ?

Roland Garros et moi, c’est une grande histoire. Tout le monde se souvient du titre de Yannick Noah en 1983 lorsque j’étais son entraîneur. Je garde bien sûr un souvenir impérissable de ce moment historique et il n’y a pas un jour qui passe sans que quelqu’un me parle de cette victoire (rires). Mais dans mon esprit, il y a aussi les victoires avec Henry Leconte et ses matchs mémorables et des autres grands champions.

En 1983, comment était Yannick Noah avant d’aborder Roland Garros ?

Il fallait voir ses entraînements, c’est là qu’il s’est façonné un corps et un esprit de champion. Depuis, je n’ai jamais vu quelqu’un s’infliger de telles séances de travail. À l’époque, quand je lui disais que l’entraînement était fini, il me répondait : « Non ! Je veux refaire une série de smashs, envoie-les-moi plus haut, je veux taper plus fort ! » Et à la fin, c’est moi qui sortais épuisé de son entraînement.

On sent que c’est quelqu’un que vous admirez beaucoup…

Vous savez, dans les années 1970, je travaillais déjà à la FFT et j’entraînais Yannick Noah, Pascal Porte et Gilles Morelen à Roland Garros. On les avait installés dans la cabane du gardien, M. Hamelin (ndlr, qui est devenu le Tennismuseum depuis). D’un côté de la maison, il y avait le gardien et de l’autre les garçons. C’est pour ça que je dis que c’était écrit quelque part que Yannick gagnerait un jour Roland Garros . C’est comme une maison pour lui ici. J’ai tant de souvenir de Yannick et pas seulement des souvenirs datés de 1983.

Racontez-nous la balle de match  de la finale de 1983, comment l’avez-vous vécue ?

La balle sort, il se retourne, il crie et il pleure. Sur le moment, je n’arrive pas à voir quel sentiment l’envahit. Quant à moi, je ne pourrais pas décrire l’émotion qui me submerge… Et puis, je vois son père Zach qui saute de la tribune pour aller retrouver Yannick. Je me dis « il ne vas quand même pas sauter là (rires) ». On connaît la suite, Yannick tombe de joie et d’émotion dans les bras de son père et il crie « Papa ». Puis il monte en tribune, me tire par le bras, me fait tomber de ma chaise et il me prend dans ses bras. Il était en sueur, bouillant et il me glisse « On a gagné, on a gagné ». Je ne peux pas oublier ces paroles car elles résument à elles seules l’homme qu’est Yannick. Un jour il m’a dit : « à quoi sert une victoire si on ne sait pas comment la partager ». Tout Yannick est là, l’homme le plus généreux que je connaisse.

Aujourd’hui, l’avenir du tournoi ne s’inscrit pas forcément à la porte d’Auteuil. Ça vous inquiète ?

La question du toit est un aujourd’hui un vrai problème, certes. Mais ça l’est avant tout pour les joueurs qui ne pourront pas continuer à enchaîner les gros matchs dans des temps réduits comme c’est le cas actuellement quand il pleut. C’est une question de sécurité. Roland Garros est un tournoi pensé avant tout pour les joueurs, pour qu’ils se sentent bien. D’autre part, la fédération fait un gros travail pour que le public qui vient voir les matchs soit un public connaisseur, la priorité est donc donnée aux licenciés de tennis. C’est un public très respectueux des joueurs et des joueuses. Je ne suis pas sûr qu’il y ait le même degré de respect du jeu dans les autres tournois. Je ne suis donc pas opposé au déménagement si c’est pour obtenir de meilleures conditions pour tout le monde.

Concernant le tennis français, il semble à la peine sur terre battue où les Ibériques sont rois.

Je crois que tout est une question de climat. En Espagne ou en Argentine, certains clubs ont 30 ou 40 terrains de terre battue, le climat le leur permet, ils peuvent jouer quasiment toute l’année sur cette surface. Mais rassurez-vous, en France on n’est pas mal non plus.

Le tennis féminin français semble lui aussi à la peine…

Le tennis féminin est assez curieux globalement. Je pensais qu’il avait pris un tournant avec Davenport et les sœurs Williams et puis il y a eu Henin, les Russes, Mauresmo aussi. Aujourd’hui si vous regardez le haut du classement, vous verrez qu’il n’y a plus beaucoup d’Américaines et beaucoup de joueuses de l’ex-URSS. Et les Chinoises et Coréennes arrivent. Chez les hommes, c’est un peu pareil dans une moindre mesure, mais le tennis américain s’effrite. Quant au tennis féminin français : il nous manque un discours chez les débutantes pour que les filles n’arrêtent pas si tôt et ainsi conduire toute une génération vers les sommets.

Aujourd’hui, on est en 2010, vous êtes directeur technique national et à ce titre, voyez-vous un successeur à Yannick Noah ?

Les

Français ont tout pour bien jouer ici. Regardez Del Potro qui bat Federer à l’US Open ou Soderling qui bat Nadal ici même l’an passé… Les Français n’ont rien à envier à des joueurs comme Del Potro ou Soderling, il faut juste qu’ils se sentent à Roland Garros comme chez eux, dans un cocon. Comme Yannick en 1983.

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