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Patrick Fournillier : une passion de l’opéra français qui s’exporte à Washington

Quelques accords de harpe et un son envoûtant qui se prolonge, un peu comme un esprit qui disparaîtrait petit à petit vers l’au-delà. L’accent de celui qui félicite ses musiciens ne trompe pas: Patrick Fournillier, un des chefs français les plus connus à l’étranger, achève à Washington les répétitions de “Hamlet”.

“C’est juste après la mort d’Ophélie, qui vient de se suicider car Hamlet l’a rejetée”, explique le “director”, qui se présente comme “un passionné du son, de la charge émotionnelle du son”.

Cette passion, Patrick Fournillier l’exerce au profit de l’oeuvre adaptée de Shakespeare par Ambroise Thomas en 1868 et qui sera interprétée par le Washington National Opera du 19 mai au 4 juin. Il passera la baguette pour quatre soirs à son ami Placido Domingo, directeur général de l’opéra de la capitale américaine, qui se remet d’un cancer du côlon.

M. Fournillier, qui a dirigé de nombreux orchestres en Europe ces dernières années, n’avait pas encore beaucoup travaillé aux Etats-Unis. Mais “cette année, ça démarre vraiment pour moi”, observe-t-il.

Juste avant “Hamlet”, il a dirigé des “Noces de Figaro” très enlevées, également à Washington, avec, dans le rôle du comte Almaviva, le géant néo-zélandais Teddy Tahu Rhodes, qui a fait un tabac avec son grand air “Hai gia vinta la causa”.

En septembre, la consécration l’attend au “Met” de New York, pour “Les Contes d’Hoffmann” d’Offenbach, suivis en octobre, à San Francisco, du “Cyrano de Bergerac” de Franco Alfano, une oeuvre qu’il a dirigée l’an dernier à Paris avec Placido Domingo, à l’époque dans son rôle de ténor.

Au total donc, trois oeuvres françaises présentées cette année aux Etats-Unis si l’on considère que le livret de Cyrano a été écrit en français pour un Alfano qui était Franco-Italien.

Patrick Fournillier est un spécialiste de la musique française du XIXe siècle, notamment de Massenet, dont il a dirigé 18 des 26 opéras un peu partout dans le monde. “C’est probablement un record”, suppose-t-il, sans grand risque de se tromper.

La caractéristique de l’opéra à la française ? “Une proximité unique entre la musique et le texte”, répond-il. “La musique porte le texte, alors que dans l’opéra italien, c’est la musique qui compte avant tout, le texte étant souvent répétitif”.

Autre particularité: “un souci de clarté et de précision” qui distingue une oeuvre lyrique française de la musique allemande. “On aime le détail, un petit solo de clarinette par-ci, un solo de hautbois par-là. C’est un peu comme les petites touches d’un tableau impressionniste: quand on s’approche, on distingue les subtilités”, explique le chef d’orchestre.

Le musicien se réjouit du regain d’intérêt actuel pour la musique française, après un long passage à vide. “On a vraiment un énorme répertoire oublié qu’il faut ressortir des tiroirs”, plaide-t-il.

Mais Patrick Fournillier a “un peu de regrets, de nostalgie”: “Je fais de la musique française partout dans le monde, j’aimerais bien en faire avec des musiciens français, qui ont la même sensibilité, les mêmes racines”.

“Je ne brandis pas un drapeau, mais il faut faire attention à ne pas se perdre soi-même”, lance-t-il, estimant que les grands orchestres du monde tendent de plus en plus à jouer du même “style Hilton international”.

“Je refuse la mondialisation de la musique”, martèle-t-il, regrettant que sur les 25 grands orchestres de l’Hexagone, pratiquement aucun ne soit dirigé par un Français.

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