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Plantu : « Il faut déranger sans humilier »

Plantu, le dessinateur du Monde, est cette semaine à Boston dans le cadre de l’association Cartooning for Peace/Dessins pour la paix. Des dessinateurs américains, palestiniens et israéliens sont accueillis par le consulat général de France à Boston, pour échanger, exposer et rencontrer le public.

France-Amérique : Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser cette exposition de Cartooning for Peace à Boston ?

Plantu : J’avais déjà rencontré Christophe Guilhou, le consul général de France à Boston, il y a quelques années. Avec l’aide du consulat, nous avons essayé de réunir à Boston des dessinateurs américains, palestiniens et israéliens, des dessinateurs juifs, chrétiens ou agnostiques… Le but est de susciter des conversations et des expositions pour échanger, entre les dessinateurs mais aussi avec le public et notamment des étudiants. Nous avons aussi profité de cette occasion pour créer une fondation, qui sera la première antenne de Cartooning for Peace aux États-Unis.

F-A : Quel est le but de ces rencontres entre dessinateurs internationaux ?

P. : Ce qu’on essaye, c’est de contourner les murs de nos interdits, de leur échapper. On parle beaucoup des tabous dans nos dessins, qui varient d’un pays à l’autre.
Par exemple, vous connaissez le plus grand interdit des Néo-zélandais ? Le rugby ! Ils peuvent se moquer de tout, sauf de l’équipe des All Blacks ! Bien sûr, dans d’autres pays, c’est le pouvoir politique, ou la religion. J’ai moi-même une méthode pour contourner les interdits : quand je dessine sur une actualité religieuse, j’essaye de dessiner les trois religions en même temps. Cela me permet de ne pas stigmatiser. Il faut déranger sans humilier. C’est tout cela qu’on essaye d’échanger entre dessinateurs.

F-A : Justement, qu’elles sont les différences entre les dessinateurs de presse américains et français ?

P. : Les caricaturistes aux États-Unis ont un « trait américain », très académique. En France et Europe de l’Ouest, on se distingue plus par des gags violents, décapants, comme Charlie Hebdo peut en publier. Et puis en France et aux États-Unis , comme partout, nous somme de grands consommateurs de clichés. C’est ce que permettent les rencontres de Cartooning for Peace : de ne pas s’endormir, de bousculer les torpeurs et de casser les clichés.  Nous avons beaucoup à apprendre d’autres pays, sur la question de la liberté éditoriale. J’ai travaillé avec une journaliste colombienne, qui travaillait pour le journal El Espectador de Bogota. Dans ce journal, des pages entières sont imprimées sans être contrôlé par l’éditeur ! En France ou aux États-Unis, on ne pourrait jamais se le permettre. Il ne s’agit pas de tout remettre en cause, mais de comparer. La meilleure opinion, c’est celle que l’on se forge.

Retrouvez le programme de Cartooning for Peace à Boston dans l’agenda France-Amérique.

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