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Petit aperçu de la rentrée littéraire

Houllebecq, Despentes ou Jim Harrison, tous les écrivains connaissent le poids des mots quand ils attaquent un roman et déroutante, drôle ou volontairement plate, l’entrée en matière d’un livre, ou “incipit”, donne le ton comme le “Il était une fois” des contes.

Certaines, célèbres, restent gravées dans les mémoires comme le proustien “Longtemps je me suis couché de bonne heure”, le “Ca a débuté comme ça” du “Voyage au bout de la nuit” de Céline ou encore le “Aujourd’hui, Maman est morte” de “l’Etranger” de Camus.

Voici un florilège des premiers mots de la rentrée littéraire 2010. :

Michel Houellebecq, très attendu en cette rentrée, ouvre “La carte et le territoire” (Flammarion) avec l’un des deux principaux personnages de ce roman férocement drôle: “Jeff Koons venait de se lever de son siège, les bras lancés en avant dans un élan d’enthousiasme”, écrit-il. Le deuxième “héros” du livre n’est autre que lui-même. Son nom sera cité plus tard…

En revanche, Amélie Nothomb se met d’emblée en scène: “Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau: Chère Amélie Nothomb, je suis soldat de 2e classe dans l’armée américaine, mon nom est Melvin Mapple, vous pouvez m’appeler Mel”, raconte-t-elle en amorçant “Une forme de vie” (Albin Michel), où elle revient sur l’une de ses obsessions, l’obésité.

La poésie s’invite aussi: “C’est une nuit sans lune et c’est à peine si l’on distingue l’eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches”, décrit Olivier Adam dans “Le coeur régulier” (L’Olivier), pèlerinage à la sensibilité extrême sur les traces d’un frère qui a mis fin à ses jours.

“Il fait encore nuit et le fleuve est tranquille quand Odon Schnadel sort de sa péniche”, commence Claudie Gallay dans “L’amour est une île” (Actes sud), intrigue habile dans un festival d’Avignon en plein conflit social.

D’autres convoquent un dialogue intérieur: “Comment ai-je pu oublier, se dit Maria, c’est inadmissible. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Elle aurait voulu se gifler”, esquisse Marc Dugain dans “L’insomnie des étoiles” (Gallimard), superbe roman sur le mal et la barbarie nazie.

Tout comme Laurent Gaudé dans “Ouragan” (Actes sud): “Moi, Joséphine Linc Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore”. L’histoire se déroule à La Nouvelle-Orléans…

L’incipit cultive parfois l’humour grinçant: “Dans notre pays, un chef doit être chauve et avoir un gros ventre”, écrit Alain Mabanckou dans “Demain j’aurai vingt ans” (Gallimard), aux accents autobiographiques.

Voire l’autodérision: “Elle était née bizarre, du moins le croyait-elle. Ses parents avaient mis de la glace dans son âme, ce qui n’avait rien d’exceptionnel”, lance l’héroïne solitaire d’une des nouvelles de “Les jeux de la nuit” de l’Américain Jim Harrison (Flammarion). “Quand je suis arrivée dans le Centre, je n’étais ni bien grande, ni bien grosse, ni en très bon état”, écrit Blandine Le Callet dans “La ballade de Lila K” (Stock), roman d’initiation.

Les faits, rien que les faits chez d’autres écrivains: “Dans le Sunday Times d’hier, un reportage sur Francistown au Bostwana” (“L’été de la vie” du Nobel sud-africain John Maxwell Coetzee, Seuil). “Il y avait un homme debout contre le mur nord, à peine visible” (“Point Omega” de l’Américain Don DeLillo, Actes Sud). “Elle arriva par l’allée et monta les marches de derrière, comme elle l’avait toujours fait” (“Vice caché” de l’Américain Thomas Pynchon, Seuil).

Ces “ouvertures” d’aujourd’hui passeront-elles à la postérité? Les lecteurs de demain le diront.

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