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Philippe Séguin succombe à une crise cardiaque

Philippe Séguin, grande figure de la vie politique française dont il a occupé des postes majeurs, est mort d’une crise cardiaque tôt jeudi à son domicile parisien à 66 ans, une décès inattendu qui a provoqué un coup de tonnerre à droite comme à gauche.

La disparition du président de la Cour des Comptes, annoncée par RTL, confirmée par l’UMP, a suscité de nombreux hommages, chacun saluant, à l’image du président Nicolas Sarkozy, le grand républicain, le gaulliste social passionné. Bouleversé, le Premier ministre François Fillon, qui travailla longtemps à ses côtés, a jugé que la France perdait “un de ses plus grands serviteurs”, une “de ses plus belles voix politiques”.

Une cérémonie d’hommage, qui sera télévisée, aura lieu aux Invalides lundi, avec discours du chef de l’Etat, a annoncé la Cour des Comptes. Philipe Séguin doit être inhumé à Bagnols-en-Forêt, dans le caveau familial, selon la mairie de ce village varois.

Il est mort “vers 06H00 du matin des suites d’un malaise cardiaque”, selon une source policière. “Il n’y avait eu aucun signe avant-coureur”, a rapporté l’ancien ministre Roger Karoutchi, un ami de cet épicurien, grand fumeur devant l’éternel.

Les responsables de la majorité ont appris la nouvelle tôt lors d’un réunion à l’Elysée autour du secrétaire général Claude Guéant, qui a reçu un coup de téléphone annonçant la disparition. Dans la soirée, l’ancien président Jacques Chirac, puis François Fillon et Nicolas Sarkozy, se sont succédés au funérarium du cimetière des Batignolles (Paris XVII) où a été transporté le corps.

Philippe Séguin fut notamment député d’Epinal (à partir de 1978), maire de cette ville vosgienne (à partir de 1983), ministre des Affaires sociales sous la première cohabitation (1986-1988), président de l’Assemblée sous la deuxième, président du RPR après la désastreuse dissolution.

Presque unanime, la classe politique a salué la force des convictions et l’indépendance de ce pourfendeur du traité de Maastricht. Les anciens Premiers ministres n’ont pas été en reste: “sens aigu du service de l’Etat” (Dominique de Villepin), homme qui “n’avait peur de personne” (Jean-Pierre Raffarin), “fort caractère” (Lionel Jospin), “personnalité exceptionnelle” (Alain Juppé).

L’un d’eux manque à l’appel: Edouard Balladur, sollicité par l’AFP, n’a pas souhaité réagir. Dans la campagne présidentielle de 1995, Philippe Séguin lui avait porté un coup très dur, prenant fait et cause pour Jacques Chirac et accusant le Premier ministre de préparer un “Munich social”.

Beaucoup de commentateurs ont souligné le caractère ombrageux de ce républicain aux colères célèbres, dont le tempérament fut sans doute un obstacle à une carrière encore plus brillante. Il n’accéda jamais à Matignon, même si son nom circula plusieurs fois pour le poste. De même, il démissionna avec fracas de la présidence du RPR et abandonna la campagne européenne de 1999, puis essuya un échec retentissant aux municipales de 2001 à Paris.

Natif de Tunis, pupille de la Nation qui se présentait en “petit chose” de la République, Philippe Séguin était un pur produit de la méritocratie républicaine, via l’ENA. Père de quatre enfants issus de deux mariages, il était aussi un passionné de football, omniprésent dans les stades.

A la Cour des comptes – fonction idéale pour ce grand censeur des dérives républicaines – il avait multiplié les remontrances retentissantes. Il restera aussi comme celui qui, le 20 septembre 1992, avait porté la contradiction à un François Mitterrand qu’il savait déjà très malade, après avoir mené une campagne exceptionnelle pour le “non” à Maastricht.

 

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