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Pour les USA, la discrimination pourrait faire de la France un “pays faible”

Les Américains scrutent les banlieues françaises et s’inquiètent, selon les messages diplomatiques révélés par WikiLeaks, que la discrimination des musulmans, suscite des crises répétées et ne fasse de la France un “pays faible” et un “allié moins performant”.

“Le vrai problème, c’est l’échec de la France blanche et chrétienne à considérer les compatriotes plus bruns et musulmans comme de vrais citoyens”, déplore l’ambassade américaine dans une note rédigée le 9 novembre 2005. Titré “Le modèle d’intégration français part-il en fumée?”, ce texte, rédigé alors que les banlieues sont en proie aux émeutes parties de Clichy-sous-Bois, pointe “l’horrible réalité de l’échec persistant de la France à intégrer sa population immigrée”. Deux ans plus tôt, les Etats-Unis avaient commencé à regarder de près ce qui se passait en banlieue, un processus accéléré par ces événements, à tel point qu’une cellule spécifique a été mise en place à l’ambassade.

Selon un télégramme confidentiel du 9 janvier 2007, Washington entend mener une “stratégie d’engagement vers les minorités”. Et une note du 25 janvier de la même année évoque “deux officiers nommés sur les questions de minorités”. “Le but est de sensibiliser à tous les niveaux la population française pour amplifier les efforts de la France à concrétiser ses propres idéaux égalitaristes, et par voie de conséquence, faire progresser les intérêts nationaux américains”, explique un câble. Après avoir noté un manque de souplesse des institutions françaises “pour s’adapter à une démographie de plus en plus diverse”, le télégramme avertit: si la France ne parvient pas à améliorer les perspectives de ses minorités et à leur donner une représentation politique, elle pourrait devenir “un pays plus faible, plus divisé, plus enclin à des crises, centré sur lui-même, et par voie de conséquence un allié moins performant”.

Pour les diplomates, “la France n’a pas pleinement tiré parti de l’énergie, de la motivation et des idées de ses minorités”. L’ambassade reconnaît que “les minorités musulmanes françaises sont mieux intégrées que leurs homologues ailleurs en Europe”, mais insiste sur “un problème notoire de discrimination”. Et si en 2005, ils ne croyaient pas à une instrumentalisation des émeutes par des groupes islamistes, les Américains voient dans les discriminations le risque d’une dérive extrémiste. “Cela va être un défi de changer les attitudes profondément installées à l’encontre des immigrés qui ne sont pas blancs” mais “échouer pourrait inciter des classes populaires largement dépolitisées à embrasser l’extrémisme politique islamiste”.

L’enracinement ou non des organisations islamiques dépendra “de l’efficacité des programmes sociaux du gouvernement et, plus largement, de la volonté de la société française de regarder en face ses a priori persistants”. Considérant que “les populations défavorisées restent une cible évidente pour les recruteurs extrémistes”, l’ambassade évoque dans une note du 25 janvier 2007 de possibles aides financières pour lutter “contre les conséquences des discriminations et l’exclusion des minorités en France”. Le département d’Etat finance effectivement des séjours et des stages aux Etats-Unis de jeunes socialement défavorisés. Une offensive de charme appréciée dans les quartiers mais qui doit être conduite avec “une discrétion considérable, de la sensibilité et du tact”, recommandent les diplomates américains.

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