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Politique et religion : une relation complexe

Quelles relations entretiennent politique et religion en France et aux Etats-Unis ? C’est le thème du débat qu’a organisé la French American Foundation le 1er décembre.  Un sujet qui a captivé une cinquantaine de personnes réunies à Manhattan. L’interlocuteur de José Casanova, professeur au département de sociologie de l’Université de Georgetown était le père Rougé, qui  travaille notamment auprès des parlementaires de l’Assemblée nationale et du Sénat. Entretien.

 

 

Alors que la France et les Etats-Unis fonctionnent selon le même principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la religion semble beaucoup plus présente aux États-Unis …

Les traditions historiques et religieuses sont extrêmement différentes dans les deux pays. Historiquement, le protestantisme a donné le ton aux Etats-Unis alors qu’en France, c’est le catholicisme qui a été ultra majoritaire. Aujourd’hui, les situations spirituelles sont toujours différentes. Aux Etats-Unis la religion est très présente. Et paradoxalement, bien que la France soit très marquée par le catholicisme, elle est aujourd’hui un des pays les moins religieux au monde. Mais les deux modèles peuvent s’enrichir. Les États-Unis sont caractérisés par la vitalité de ses communautés religieuses, et la France par sa tradition catholique, mélange de convictions religieuses et de raison.

Peut-on parler de “religion civile” en ce qui concerne les Etats-Unis ?

Oui, vu de France, on voit bien que les Américains, quelle que soit leur appartenance spirituelle, croient profondément à l’Amérique et à ce qu’elle a apporté au monde en matière de démocratie. Mais les Français ont aussi le sentiment que la “religion des droits de l’homme” lui donne une forme de vocation universelle.

En juillet 2010, le Parlement français a voté une loi visant à interdire le port de la Burqa en public. Y voyez-vous une transgression du principe de libre exercice du culte ?

Absolument pas. Personnellement, je trouve que l’on a donné une importance excessive à ce sujet pour des raisons politiciennes. Il me semble qu’il est légitime pour l’Etat de souhaiter que tous les citoyens vivent à visage découvert. Je ne crois pas qu’il faille entrer dans un débat religieux, c’est plutôt un débat d’ordre public. Si on lui donnait une dimension trop fortement religieuse, effectivement, cela pourrait donner l’impression de manquer de respect à une tradition religieuse parmi d’autres. Mais pour moi, c’est une question d’ordre public, à traiter comme telle.

Ce même principe de libre exercice du culte, permet aux sectes de proliférer aux Etats-Unis. L’Etat doit-il réglementer la pratique de la religion dans une certaine mesure?

Il est très difficile pour les autorités publiques d’entrer dans des questions proprement religieuses et spirituelles. A chaque tradition religieuse de respecter les lois communes : transparence financière, respect de la liberté des personnes…

Certaines décisions politiques, comme le refus du droit à l’avortement dans certains Etats d’Amérique ou l’interdiction du mariage homosexuel en France et aux Etats-Unis, découlent-elles de principes religieux séculaires?

Je ne crois pas, pas de manière immédiate. En France, je pense que ces décisions ont été prises de manière rationnelle. La question de l’avortement s’inscrit dans la lignée du respect de la vie de tous. Pour le mariage, la société a convenu qu’il s’agissait d’une union entre un homme et une femme. Cela peut entraîner un débat, et le débat est toujours légitime.

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