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Poiret revisité

 

On est le 20 septembre 1913. Ce jour-là Paul Poiret débarque pour la première fois à New York. Il a 34 ans. Il n’a pas encore sa silhouette légendaire gagnée par l’embonpoint, mais il porte en bandoulière ses ciseaux de tailleur. Il est accompagné de sa femme Denise, depuis 10 ans, sa muse, son égérie, « la source d’inspiration de ses créations, l’expression de ses idéaux », comme il le dira au Vogue américain dans un entretien paru le 1er novembre 1913. Le couple voyage avec une vingtaine de malles remplies de robes, de manteaux, de chapeaux que Paul Poiret veut mettre en scène au cours de ses conférences prévues dans cette tournée américaine. Les Poiret ont quitté Cherbourg, il y a cinq jours. Cette traversée de l’Atlantique ne les a guère dépaysés. Denise, la Normande, devenue la plus Parisienne des Parisiennes par mariage, a retrouvé les sensations de son enfance, le vent salé du soir, les yeux rivés sur l’horizon comme autrefois lors des balades dominicales à Étretat. Quant à Paul, c’est un marin, et ses vacances, il aime à les passer dans des coins isolés de Bretagne où il loue des maisons pour ses amis, pêche le maquereau à la traîne. Paul et Denise ont passé le voyage en joyeuse compagnie : des passagers américains ravis de connaître le grand Poiret les invitaient chaque soir à leur table. Car depuis quelques années, le nom du couturier a traversé l’Atlantique avant le maître, les dessins de ses robes par Georges Lepape ou Erté paraissent chaque mois dans les magazines de mode Outre-Atlantique.

Les femmes, à New York comme à Paris se sont pliées aux exigences du couturier.

Quand ce dernier a décidé de les habiller en style Directoire, elles n’ont pas bronché. Elles portent ses parfums Lucrèce Borgia ou Nuit de Chine et suivent l’évolution de la taille de Denise, de plus en plus mince ( ses trois grossesses exceptées), car Poiret aime les formes longilignes. Mais déjà la Statue de la Liberté est en vue. « Je ne savais pas bien au juste ce que j’allais faire là-bas mais j’avais envie de connaître cette nation qui me paraissait nerveuse, énergique, toujours en gestation », écrira Poiret dans ses mémoires En habillant l’époque (1930). L’homme que les journalistes attendent à l’arrivée du paquebot est une vedette. Surtout depuis l’épisode des bottes rouges. « Je me rappelle de la curiosité que souleva ma femme sur le bateau quand par un jour de pluie elle parut avec des bottes en cuir de Russie. Pourquoi les femmes ne porteraient-elles pas des bottes et pourquoi pas jaunes ou rouges pour ce que ce soit plus élégant », écrit Poiret. Quel n’est pas son étonnement lorsque quelques heures plus tard, installé dans son hôtel près de Central Park, il reçoit sur le plateau de son déjeuner le journal du jour : en couverture, on y voit Madame Poiret chaussée de ses bottes de sept lieues sur le pont du bateau. « Je devenais l’homme du jour de New York. On me téléphonait la nuit pour connaître la couleur de mon pyjama » !

 

Une exposition
Poiret, King of Fashion au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art à New York sponsorisée par Balenciaga, est présentée dans une série de tableaux qui évoquent les différentes facettes de la création du maître. Y sont présentées une cinquantaine de pièces dont une trentaine achetées par le musée lors de la fameuse vente aux enchères à Paris en 2005 de la collection privée des descendants de Poiret. Sont aussi montrées des peintures, des dessins, des éléments d’architecture pour rendre compte de la richesse de son œuvre, sa fascination pour les Ballets Russes ou l’orientalisme.

Poiret : King of fashion du 9 mai au 5 août 2007 au Metropolitan Museum Costume Institute, 1000 Fifth Avenue, New York NY 10028.
www.metmuseum.org

Un gala de charité

Le gala dans un décor dessiné par le créateur Jean-Hugues de Chatillon est organisé le 7 mai en présence de François-Henri Pinault, président d’Artémis, mais aussi de l’actrice australienne Cate Blanchett, du directeur artistique de Balenciaga, Nicolas Ghesquière, et de la rédactrice en chef du Vogue américain Anna Wintour.

Un livre

Poiret publié par le Metropolitan Museum of Art et distribué par Yale University Press
accompagnera l’exposition.

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