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Poulets chlorés : la discorde entre les États-Unis et l’Europe croît à l’OMC

Les États-Unis ont annoncé jeudi avoir demandé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de trancher le différend les opposant à l’Union européenne à propos des exportations de volaille désinfectée au chlore, après l’échec de leurs discussions avec Bruxelles.

Les États-Unis, qui avaient porté plainte contre l’UE devant l’OMC en janvier, ont demandé à l’institution de Genève de constituer un groupe d’experts pour trancher la question, selon un communiqué publié par les services du représentant au Commerce extérieur américain, Ron Kirk.

« Les États-Unis ont demandé à ce groupe d’étudier si l’interdiction de l’UE pesant sur l’importation et la commercialisation de volaille et de sous-produits de volaille ayant subi un traitement de réduction des agents pathogènes, jugé sûr par les autorités de l’alimentation américaines et européennes, est conforme aux obligations de l’UE vis-à-vis de l’OMC », indique ce texte.

Le dépôt d’une plainte devant l’OMC entraîne une phase de consultations bilatérales sous l’égide de l’Organisation. La demande de constitution d’un groupe d’experts est la deuxième étape du processus de règlement des conflits, lorsque les négociations ont échoué.

Une fois institué, le groupe d’experts (qui peut être refusé une fois par la partie visée, mais pas deux) dispose de six mois pour établir un rapport et le présenter aux parties concernées.

À Bruxelles, la Commission européenne a dit regretter la décision prise par les États-Unis.

« Nous avons le sentiment que le contentieux n’est pas le moyen le plus approprié pour traiter de questions complexes comme celle-là », a déclaré un porte-parole de la Commission, Lutz Güllner, promettant que l’UE défendrait sa législation sur la sécurité des aliments.

L’Union européenne interdit depuis plus de dix ans l’importation de volailles désinfectées au chlore. Les ministres de l’Agriculture européens ont refusé en décembre de lever cet embargo, auquel la Commission européenne proposait de mettre fin sous certaines conditions.

L’affaire des « poulets chlorés » est emblématique des différences culturelles entre l’Europe et les États-Unis dès lors qu’il s’agit du rapport à l’alimentation et mobilise du côté européen les opposants au modèle agro-industriel américain.

Aux États-Unis, l’industrie du poulet a recours à un trempage des volailles déplumées dans une solution chimique antimicrobienne, contenant notamment du chlore, pour en éliminer les bactéries comme les salmonelles.

Cette pratique est interdite dans l’UE où les vétérinaires préfèrent des contrôles d’hygiène préventifs tout au long de la chaîne alimentaire.

L’annonce de la décision américaine a lieu alors que le ministre de l’Agriculture français, Bruno Le Maire, se trouve aux États-Unis pour une visite de deux jours, au cours de laquelle il devait rencontrer M. Kirk, jeudi, à 16 h heures à Washington (20 h GMT).

L’attitude des États-Unis sur le dossier tranche avec la volonté de coopération affichée en juillet par M. Kirk et la commissaire européenne au Commerce, Catherine Ashton.

Ceux-ci avaient alors convenu d’intensifier le dialogue pour résoudre les différends commerciaux, après la conclusion d’un accord préliminaire en vue de régler le conflit sur l’embargo européen visant le bœuf aux hormones américain.

Il est vrai que, dans le domaine alimentaire, les deux représentants n’avaient mentionné explicitement que la bataille touchant au régime européen d’importation des bananes et celle ayant trait aux contrôles européens sur le riz long grain américain.

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