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Portland : le poumon vert des Français écolos

À Portland, une ville du nord de l’Oregon pas comme les autres, jeunes et vieux roulent à vélo et mangent bio. Et les 3000 Français qui y ont élu domicile ne sont pas immunisés contre le virus écolo.

« Voyez-vous la tour, avec un toit légèrement incurvé ? C’est la cour de justice et je l’ai en partie designée, » raconte Éric Cugnart, l’index pointé vers l’un des hauts buildings du centre ville de Portland. « J’ai également conçu le plan d’un garage à bateaux de 350 places doté d’un système de récupération des eaux de pluie et de panneaux solaires », continue ce volubile quadragénaire, tout en déambulant à travers les vastes bureaux du cabinet d’architecte MulvanyG2 où il est designer depuis maintenant plus de quatre ans. Son prochain projet pour la ville de Portland : une tour qui ferait à la fois office de parking, de point de vue touristique et de centrale d’énergie puisqu’elle serait recouverte de 230 petites éoliennes à axe vertical.

Installé à Portland depuis 17 ans, Éric a fait ses preuves à New York dans la prestigieuse agence d’Ieoh Ming Pei, le créateur de la pyramide du Louvre. Aujourd’hui, il ne regrette pas  d’avoir choisi la côte Ouest. « L’Oregon est une région où l’immobilier est beaucoup moins cher qu’à New York et plus adaptée pour élever des enfants », explique ce père de deux filles franco-américaines. Tout comme lui, 3000 Français environ ont établi domicile à Portland, cité d’un demi-million d’habitants, située au nord-ouest des États-Unis. Ils se retrouvent chaque année pour Bastille Day, une journée de festivités co-organisée par l’Alliance Française de Portland. « C’est un moment de cohésion pour la communauté francophone. Les gens viennent jouer à la pétanque et goûter les spécialités culinaires de l’Hexagone », raconte Pascal Chureau, dont le restaurant Le Fenouil donne sur la place où les Français ont célébré le 14 Juillet cette année. Pourtant, si les Français se connaissent et s’apprécient, beaucoup d’entre eux disent ne pas ressentir le besoin de se regrouper. « Portland est une ville très accueillante et les gens sont tellement ouverts que l’on se sent tout de suite intégrés. Nous ne cherchons donc pas à nous retrouver entre Français à tout prix  », explique Dominique Geulin, un artisan boulanger qui possède deux boutiques fort prisées des résidents de la ville. La communauté française de Portland est, du moins, unie par une cause commune : architectes, boulangers, restaurateurs ou enseignants, ils ont souvent décidé de mettre le respect de l’environnement au cœur de leur quotidien. Et ce n’est donc pas un hasard si ces expatriés écolos ont choisi, comme port d’attache, Portland, déclarée ville la plus verte des États-Unis par le magazine Popular Science.

Une ville où il fait bon respirer

La sève de l’écologie coule dans les veines des habitants de Portland depuis plus d’un siècle. Dès 1912, la ville fait appel à un urbaniste de renom,  qui lui propose un plan de développement centré sur les espaces verts. Depuis, Portland a fait de la préservation de ses parcs et de l’urbanisme contrôlé son mot d’ordre. « À la différence de Los Angeles ou Houston où vous pouvez rouler pendant des kilomètres sans sortir de la ville, Portland est une cité à taille humaine », explique Frédéric Dupeyroux, un promoteur immobilier installé à Portland depuis plus de quinze ans.  En effet, dans les années 1970, le gouverneur Tom Mc Call a fixé les limites géographiques au-delà desquelles la ville ne pourra plus s’étendre : la commune doit donc retaper et rénover les quartiers abandonnés pour utiliser au mieux l’espace dont elle dispose. Ainsi, au cœur de l’un des anciens quartiers défavorisés de la ville, Frédéric vient d’achever la mise à neuf d’un immeuble en ruines datant de 1900. « Nous avons travaillé en collaboration avec Energy Trust, une émanation privée de l’État d’Oregon. Ils nous ont aidés à reconstruire le bâtiment avec l’objectif d’atteindre la plus faible consommation d’énergie possible. » Le grand immeuble bleu repeint à neuf est désormais équipé de ventilateurs à récupération d’air.

