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Plastiscines : pas des “looseuses”

Des filles qui font du rock et du bon rock, ça existe. Loin d’être un groupe préfabriqué, les Plastiscines ont de l’énergie à revendre. Cela fait plaisir de voir ces quatre Françaises se déchaîner sur scène, comme ce fut le cas le 21 juin dernier à Los Angeles. Il y a Katty au chant, Marine à la guitare, Louise à la basse et Anaïs à la batterie. C’est Anaïs, la dernière venue dans le groupe, qui a répondu à nos questions depuis Paris.

Comment s’est formé le groupe ?
Marine, Katty et Zazie se connaissaient du lycée et se sont réunies pour créer un groupe. Elles avaient besoin d’une bassiste et ont rencontré Louise à un concert des Libertines. Elles ont commencé à répéter ensemble. Après un gros buzz autour des jeunes groupes de rock français (mouvement dit des “bébés rockers”, ndlr) et quelques dates de concerts, les journalistes se sont intéressés au groupe, ce qui a attiré les maisons de disques. Après avoir signé un contrat chez EMI, le premier album est sorti en février 2007. Quelques problèmes avec Zazie, la batteuse, les ont amenées à se séparer. Elles ont donc tourné avec une autre batteuse, Caroline, qui a dû quitter le groupe elle aussi à cause de soucis familiaux.

Comment es-tu arrivée dans le groupe ?
Les filles étaient un peu désespérées car elles ne trouvaient pas de nouvelle batteuse, or elles avaient encore plusieurs dates de concert programmées. Elles ont donc posté une annonce sur myspace il y a à peu près un an. J’ai auditionné et cela à tout de suite bien fonctionné. C’était assez naturel, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Nous nous sommes directement mises au travail et je me sens vraiment bien dans ce groupe.

Les filles dans le rock, ce n’est pas ce qu’il y a de plus courant, surtout en France. Penses-tu qu’il y a un créneau à long terme pour vous dans ce courant musical ?
La musique, c’est tellement éphémère. En ce moment, nous préparons le deuxième album, nous allons donc de nouveau avoir une actualité. Mais ensuite, sur le long terme, je ne peux pas le dire. Je pense que c’est la même chose pour tous les groupes. Peut-être qu’en tant que filles, nous avons plus de chances de sortir du lot. J’espère que notre groupe fera de la musique le plus longtemps possible.

Est-ce plus facile de travailler entre filles ?
Nous nous chamaillons bien sûr, comme tout le monde. Le fait d’être des filles est un point commun énorme et cela nous va assez bien. Nous sommes amies, c’est essentiel dans un groupe et c’est ce qui nous lie. C’est aussi difficile car être ami avec quelqu’un et travailler avec cette personne, ce n’est pas la même chose. Parfois, quand nous nous prenons la tête sur un morceau, c’est chiant car c’est une dispute autant professionnelle qu’amicale et cela fout un coup au moral. Mais nos disputes ne durent jamais très longtemps.

Avant de faire partie des Plastiscines, tu as joué avec un groupe qui s’appelle I Love My Neighbours
Oui (rires). C’est bizarre que tu me parles de cela. J’étais leur batteuse mais je suis partie vivre à Londres. J’avais toujours voulu y aller, surtout que je parle bien anglais. J’ai eu le choix entre faire une Ecole de Médecine ou partir à Londres… Mon choix fut vite fait et je suis partie du jour au lendemain. Cela me brisait le cœur de laisser le groupe parce que ce sont mes meilleurs amis. Mais aujourd’hui, ils ont trouvé un nouveau batteur, William, qui est expérimenté et qui leur correspond. Quand j’ai commencé à jouer avec eux, je débutais la batterie. C’est dommage parce qu’ils galèrent un peu, alors que sur scène, ils ont vraiment un gros son. Le problème, c’est que des groupes de mecs comme le leur, il y en a peut-être beaucoup plus que des groupes comme le nôtre.

