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Patricia Kaas chante la môme Piaf

Ambassadrice d’un blues à la française, Patricia Kaas fait son retour via un album hommage à Edith Piaf et une grande tournée, “Kaas chante Piaf”. La chanteuse aux 20 millions d’albums donnera un concert unique au Carnegie Hall de New York, le mardi 20 novembre.

Après avoir revisité les années 30 dans son dernier disque, “Kabaret” en 2009, Patricia Kaas s’attaque au mythe Piaf. Elle réinterprète dans son nouvel album, “Kaas chante Piaf”, les plus grands succès de la chanteuse à la petite robe noire, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort survenue le 10 octobre 1963. Pour accompagner cette sortie, Patricia Kaas entame une tournée mondiale, avec des concerts dans plus de 45 pays. La chanteuse aux 20 millions d’albums vendus dans le monde chantera pour le public américain mi-novembre. Entretien.

France-Amérique : Edith Piaf est un modèle de self-made woman. Comment la définiriez-vous ?

Patricia Kaas : C’est un personnage plein de souffrance, de douleur, de fragilité. Mais elle représente aussi cette force de bataille, cette immense volonté d’exister. Elle a su s’imposer en tant que femme à une époque où c’était encore difficile. En dehors du fait qu’elle représente la chanson française, c’est une dame qui a eu beaucoup de courage. Nous sommes issues de deux générations très différentes mais elle est une école pour moi et tous les chanteurs. On chante tous Piaf à un moment ou un autre de notre carrière.

Faut-il avoir souffert pour interpréter Edith Piaf ?

Avoir une expérience de la vie aide certainement à l’interpréter. Le fait d’avoir connu la douleur, je pense que ça sert mieux ses chansons. C’est triste à dire mais cette douleur nourrit ses textes. Je souhaite réinterpréter cette souffrance sur scène. Pour cela, je me nourris de ce que j’ai pu vivre dans ma vie personnelle, que ce soit joyeux ou triste. Bien sûr, j’ai connu des drames différents de ceux de Piaf. Elle est décedée à 47 ans, l’âge que j’aurai au moment où je vais l’interpréter sur scène.

On vous compare souvent à cette chanteuse, alors que vos timbres de voix sont assez différents…

C’est vrai que l’on m’a comparée à Piaf dès mes débuts. Elle a une voix plus aiguë que moi. Ma voix est plus ronde, plus basse. Pourtant, j’ai découvert en studio que nous chantons sur les même tonalités. Cela m’a beaucoup surprise. Le grain de la voix est différent mais nous sommes assez proches au niveau vocal. On a aussi cette fragilité physique en commun. Edith Piaf était toute fragile sur scène, avec sa petite robe noire. Je suis aussi très menue. Et puis c’était une chanteuse populaire, et je suis également une chanteuse populaire.

Plus qu’un concert, “Kaas chante Piaf” est un spectacle hommage dans lequel l’aspect biographique, documentaire et visuel tient une grande place…

Je voyais cet hommage comme un spectacle qui intégrerait la rue des années 30-40 à celle d’aujourd’hui, dans un show contemporain et urbain. On y trouve un graffiti de Cocteau, une danse hip-hop sur une chanson plutôt classique comme “La vie en Rose”. Il y aura aussi des échos au théâtre. J’ai voulu aller au-delà du simple hommage en revivant en direct les émotions, comme ce moment où Piaf a appris sur scène le décès de son amour, Marcel Cerdan. Et des images inédites seront projetées, qui représentent l’autre visage de Piaf, celui d’une femme passionnée de la vie et d’amour. On la verra qui court sur la plage, qui s’amuse, qui rit, pas du tout vêtue de noir. Le tout se rapproche du récital, nous n’aurons pas d’autres instruments sur scène que ma voix.

Comment avez-vous sélectionné les chansons ?

