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Philippe Petit sur la scène du Abrons Arts Center

Du 16 au 19 juin, Philippe Petit, le funambule des tours du World Trade Center, sera de retour sur la corde dans Wireless!, son spectacle qu’il présentera au sein du Abron Arts Center de New York. Dans son numéro de janvier, France-Amérique avait relaté sa rencontre exclusive avec l’artiste dans la cathédrale Saint John the Divine, son atelier. Portrait d’une vie sur le fil.

Lorsqu’on demande à Philippe Petit où il passe le plus clair de son temps, il répond dans la cathédrale Saint John the Divine à New York. Il y est en effet artiste en résidence depuis trente ans… Pas si surprenant quand on sait que si l’édifice est debout aujourd’hui c’est aussi un peu grâce à lui. « Mes différentes performances ici ont ainsi permis d’attirer de l’attention mais aussi de récolter des fonds afin de terminer la construction de l’église », explique-t-il. En effet elle avait été stoppée après la Seconde Guerre mondiale. Le funambule français, amoureux de l’architecture gothique depuis sa première traversée illégale entre les deux tours de Notre-Dame à Paris en 1971, a decidé alors de mettre son art au service d’une bonne cause.  Pour le remercier, Dean Morton, le doyen de l’époque, lui a proposé de choisir un endroit de la cathédrale pour y installer un atelier. « J’étais tellement content », se remémore-t-il les yeux pétillants. « L’équilibriste allait aménager son bureau dans le triforium, ce passage étroit sur les bas-côtés de la nef. «  Cette église est ma vie de bien des manières, puisque les cendres de ma petite fille, décédée à l’âge de neuf ans, reposent également dans une case de columbarium », précise-t-il. « Et au fil du temps, je suis devenu ici comme un Quasimodo. »

New York, sa ville d’adoption

New York est la ville d’adoption de Philippe Petit qui,  originaire de Nemours, en Seine-et-Marne, n’a gardé de la France, que la nationalité et l’accent. « J’aurais adoré être à Paris, mais personne ne m’y a invité. Alors j’ai préféré rester là où les gens m’ont accueilli, puisque apparemment je ne suis pas le bienvenu dans mon propre pays. » Un manque de reconnaissance dont il a longtemps souffert mais qui l’amuse presque aujourd’hui. Sous les arches de la nef de la cathédrale, il entretient le mythe du mal-aimé et compte ses apparitions.

Depuis la cérémonie des Oscars à Los Angeles en février 2009, il ne s’est en effet plus vraiment montré en public. Cette année-là Man on wire, le film de James Marsh qui raconte cette incroyable marche sur un fil tendu entre les deux tours du World Trade Center en 1974, a raflé la statuette du meilleur documentaire. Malgré ce coup de projecteur, les photos récentes de cet amoureux du risque fou restent finalement assez rares. « J’adore la photographie et j’ai accepté de nombreuses fois de poser pour Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson ou Annie Leibovitz. Mais j’étais loin d’être satisfait du résultat.  C’est un peu normal, car sur le fil, si je fais un salut de la main, et que le photographe prend la photo, il faut qu’il connaisse bien le mouvement pour savoir capturer le bon instant. »

Le fildefériste a pourtant consenti, en août dernier, à la présence de la photographe Victoria Dearing, lors du premier atelier professionnel qu’il donnait à Brooklyn. À l’invitation d’Elisabeth Streb, chorégraphe de l’extrême et fondatrice de Streb Lab for Action Mechanics (Slam), une compagnie de danse basée à Williamsburg, Philippe Petit a enseigné à dix-huit élèves, triés sur le volet, l’art d’apprivoiser la pesanteur sur un câble placé à 2,10 mètres au dessus du sol. Sans trépied ni flash, Victoria devait suivre -invisible- l’acrobate sur le fil « C’était différent, je n’avais pas à poser pour elle, je ne lui ai même pas expliquer ce qu’il allait se passer », raconte Philippe Petit. Défiant les lois du vertige, il utilisait en guise balancier la poésie comme un élément indispensable à sa performance technique. « Pour moi, le funambulisme ressemble à un rêve éveillé, un moyen de ressembler aux oiseaux. Cela peut sembler ridicule, mais moi je trouve que c’est très poétique. »

« Je suis prêt à réaliser des choses que je n’aurais pas pu faire à 18 ans »

Cette attirance viscérale pour l’altitude, Philippe Petit ne l’explique pas. Dans ses premiers souvenirs, vers l’âge de 5 ans, il se revoit constamment grimpant aux arbres. « Je pense que j’étais plus intéressé par la perspective d’explorer le monde que par celle de suivre mes semblabes sur la terre. » Dans Atteindre les nuages, le titre de son dernier livre (qui n’a cependant pas été traduit en français) il raconte ce 7 août 1974, jour de son exploit entre les deux tours du World Trade Center. Seul, au milieu du vide, faisant du ciel son domaine et « malgré la difficulté de trouver des complices pour réaliser un tel crime artistique », il se remémore avoir ressenti  « une intense concentration et une joie immense ».

Aujourd’hui, cet autodidacte sait que l’entreprise serait plus compliquée, notamment depuis les évènements du 11-Septembre dont il se refuse de parler. « Dans les grandes villes, il y a tellement de caméras, que vous ne pouvez même pas monter à un arbre sans vous faire arrêter. Mais j’ai fait l’impossible tellement de fois, que je si je m’imagine quelque chose, cela devient possible.» Possible oui, mais difficile à produire dans un monde où tout doit être sous contrôle. « Les gens se sont enfermés dans cet étrange sentiment de sécurité. Ils ont perdu leur imagination et la confiance en leur sens. Ils oublient de vivre avec les saisons et deviennent les esclaves de ces petits gadgets électroniques qui balancent tellement d’images et de sons.» Ce rêveur déplore également le manque de courage des artistes qui a fait décliner, selon lui, le niveau des grandes prouesses publiques depuis une vingtaine d’années.

Une autre des raisons, pour laquelle, Philippe Petit souhaiterait ouvrir une école d’arts de la scène. « Mais je le ferai quand je serai très vieux », glisse-t-il avec malice. Au printemps 2011, il devrait donner une autre série de cours, sessions pendant lesquelles il espère trouver un disciple aussi exhalté que lui. « Je n’ai pas encore vu quelqu’un me dire qu’il aimerait apprendre nuit et jour”, regrette ce poète des airs. « Au Moyen-Age, lorsque vous étiez un maître, vous aviez un apprenti. Aujourd’hui, il me semble que tout le monde est dans son coin. »

À 61 ans, s’il se sent prêt à partager ses connaissances avec la jeune génération, pas question cependant de rester au sol et de passer définitivement le flambeau. «À mon âge, j’ai l’impression que ma vie est devant moi. J’ai acquis tellement d’expérience, que désormais je suis prêt à réaliser des choses que je n’aurais pas pu faire à 18 ans », assure l’acrobate. « Pour moi le temps est l’ennemi de l’artiste. Tant que je peux marcher sur le fil, je peux marcher par terre. » Ses projets devraient l’emmener en direction l’île de Pâques et, plus près de Saint John The Divine, du côté de la Bibliothèque publique de New York sur la 42e rue. À condition d’obtenir les autorisations et de trouver les financements.

Pour en savoir plus:

Wireless!, les 16, 17 et 18 juin à 8 pm et le 19 juin à 3 pm au Abrons Arts Center (466 Grand Street) À New York. Tarif: 20 dollars.

À voir:


Philippe Petit traverse le World Trade Center by Tubulamarok

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