Les Plastiscines ont commencé dans la mouvance dite des “bébés rockers”. Est-ce que c’est quelque chose dont vous êtes fière ou cela vous énerve ?
Ce qui nous énerve un peu, c’est le terme de “bébés rockers”. C’est tout de suite péjoratif. Les gens ont des préjugés avant même de nous avoir écoutées. Nous avons débuté avec tous ces groupes et nous jouions souvent ensemble. Nous sommes heureuses d’avoir commencé par cela car il y avait vraiment une bonne ambiance. On voyait enfin autre chose dans le rock. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus des “bébés rockers”. Nous ne renions pas d’où nous venons au contraire, mais nous avons tous fait notre bout de chemin.

“Un, deux, trois, quatre, on balance tout ce qu’on a”

Votre groupe suscite la critique. Il y a même un myspace intitulé AntiPlastiscines. Qu’est-ce que cela vous fait ?
Nous avons eu tellement de critiques, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, fondées ou infondées, justes ou injustes, qu’elles ne nous atteignent plus vraiment. C’est le jeu et il faut savoir les accepter. Certains ont dit que nous étions des filles riches, mais je veux bien les inviter chez moi afin qu’ils voient où j’habite s’ils le veulent. D’autres ont dit que nos parents travaillaient dans la musique, alors que mon père est au chômage par exemple. Soit tu choisis d’écouter tout ce qu’on te dit, soit tu viens nous voir en concert et tu essayes de te faire ta propre idée. Les critiques, il y en a sur tous les groupes. Mieux vaut juger par soi-même. Quand tu vois le myspace AntiPlastiscines, quel mec a pu passer des heures sur son ordinateur pour inventer cela ? Si tu n’aimes pas un groupe, tu ne l’écoutes pas. C’est là que tu vois que ce mec est débile.

Il y a aussi des critiques essentiellement basées sur le fait que votre succès vient de votre apparence plutôt que de votre musique. Qu’en penses-tu ? L’image est-elle importante ?
Ce n’est pas essentiellement important mais tout le monde retient les Plastiscines car quatre petites nanas qui arrivent sur scène pour faire du rock, il n’y en a pas énormément. Cela joue en notre faveur et c’est une des particularités qui nous démarque des autres. Nous ne soignons pas plus notre image que les autres. C’est vrai que nous faisons beaucoup de photos et même si j’adore cela, les gens ont tendance à nous prendre plus pour des filles à la pointe de la mode que comme un groupe de rock.

Votre premier album est assez court malgré ses treize titres. Vos chansons font environ deux minutes chacune et ça le rend énergique. Etait-ce l’effet recherché ?
Exactement. On arrive et on commence. Un, deux, trois, quatre, on balance tout ce qu’on a. Nous ne cherchons pas à faire un truc très structuré. Ce que nous voulons, c’est que la tension ne se relâche jamais, qu’il n’y ait pas de temps pour un break, pour tout donner directement. Nous sommes carrément plus un groupe de scène qu’autre chose.

Que signifie le titre de votre premier album LP1 ?
Tout le monde pensait que cela voulait dire “Les Plastiscines 1”, mais pas du tout. Cela vient de l’anglais “Long Play” et c’est le nom donné aux vinyles avec assez de pistes pour constituer un album. Le second album ne s’appellera pas LP2 ou alors ce serait une blague de notre part (rires). Je ne sais pas encore quel en sera le titre.

Le 21 juin, vous étiez à Los Angeles pour la fête de la Musique. Comment était-ce ?
Il faisait vraiment très chaud, peut-être plus de 40°. Nous avons joué vers 13h et le soleil nous accablait. C’était aussi dur pour nous que pour le public. Nous avions du mal à jouer, nos guitares se désaccordaient tout le temps. C’est tout de même dommage pour notre première fois à Los Angeles. Malgré tout, le public américain était présent. Je crois qu’il nous aime bien (rires).

L’anglais dans les textes, c’est de qui ?
Nous sommes toutes un peu bilingues. A la base, Katty et Marine écrivaient les textes. Maintenant, nous essayons d’écrire ensemble pour le deuxième album. Mais le français nous tient vraiment à cœur, c’est en quelque sorte notre marque de fabrique. Et bizarrement, aux États-Unis, ce sont les titres français qui ont le mieux marché.

En tant que musiciennes, vous rêvez des États-Unis ?
Nous avons du mal à jouer à Paris maintenant. Le public est étrange et ne nous prend pas au sérieux. De plus, nous n’avons pas d’actualité en ce moment. A l’étranger, le public est plus attentif à notre musique. C’est sûr que de faire une carrière aux États-Unis, ce serait génial. Faire des tournées internationales, voyager et découvrir d’autres pays, c’est cool.

