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Père Pierre Raphaël, le bienfaiteur de Rikers Island

La plus grande prison de New York, sur l’East River, est revenue au cœur de l’actualité avec l’incarcération de Dominique Strauss-Kahn pendant trois jours. Rencontre avec l’ancien aumônier français de cet immense complexe, connu pour être l’un des plus durs des États-Unis.

En ce matin glacial du 24 décembre 1970, Le Père Pierre Raphaël aperçoit, au loin, le World Trade Center. Les tours jumelles, alors en construction, sont les premières images de New York pour le prêtre français. « J’étais moi-même étonné d’arriver là. Et je suis le encore », sourit-il. Membre des Frères de Foucauld, il décide de rejoindre la fraternité de New York qui avait besoin d’un prêtre. Peintre et soudeur la journée, il tient le soir un lieu de rencontre, installé dans un petit local du Lower East Side. Sa vie bascule lorsqu’il devient, en 1978, l’aumônier de Rikers Island, l’une des prisons les plus insalubres aux États-Unis. « J’ai senti que j’avais un rôle, que ma présence était utile. Une personne qui est condamnée à être enfermée, quand on lui ouvre une porte, montre un vrai besoin de parler ». Alors, tous les matins, il se rend à Rikers Island, et passe de cellule en cellule pour briser la solitude des prisonniers.

Noël 1989, 250 détenus s’amassent dans la chapelle de la prison pour l’un des rares rassemblements autorisés par la direction, inquiète des débordements. Durant la messe de minuit, aucun échaufourée, mais une ambiance détendue dans un lieu pourtant en proie à des tensions quotidiennes. Devant ce spectacle d’espoir, le père Pierre Raphaël a l’idée de créer un centre de réhabilitation à New York. « La prison vous isole. Alors j’ai voulu essayer de rassembler », explique-t-il simplement. Ainsi naît la Maison d’Abraham en 1993. L’aumônier, avec l’aide trois soeurs françaises et belges, s’installent en plein coeur du Bronx, dans une chapelle désaffectée appartenant au diocèse de New York. En accord avec les juges, des personnes condamnées pour des faits mineurs sont logées à la Maison d’Abraham. Douze d’entre eux sont résidents et n’ont pas à revenir à Rikers Island, si leur comportement est satisfaisant. « Nous voulions créer une alternative à l’incarcération, car le taux de récidive aux États-Unis est particulièrement important. Le système pénal américain est vraiment déficient ». Transformer des petits délinquants en citoyens responsables est le but de la maison d’Abraham. La religion y joue évidemment un rôle prépondérant dans cette rééducation. « Si on veut sortir, il faut croire en quelque chose, on ne peut pas le faire tout seul. La spiritualité leur donne une raison de se réinsérer, de ne pas baisser les bras ».

Dix-huit ans après son ouverture, la Maison d’Abraham n’a jamais joué un rôle aussi important alors qu’aux États-Unis, plus d’un adulte sur cent est en prison. « Il n’est pas rare que des anciens prisonniers reviennent nous voir pour la messe le dimanche, et nous disent que sans la foi, sans l’aide de la Maison d’Abraham, ils ne s’en seraient pas sortis ».

Quarante-et-un an après être arrivé à New York sur la pointe des pieds, le père Pierre Raphaël est aujourd’hui une figure du Bronx. Et son engagement n’a jamais perdu de sa force. « Depuis mes premiers pas à Rikers Island, je me suis senti porteur de cette mission. Je suis content de voir que la Maison d’Abraham existe encore aujourd’hui et que nous apportons encore des réponses à travers la foi ».

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