Subscribe

Plagiats et écrivains fantômes, côté obscur de la littérature

Plagiats dénoncés ou étouffés, recours caché à des “nègres”, pillage de travaux d’étudiants : les soupçons qui pèsent sur Patrick Poivre d’Arvor et sa biographie d’Hemingway rappellent que le monde de l’édition peut renfermer de vilains tricheurs, en particulier pour l’écriture de biographies.

Des éditeurs font même désormais signer une clause selon laquelle l’auteur “s’engage à livrer un manuscrit sans contrefaçon”. Et des sites, comme Duplicate-Leaks.com ou leplagiat.net, font la chasse aux plagiaires. Assez peu de procès en revanche, mais de discrets arrangements financiers entre éditeurs qui veulent éviter de coûteuses procédures et une mauvaise publicité. Les affaires débouchent parfois sur un match d’écrivains, comme entre Marie Darrieussecq, Marie N’Diaye et Camille Laurens qui s’accusaient mutuellement de plagiat.

Les plagiats, “il y en a toujours eu, mais cela est encore facilité par internet”, souligne à l’AFP Françoise Chandernagor, auteur de romans historiques à succès, et membre de l’Académie Goncourt. “Moi, j’écris mes livres, sans nègre et sans pillage. Cela prend du temps. Je n’ai pas non plus fait le nègre”, sourit-elle. Au contraire des ses confrères du Goncourt, Patrick Rambaud ou Eric Orsenna, qui ont reconnu avoir joué les “écrivains fantômes” pour d’autres. “Quand un auteur de biographies est trop prolixe, on peut soupçonner qu’un nègre se tapit dans l’ombre”, poursuit la romancière. “Il y a aussi les livres publiés par de grands universitaires qui pompent sans vergogne et sans vérification les recherches de leurs étudiants, qui peuvent eux-mêmes avoir pillé d’autres auteurs”, relève-t-elle.

“Le métier de nègre consiste à donner des idées aux cons et à fournir un style aux impuissants”, assénait Bruno Tessarech dans “La Machine à écrire”, satire au vitriol des moeurs littéraires. Moins sévère, Virginie Michelet, écrivain fantôme d’une quinzaine d’ouvrages, estime que son travail “est un échange”. “Il y a des gens qui ont des idées, mais pas le temps d’écrire, on met alors de la chair autour d’un squelette. D’autres n’ont pas la moindre idée…”, reconnaît-elle. Si le nègre emprunte la structure d’un autre livre, recopie des pans d’oeuvres antérieures, “c’est une faute professionnelle”, dit-elle, ajoutant que 90% des livres auxquels elle a collaboré mentionnent son nom. “Hugues Aufray a même tenu à me faire expliquer au début du livre comment nous nous étions rencontrés”, raconte-t-elle.

De plus en plus de nègres sortent d’ailleurs de l’ombre comme Loup Durand, coauteur de plusieurs livres de Paul-Loup Sulitzer, ou Bruno Telienne, frère de Karl Zéro, qui a rédigé des ouvrages d’hommes politiques. Zidane, lui, avait cosigné son autobiographie avec Dan Franck. Jacques Chirac avait aussi fait figurer le nom de Jean-Luc Barré, coauteur du tome I de ses Mémoires. En revanche, Winston Churchill, dont les Mémoires ont été écrits par des historiens, n’a jamais brisé le tabou, même en recevant le Nobel de littérature en 1953. Alexandre Dumas n’a jamais reconnu le rôle d’écrivain-fantôme d’Auguste Maquet, auquel le cinéaste Safy Nebbou a rendu justice dans “L’Autre Dumas”.

Les impostures sont aussi vieilles que la littérature. Chateaubriand, assure Michel de Jaeghere, avait ainsi truffé son récit de voyage “de Paris à Jérusalem” d’affabulations et de grossiers plagiats. Plus récemment Michel Houellebecq, prix Goncourt 2010, a été accusé de plagiat pour avoir puisé dans des notices de Wikipédia ou de guides.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Related