400 kilomètres de pistes cyclables

Portland l’écolo peut aussi se targuer de posséder l’un des plus grands réseaux de pistes cyclables des États-Unis. Ici, le vélo fait partie intégrante de la culture de la ville. « La bicyclette est devenue un moyen de sociabiliser », explique Carole Giraud, professeur à l’Alliance Française. « Beaucoup de gens font partie d’un club cycliste et se retrouvent pour des randonnées ou des jeux à vélo. »   Cette jeune femme brune au teint clair vient justement de créer, avec sept autres amies américaines, un groupe de tall bikeuses. Très à l’aise sur sa haute monture, décorée aux couleurs de l’Hexagone et recouverte de coupures de journaux français, Carole explique : « Nous avons chacune construit notre tall bike quelques semaines avant le début du Pedal Palooza, un grand festival de vélo qui dure chaque année tout le mois de juin. Nous avons ensuite appris à nous servir de nos vélos et nous avons été invitées à défiler lors de la parade d’ouverture du festival. » Juchée sur sa « P’tite Eiffel »,  l’excentrique cycliste avoue pourtant ne pas utiliser sa haute bicyclette dans les montées. Pour se rendre à la French American International School de Portland (FAIS) par exemple, où elle est animatrice de summer camp cette année, Carole Giraut préfère prendre sa voiture !

La FAIS, qui  fête d’ailleurs ses trente ans d’existence, s’est, elle aussi, mise à l’heure du développement durable. Depuis 2005, le Wellness Committee, un comité créé par un groupe de parents d’élèves, veille à l’alimentation et l’environnement de ses bambins. Du coup, le corps enseignant a suivi le mouvement et c’est désormais l’école toute entière qui est impliquée. « Les enfants ne boivent que du lait bio provenant d’une ferme de la région », explique Pam Dreisin, la directrice de l’établissement. Pour éviter le gâchis de papier, l’école utilise « paper green », un programme informatique permettant d’éliminer des impressions toutes les pages contenant des publicités ou des adresses URL inutiles. « L’avantage c’est que les enfants sont initiés dès la maternelle au respect de la nature », explique Elizabeth Zeller, une jeune Française cadre financier chez Intel, dont la fille est inscrite à la FAIS. « Et même les parents sont encouragés à faire attention. Par exemple, la FAIS a lancé une mini-campagne pour que les adultes éteignent leur moteur lorsqu’ils attendent devant l’école que leur enfant sorte de classe. »

Cette mère de famille est le parfait exemple de l’éco-citoyenne de Portland. Chez Intel, le plus gros employeur de l’Oregon, Elizabeth fait partie du « sustainable group », un collectif de discussion sur l’environnement. À la maison, son mari américain et elle recyclent et compostent. Ils mangent les produits de leur potager. « C’est la répétition au quotidien de petits gestes simples qui permettront à long terme d’obtenir des changements pour la cause environnementale », explique-t-elle. « La moitié de mes amis n’utilise plus de sacs plastiques ; ils ont pris l’habitude d’emporter leur propre cabas quand ils vont faire les courses. »

Pour Pascal Sauton, chef et propriétaire de Carafe, un bistrot du centre ville de Portland, le combat écologique commence dans l’assiette et même avant. Ce bon vivant d’une cinquantaine d’années fait partie du mouvement « Farm to Table », de la ferme à la table, qui défend l’importance de cuisiner et manger des produits locaux et saisonniers. Au lieu de s’approvisionner sur des marchés de gros, Pascal Sauton, préfère se fournir auprès de 13 fermiers de l’Oregon, ses fermiers, des gens qu’il connaît et dont il reconnaît la qualité des produits. « Tous mes aliments proviennent de l’Oregon. Je m’autorise jusqu’à l’Alaska pour certains poissons mais c’est la seule exception ! Et je sers des vins français bien sûr ! »

En chiffres

Portland recycle 52 % de ses déchets, l’un des taux les plus élevés aux États-Unis.

3,5 % des habitants de la ville se rendent en vélo à leur travail, soit huit fois plus que la moyenne nationale. En tout, 5000 personnes prennent leur bicyclette chaque jour.

400 kilomètres de pistes cyclables sillonnent la ville.

Portland possède plus de 200 espaces verts dont le plus grand parc urbain des  États-Unis.

La ville est à l’origine du système de partage de voitures « Zipcar ».

Les parcmètres de la ville fonctionnent grâce à l’énergie solaire.

En 2001, Portland fut la première ville américaine à créer un système de tramway aérien électrique.

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