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Pierre Vimont, le nouvel ambassadeur de France à Washington

Nommé par Nicolas Sarkozy le 1er août 2007, le nouvel ambassadeur de France aux États-Unis, Pierre Vimont, a été officiellement reçu mercredi à la Maison Blanche par George W. Bush. Il succède à Washington à Jean-David Lévitte, ambassadeur de décembre 2002 à mai 2007, désormais conseiller diplomatique auprès du président de la République. Pierre Vimont a fait l’essentiel de sa carrière en Europe. Il a dirigé le cabinet de la ministre socialiste Elisabeth Guigou aux Affaires européennes, de 1990 à 1993, et a été Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles entre 1999 et 2002. Au Quai d’Orsay, il a été successivement directeur de cabinet de Dominique de Villepin, de Michel Barnier puis de Philippe Douste-Blazy.

Pierre Vimont répond aux questions de France-Amérique.

 

France-Amérique : Avez-vous déjà eu l’occasion de vivre aux États-Unis ?

Pierre Vimont : C’est vrai que j’ai effectué l’essentiel de ma carrière en Europe, à Londres, Bruxelles et Paris. J’ai néanmoins passé un an aux États-Unis, à New York, où j’ai été détaché de 1985 à 1986, auprès d’un « think tank », l’Institute for East-West Security de John Mroz. C’était avant la chute du mur de Berlin et c’était très passionnant. J’ai aussi une expérience plus intime de l’Amérique. Je suis issu d’une famille de diplomates. Mon père était alors en poste ici, j’ai passé ma petite enfance de 4 à 8 ans à Washington.

 

F.-A. : Alors vous connaissez le lycée français de Washington…

P.V. : En fait non ; j’étais dans une école américaine de quartier. J’en garde un très bon souvenir.

 

F.-A. : Votre arrivée à Washington coïncide avec une nouvelle ère dans les rapports franco-américains. Qu’en pensez-vous ?

P.V. : J’arrive à un moment où les relations franco-américaines sont particulièrement intéressantes : l’arrivée de Nicolas Sarkozy et ses récentes déclarations plaident en faveur d’une relation décrispée. Mon rôle est de traduire en action cette volonté politique, de lui donner un élan plus marqué. Il faut rappeler que les rapports franco-américains, après la période difficile traversée au moment du lancement de l’opération en Irak, se sont améliorés dès 2005 : nos deux pays ont alors commencé à travailler ensemble en particulier sur le Liban et sur l’Iran. Dans le registre diplomatique, nous devons poursuivre notre concertation étroite sur ces dossiers, mais aussi en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, le Kosovo ou le Darfour. Comme le président de la République l’a dit lors de la conférence des ambassadeurs, nous ne devons pas taire nos différences mais échanger nos points de vue dans un esprit amical. Nous devons aussi approfondir nos relations dans les domaines économique, social, et culturel.

 

F.-A. : Quel est le message que vous souhaitez faire passer à l’Amérique ?

P.V. : Le message est le suivant : avec le nouveau président et le nouveau Premier ministre français, il y a une véritable volonté de redonner du dynamisme à l’économie française, d’engager la France sur le chemin de la mondialisation. La France a beaucoup d’atouts. Et c’est ceci que nous voulons dire à nos amis américains qui ont parfois pu exprimer des doutes — « La France serait-elle un pays en retard ? » —. Les entreprises françaises, opérant sur le territoire américain sous un nom américain ou français, ont montré leur dynamisme, créant ici aux États-Unis entre 400 000 et 600 000 emplois.

 

F.-A. : Les déclarations de Nicolas Sarkozy sont souvent récupérées par les conservateurs américains, qu’en pensez-vous ?

P.V. : Je crois que ce que les observateurs américains notent, comme je l’ai dit, le retour de la France dans le grand jeu de la mondialisation à travers la défense de valeurs comme le travail, l’esprit d’entreprise, la réussite, la volonté d’agir, autant de valeurs qu’eux –mêmes défendent. Plus qu’un état d’esprit conservateur, c’est un esprit d’entreprise qui, je crois, les touchent. La France est en train de bouger et ils le remarquent.

 

F.-A. : Quel sont les premières échéances sur votre calendrier ?

P.V. : Déjà les deux visites prévues du président de la République aux États-Unis. Après sa venue du 23 au 25 septembre à New York dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président reviendra à l’automne, à priori courant novembre, pour une visite bilatérale à Washington. Nous recevrons aussi de nombreux ministres et secrétaires d’État : après Bernard Kouchner du 19 au 21 septembre, sont attendus Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie et du Développement, Nathalie Kosciusko-Morizet, chargée de l’Écologie, Hervé Novelli, chargé des Entreprises et du Commerce Extérieur. Rama Yade, secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des droits de l’Homme.

 

F.-A. : Quels sont les grands rendez-vous de cette année ?

P.V. : Bien sûr le 250 ème anniversaire de la naissance de La Fayette est le grand rendez-vous de cette année. C’est l’occasion de rappeler ce que la France a pu apporter à l’Amérique de remarquable, la solidarité entre nos deux pays que parfois nous oublions dans des moments difficiles comme lors du conflit irakien. Pour lancer cette année, j’ai reçu le 6 septembre des membres du Congrès du French Caucus. Il y aura des festivités jusqu’en juin prochain.

 

F.-A. : Quel genre d’ambassadeur serez-vous ? On dit que vous êtes un bourreau de travail !

P.V. : On arrive à ce poste avec sa personnalité bien sûr. Bourreau de travail ? Je ne sais pas, mais beaucoup d’énergie c’est vrai ! Je succède à Jean-David Lévitte, très apprécié. Il était sans cesse mobilisé pour être présent partout aux États-Unis dans les grandes villes américaines, ainsi que dans la société américaine. Je souhaite aller dans le même sens et régulièrement voyager à travers le pays : à Houston, Miami, Atlanta, San Francisco, La Nouvelle-Orléans, Los Angeles, Boston ou New York. Je veux aller là où la présence française doit être soutenue et visiter les entreprises françaises.

 

F.-A. : La gratuité des lycées français à l’étranger est une promesse électorale Nicolas Sarkozy. Sur ce dossier, beaucoup de bruits courent. Qu’en est-il ?

P.V. : Il est important de mettre en œuvre les promesses électorales et Bernard Kouchner l’a redit dans son discours : les lycées français à l’étranger seront gratuits pour les ressortissants français. Le processus va être amorcé dès cette rentrée avec les classes de Terminales. C’est un effort financier lourd pour la France de prendre en charge ces frais de scolarité, dont le coût est évalué à 5 millions d’euros pour la fin 2007 et 20 millions pour 2008 rien que pour les Terminales. La mise en œuvre sera donc graduelle.

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