Subscribe

Philippe Lioret : « Je suis cinéaste avant tout, pas politicien »

Tombé en pleine polémique sur l’immigration, le film de Philippe Lioret, Welcome, est, avec 30 autres longs métrages, à l’affiche du 13ème Festival du film français de Col.Coa, en Californie, qui a commencé le 20 avril et se poursuit jusqu’au 26 avril. Retrouvez la deuxième partie de l’interview du cinéaste, dans laquelle il aborde la question de l’immigration clandestine en France, dans le numéro de mai de France-Amérique. Pour vous abonner, cliquez ici.

Welcome, l’histoire d’un professeur de natation (Vincent Lindon) de Calais venant en aide à un jeune Kurde qui s’entraîne pour traverser la Manche à la nage, tombe à pic. Avec sa mise en scène méthodique, le film colle à l’actualité et présente une cartographie rigoureuse de Calais et des relations entre migrants, associations et calaisiens. Le tout sur fond de romance entravée.

Philippe Lioret, cinéaste de Tout va bien, ne t’en fais pas, a d’abord entendu parler des migrants de Calais par son ancien scénariste, qui avait animé dans la ville du nord des ateliers d’écriture. Le cinéaste s’est rendu sur place pour documenter le film : « On interdit aux bénévoles d’aider ces gamins, qui sont jeunes et vivent dans des conditions déplorables », a-t-il constaté. Il ajoute : « Le film, c’est aussi deux histoires d’amour conflictuelles qui se heurtent à l’ordre du monde. Grâce à la qualité du scénario et à la force d’incarnation des acteurs, le spectateur s’identifie ».

Le succès du film se répand à l’étranger, les droits ont été achetés dans 25 pays. En France, partout où il passe, le cinéaste est reçu par des applaudissements, et un taux astronomique de satisfaction des spectateurs. Il a récemment présenté le film à Calais, « les larmes aux yeux ».

La sortie du film a en tout cas permis de relancer le débat politique en France sur la question de l’immigration : une proposition de modification de l’article 622 du Code des étrangers (qui rend coupable toute personne aidant un sans-papier) va être soumise par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale le 30 avril.

-Êtes-vous surpris par le succès du film et les réactions ?

Le film est devenu un mini-phénomène. C’est étonnant de rencontrer un tel écho mais je sais d’où ça vient : le film et l’histoire touchent les gens. Ils se mobilisent, en tant que spectateurs, citoyens, hommes politiques. On enchaîne les pages dans Le Monde. Le film fait débat, s’il peut servir aussi à ça, alors tant mieux.

-Le film ne donne pourtant pas de réponse.

Il a permis de poser la question et d’envisager une réponse. C’est déjà incroyable. J’ai des affinités à gauche mais je n’ai jamais eu une carte de parti. Je n’ai pas peur de me faire récupérer par le Parti socialiste, je m’en fiche, ce qui m’intéresse c’est que ça serve. Je suis cinéaste avant tout, pas politicien. Je n’ai pas voulu faire un film engagé, mais en racontant une vérité, on s’engage par la force des choses.

-Le film a également le mérite de montrer la France comme un pays étranger.

C’est l’acuité du regard que l’on porte sur les choses qui fait qu’on les découvre. Personne n’est au courant de ce qui se passe à Calais : ça se dissout dans le torrent médiatique, ou bien c’est trop résumé. On n’entend plus ce qui se passe. Mais un film permet de donner à voir une situation. Il faut qu’on y croie, bien sûr. Je fais les films que j’ai envie de voir. 

– D’où vous vient l’inspiration pour la mise en scène ?

Même si ce n’est pas conscient, on s’imbibe toujours un peu, forcément : je pense à Ken Loach, ou Claude Sautet, deux cinéastes qui m’intéressent pour leur façon de traiter la vie politi

que et les rapports intimes entre les individus.

Welcome marque votre première collaboration avec Vincent Lindon. Pourquoi l’avoir choisi ?

Cela faisait longtemps que je voulais travailler avec lui. Il ne joue pas, il incarne : au cinéma, il faut « être » et non pas être théâtral. Je lui ai raconté l’histoire du film, il m’a dit « c’est formidable ». Depuis on ne s’est plus quittés, on est en contact et on a envie de retravailler ensemble.

-Vous avez aussi travaillé avec des acteurs amateurs (comme le rôle principal, Bilal).

Après de longues recherches, à Istanbul, dans les communautés kurdes et même en Suède, on avait trouvé tous les personnages, mais pas le personnage principal. Finalement, il était en Ile-de-France. Firat Ayverdi, qui joue Bilal, avait une détermination qui ressemblait beaucoup à celle du personnage. Mais c’est un vrai pari. Dans le panorama du cinéma français, qui est souvent trop consensuel, c’est un peu gonflé. Prendre ce genre de risque dans le choix des acteurs, c’est une brèche qu’on ouvre pour la suite.

French Film Festival – City of Lights, City of Angels (Col.Coa)

du 20 au 26 Avril à Los Angeles

The Directors Guild Theater Complex
7920 Sunset Blvd., Los Angeles

Programme et billets sur le site web.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related