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Polémique autour des implants mammaires PIP : scandale sanitaire et dépôts de plainte en masse

La polémique enfle depuis quelques jours en France autour de prothèses mammaires défectueuses, soupçonnées d’être à l’origine de cancers. Depuis que ce scandale sanitaire a éclaté en mars 2010, huit cas de cancers ont été “signalés” chez des femmes ayant eu des prothèses PIP (Poly Implant Prothèse), mais aucun lien n’est pour l’instant établi.

Une portion des implants de marque PIP (une société varoise) a été réalisée – de manière frauduleuse, pour des raisons économiques et à l’insu des autorités sanitaires – avec du gel de silicone de mauvaise qualité et présente des risques élevés de rupture. Un groupe d’experts (réunissant cancérologues, hématologues et chirurgiens) constitué à la demande du gouvernement fera savoir d’ici la fin de la semaine s’il recommande ou non le retrait des prothèses PIP chez les femmes porteuses.

Retrait de tous les implants?

Près de 30 000 femmes sont concernées. “Cela représente un nombre important de patientes qu’il va falloir gérer” reconnaît Dr Eric Auclair, porte-parole de la Société française des chirurgiens esthétiques français (Sofcep). “Il n’y a pas d’urgence, mais si la recommandation des pouvoirs publics est de retirer les implants, il va falloir qu’on s’attèle à la tâche” explique ce chirurgien plasticien parisien, qui se veut rassurant. La profession n’aura aucun problème à gérer l’afflux de demande de “dépose” d’implants PIP, assure le Dr Alfred Fitoussi qui exerce la chirurgie reconstructrice et esthétique à l’Institut Curie et en cabinet privé. Selon le médecin, également représentant de la Société française de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SOFCPRE), beaucoup de femmes ont déjà procédé à la substitution de leurs implants PIP.

Les autorités sanitaires françaises font, elles, état de moins de 600 retraits de prothèses PIP. Mais le chirurgien estime pour sa part les cas de substitutions entre 8 000 et 10 000 en France, soit près d’un tiers des femmes porteuses d’implants de cette marque. “On va les retirer progressivement (…). Sur une année, c’est tout à fait faisable”, assure le Dr Fitoussi qui estime à 10% la proportion des implants PIP (avec lesquels il a travaillé) qui se sont rompus. Pour ces cas, “à 95%, le gel est resté à l’intérieur de la capsule, c’est à dire la cicatrice que le corps fabrique autour de l’implant”, explique-t-il. “Les prothèses actuelles sont remplies d’un gel et non pas de silicone liquide. Même s’il y a un trou dans la paroi, le gel ne sort pas de la prothèse” rassure pour sa part le Dr Auclair.

Les organisations professionnelles ont appelé leurs adhérents à pratiquer des honoraires modérés pour les futures opérations “d’explantation” et de réimplantation, tandis que les pouvoirs publics ont fait savoir que les retraits d’implants seraient remboursés par la Sécurité sociale mais pas les réimplantations de prothèses lorsqu’il s’agit de chirurgie esthétique. “Il faut que les chirurgiens fassent en sorte qu’il n’y ait pas de patientes qui soient obligées de garder des prothèses PIP pour des questions financières”, plaide le Dr Auclair.

250 Britanniques portent plainte

Mais ce problème dépasse les frontières de l’Hexagone. Au Royaume-Uni, l’agence de surveillance des produits médicaux estime entre 40 000 et 50 000 le nombre de porteuses d’implants de cette marque. Les appelant à ne “pas paniquer”, elle a estimé mercredi qu’il n’y avait pas la preuve d’un lien entre les prothèses et l’apparition de cancer justifiant qu’on demande aux femmes de se les faire retirer.

Plus de 250 Britanniques avec des prothèses mammaires françaises PIP ont porté plainte contre plusieurs cliniques qui ont procédé à la pose de ces implants. “Plus de la moitié (des plaignantes) ont eu des ruptures de prothèses et nous représentons aussi d’autres femmes inquiètes des informations qui circulent” sur ces implants, a déclaré l’avocat de ces femmes, en référence à plusieurs cas suspects de cancers de femmes portant des prothèses mammaires PIP.

En 2007-08, une centaine de Britanniques avaient déjà porté plainte contre PIP pour “prothèses défectueuses (fuites de gel de silicone)”, selon le tribunal de commerce de Toulon. PIP a été condamné par défaut à 1,4 million d’euros d’indemnités pour “non-représentation” devant le tribunal, a indiqué Me Yves Haddad, l’avocat des deux principaux dirigeants de la société, qui admettent avoir commercialisé un produit sans agrément mais répètent que rien ne montre “pour le moment que le produit peut entraîner la maladie”.

Cette fois-ci, les 250 plaignantes Britanniques n’ont pu s’attaquer à l’entreprise, qui a fait faillite. Les difficultés s’accumulaient pour PIP face à la crise et la baisse du dollar. En procédure de sauvegarde depuis 2009, l’entreprise, en cessation de paiement, est mise en liquidation judiciaire en mars 2010.

PIP, une entreprise varoise à portée internationale

Avant la liquidation, les ventes “export” de PIP, qui produisait quelque 100 000 prothèses par an et fut un temps numéro trois mondial du secteur, représentaient 84% de son activité, précise le jugement de liquidation judiciaire du tribunal de commerce de Toulon. Les implants étaient alors diffusés par une soixantaine de distributeurs dans plus de 65 pays, auprès des chirurgiens, hôpitaux, cliniques. Parmi ses marchés de prédilection figurait l’Amérique du Sud (Venezuela, Brésil, Colombie, Argentine…): plus de 58% des ventes export en 2007 (50% en 2009). L’Europe de l’Ouest (Espagne, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Portugal, Suisse…) était l’autre grande région d’exportation (27 à 28%). Parmi les autres clients de PIP, figurait l’Europe de l’est (Bulgarie, Hongrie, Russie, Biélorussie, Pologne, Tchéquie), passée de 5,4% des ventes export en 2007 à 10% en 2009. La société vendait aussi en Iran, Turquie, Israël, Syrie et dans les Emirats, de même qu’en Australie, Thaïlande, au Japon, à Singapour, en Chine.

Dès le printemps 2010 et l’alerte de l’agence française du médicament (Afssaps) contre un processus de fabrication non conforme, l’organisme de Santé publique du Chili en avait ainsi ordonné le retrait de son marché.  En Espagne, les autorités sanitaires avaient dès mars 2010 ordonné de ne plus implanter ces prothèses. Certaines femmes, rassemblées sous le nom “Afectadas por protesis PIP”, réclament aux autorités le remboursement de l’extraction des implants. En Allemagne, où l’Institut pour les médicaments avait lancé une mise en garde en avril, aucune campagne de rappel n’est envisagée, dans l’attente de la décision française en la matière en fin de semaine.

Simultanément, l’Afssaps lance son alerte, faisant état d’un taux de rupture anormal des prothèses, et avise le parquet de Marseille. Les enquêteurs soupçonnent la société d’avoir voulu réduire ses coûts avec des gels de silicone qui lui auraient fait économiser un million d’euros par an. Depuis, plus de 2 000 femmes ont porté plainte à Marseille. L’effet boule de neige se poursuit.

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