“Nous sommes des filles et nous l’assumons”

Quel est ton meilleur souvenir de concert à l’étranger ?
C’est le concert que l’on a fait à San Francisco (le 25 avril 2008, ndlr). C’était une date rajoutée, juste avant le Coachella Festival. Comme c’était un concert en club, nous avions peur d’ennuyer le public car notre musique n’est pas vraiment le genre qui passe en club. Nous avons passé toute la soirée en backstages, nous ne savions donc pas du tout comment cela allait être, ni combien de personnes il y aurait dans le public. Quand nous sommes arrivées sur scène, la salle était remplie de gens prêts à nous accueillir. Ils étaient très réceptifs, ils chantaient en français en même temps que nous, et certains étaient venus exprès pour nous voir. Du coup, nous ne nous sommes plus préoccupées de savoir si nous allions faire un faux pas ou non, nous avons donné toute notre énergie. C’est vraiment le genre de concert que nous aimons faire.

Depuis que vous êtes des rockeuses connues, comment ça se passe avec les mecs ?
Nous sommes toutes casées, sauf moi en fait. C’est sûr que les mecs nous remarquent plus quand ils savent que l’on fait partie des Plastiscines. Nous sommes assez sérieuses mais nous restons un groupe de rock. Nous avons une réputation à tenir (rires).

Vous travaillez sur votre prochain album…
Nous sommes parties en résidence à Clermont-Ferrand pendant quinze jours pour savoir dans quelle direction nous allions amener le nouvel album. Nous avons beaucoup répété et plusieurs chansons sont déjà faîtes. Mais l’album n’est pas enregistré. Tout n’est pas encore fixé, il nous reste du travail. Il y aura des chansons pour revendiquer que nous sommes des filles et que nous l’assumons, d’autres plus folk dans lesquelles nous parlons des addictions de toutes sortes… Nous voulons éviter les clichés car c’est ce qu’on peut retrouver dans beaucoup d’albums. Nous ne sommes pas révolutionnaires mais nous faisons de notre mieux. Cet album sera très différent du premier.

Quelles sont vos influences musicales ?
Cela change tout le temps. Pour résumer, Katty aime les Sixties, en particulier Franck Sinatra, et elle écoute beaucoup de rock anglais. Louise touche à l’électro, ce qui lui va bien en tant que bassiste. Marine écoute souvent MGMT en ce moment et The Last Shadow Puppets, le groupe de pop anglaise formé par le leader des Artic Monkeys. Quant à moi, j’aime les groupes de métal américain comme 30 Seconds To Mars, Incubus, Rage Against The Machine… C’est vraiment différent. On se gaze toutes sur nos goûts musicaux mais c’est aussi ce qui fait notre originalité dans nos compositions.

Quel est votre état d’esprit actuel ?
Nous nous sentons mieux car le nouvel album nous plait vraiment. Il nous tient à cœur et cela nous motive. Nous avons envie de dire aux gens qui nous ont critiquées que nous sommes toujours là. La musique est notre vie, ce n’est pas juste une mode. Nous nous sommes améliorées et nous commençons à trouver notre identité musicale. Le deuxième album ne se fait pas en un jour, nous travaillons beaucoup dessus.

Vous êtes jeunes et vous connaissez déjà un beau succès. Les Plastiscines à 30 ans, cela donne quoi ?
Je ne sais même pas ce que je vais faire demain (rires). Nous serons peut-être mariées avec des enfants. J’aimerais tellement continuer à faire de la musique, peut-être toujours avec les Plastiscines, ou avec un autre groupe. Peut-être même que je composerai pour d’autres artistes. Dans dix ans, c’est sûr que nous aurons un bien meilleur niveau qu’aujourd’hui. Nous allons persévérer car la musique est notre passion et c’est tout ce que nous voulons faire. Je ne me vois pas du tout derrière un bureau (rires).

Retrouvez également
l’interview des I Love My Neighbours

Sites des Plastiscines :
http://www.plastiscines.com/
http://www.myspace.com/plastiscine

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