Je les ai sélectionnées l’été dernier, en 2011. C’était difficile parce que je ne savais pas qu’Edith Piaf avait chanté plus de 330 chansons ! Il a fallu procéder par réduction. J’ai choisi les morceaux en fonction de ce que les gens connaissent de Piaf, mais aussi des chansons que j’ai découvertes et que j’ai voulu partager avec le public. J’ai sélectionné celles qui m’ont touchée par la beauté de leur texte comme “Ce soleil” ou “T’es beau tu sais”, parce qu’il y a une fragilité très belle dans ces chansons. Ou d’autres comme “La belle histoire d’amour”, qui contient une grande force. Pour le côté théâtral, j’ai ajouté “Les blouses blanches”, l’histoire d’une femme qui se retrouve à l’asile après avoir pété les plombs parce que son mari l’a quittée. Ce sont des chansons très scéniques, difficiles à intégrer sur un album parce que trop dramatiques. Et puis j’ai retenu des chansons qui me touchent, qui me correspondent. Avec des parti-pris artistiques, comme le fait de passer “Milord” en mode mineur, ce qui rend cette chanson plus sombre. Parce que ça me ressemblait davantage.

Allez-vous chanter en anglais ?

Je vais expliquer un petit peu l’hommage, parler un peu de Piaf sur les images. J’essaierai de communiquer en anglais et si je peux, je chanterai un morceau ou un refrain en anglais.

En chantant dans le monde entier, vous êtes devenue une sorte d’ambassadrice de la culture française. Ce rôle vous convient-il ?

C’est surtout un rôle que l’on m’a donné. Ce titre est lié au fait que j’exporte la musique française. Je suis de nature curieuse, j’aime voir si ma musique trouve son public au-delà des frontières. Quand elle permet d’apprendre le français, comme c’est le cas en Russie de mon texte “Il me dit que je suis belle”, je suis plutôt fière. Mais je ne me mets pas de pression avec ça, car ce n’est pas moi qui ait choisi ce titre d’ambassadrice.

Vous avez des racines germaniques. Intimement, de quelle appartenance vous sentez-vous ?

Française, avec des traits de caractère germaniques. Cela se retrouve dans mon comportement. Edith Piaf était une femme qui avait peur de l’ennui, elle vivait à fond tout ce qu’elle pouvait, à l’extrême. Moi je suis beaucoup plus rangée et disciplinée, c’est mon côté allemand. Je suis fière de ce sang allemand parce que c’est aussi celui de ma maman.

Pour un album de reprises classiques, le son est très moderne !

Abel Korzeniowski a arrangé les morceaux. Il y a une certaine modernité dans sa façon d’écrire les cordes et cette subtilité, cette dramaturgie qui correspondaient vraiment bien au projet. On lui doit la sublime bande originale du film “A single man” de Tom Ford, que j’ai adoré. C’est en la découvrant que j’ai eu envie de travailler avec lui. L’idée de cet hommage est né de cette rencontre à trois, entre un mythe, un compositeur de musiques de film et une chanteuse française.

Il n’est pas trop lourd de porter cet hommage à l’une des plus grandes voix de France ?

Il serait prétentieux de dire non, mais je vois ça plutôt comme un acte courageux. Je ne cherche en rien à imiter Piaf, c’est un hommage de moi à elle. C’est un projet épuisant mais aussi très excitant. Je me suis donnée à fond pour ça. Mais c’est un plaisir immense car ce ne sont que des belles mélodies avec des textes qui me touchent droit au coeur. Alors je ne me pose pas la question, je n’ai pas le temps de me la poser. Je fonce.

 

Infos pratiques :

“Patricia Kaas Sings Edith Piaf”, le 20 novembre au Carnegie Hall de New York, à 20h.

Carnegie Hall, Stern Auditorium / Perelman Stage, 881 7th Ave New York, NY 10019

Informations complètes : patriciakaas.net

Réservations : carnegiehall.org

Facebook officiel : http://www.facebook.com/patriciakaasofficiel

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