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Premier Dakar en Amérique latine : témoignage d’un pilote français de la USA Team

En janvier dernier, Eric Vigouroux, pilote automobile français établi à San Diego s’embarquait avec l’équipe américaine Hummer dans l’aventure du Paris-Dakar. Pour la première fois cette année, la course avait lieu en Amérique du Sud. Arrivé à la 13ème place, il raconte à France-Amérique son aventure et l’accident dans lequel il a été impliqué.

Après plus de dix ans de carrière automobile en France, pourquoi êtes-vous venu vous installer en Californie ?

Je pratique effectivement le sport automobile depuis 12 ans, mais en 2001, j’ai décidé de rouler sur des voitures américaines parce que je les trouve plus performantes et plus originales. J’ai donc commencé à me déplacer aux États-Unis et en Californie notamment, où habite la majeure partie des coureurs automobiles du pays. C’est une région qui possède un immense espace pour s’entraîner (ndlr, la région désertique au sud de la Californie) et un grand savoir-faire dans les sports mécaniques tout-terrain. J’ai eu 40 ans en 2006 et je me suis dit : soit je reste en France, soit je pars aux USA avec ma famille et je fais l’expérience d’une vie totalement nouvelle. J’ai choisi la seconde option et suis venu m’installer à San Diego avec ma femme et mes deux filles.

En tant que pilote français, comment vous êtes-vous retrouvé dans le Team Dakar USA ?

J’ai moi-même été étonné d’être invité dans le Team USA. Normalement je cours pour mon propre compte. Cette année, j’avais même décidé de ne pas faire le Dakar. En 2008, je comptais bien faire la course, mais à la dernière minute, elle a été annulée pour des raisons de sécurité. J’avais vraiment été déçu (ndlr, les organisateurs du Dakar avaient reçu des menaces terroristes en Mauritanie, où une partie de la course devait avoir lieu). Cette année, j’avais déjà fait beaucoup de courses et je voulais me reposer. Mais le 24 décembre, Robby Gordon, le patron du Dakar USA, et une véritable star aux États-Unis, m’a contacté. L’un de ses pilotes s’était désisté et il savait que j’étais libre ; il m’a donc proposé d’être le pilote invité de l’équipe américaine. Impossible de refuser une telle proposition. Le USA Team participe au Dakar seulement depuis 2005 mais s’est tout de suite faite remarquer pour ses performances. J’ai donc accepté et suis parti avec toute l’équipe pour l’Argentine le 5 janvier, date du début de la course.

Le Paris-Dakar s’est déroulé pour la première fois en Amérique du Sud. Quelles différences avez-vous constaté sur le terrain ?

En Amérique du Sud, les espaces sont beaucoup plus organisés qu’en Afrique ; beaucoup de propriétés sont clotûrées et les pistes sont déjà tracées. Je n’ai donc pas pu pratiquer la tactique de l’« open space », comme en Afrique où le hors-piste est tout à fait admis. En Argentine et au Chili, ce n’est pas vraiment possible de sortir de la piste, la végétation est beaucoup trop dense. Le parcours est aussi beaucoup plus montagneux : lorsque nous avons traversé la Cordillère des Andes, à plus de 4500 mètres d’altitude, nous avons eu quelques problèmes d’oxygène avec nos moteurs. Le sol africain est plus rocailleux alors que celui d’Amérique latine est très fiable et donc plus poussiéreux.

Quelle étape du parcours avez-vous préféré ?

La boucle Copiaco-Copiaco au Nord du Chili. Cette étape spéciale a réuni tout ce que j’aime dans la course automobile : le franchissement de dunes, les techniques de pilotage mais aussi des paysages incroyables.

Lors de la dernière étape, un spectateur a été gravement blessé par votre véhicule. Comment l’accident s’est-il produit ?

Nous n’étions plus qu’à 6 kilomètres de la fin du parcours. La dernière étape s’est entièrement déroulée à travers champs : nous roulions sur de grandes lignes droites avec au bout des virages en épingle à cheveux. Lors de l’avant-dernier virage, j’ai voulu écraser les freins mais rien ne s’est produit, je me suis retrouvé en roue libre avec au bout de la ligne droite, un mur d’une centaine de spectateurs. Mes freins avaient dû trop chauffer pendant le début de l’étape. Je me suis retrouvé au volant d’un véhicule lancé à fond sans plus aucun contrôle, avec un choix atroce à faire : essayer d’orienter le hummer vers la gauche où les gens étaient massés sur la route ou vers la droite où le public était moins nombreux. J’ai réussi à donner une petite orientation vers la droite et j’ai fait signe aux gens que je n’avais plus de freins. Ma voiture est rentrée dans le fossé, a sauté en l’air en sortant du fossé et est venue frapper un spectateur argentin. Depuis l’accident, je téléphone tous les jours à la famille. Aux dernières nouvelles, l’homme est sorti du coma artificiel dans lequel il avait été plongé. Il n’a eu aucune fracture mais souffre de problèmes respiratoires.

N’y a-t-il pas de consignes de sécurité ?

Si pourtant, il y a des messages diffusés à la TV pour expliquer aux gens où se placer. Mais en Amérique latine, le public est passionné, ils viennent en masse pour assister. Les spectateurs ont un comportement très différent de ceux du Dakar « africain ». C’était du délire, il y avait des gens sur les moindres étapes du parcours, et pas seulement des hommes de 25-50 ans mais des familles entières. Normalement, il y a des policiers sur les étapes pour placer les gens et leur dire de se mettre à l’intérieur des virages. Il ne devrait jamais y avoir de spectateurs au bout d’une ligne droite. Mais là, même les gendarmes étaient sur la route avec le public pour prendre des photos !

Le Dakar est souvent critiqué par les associations de défense de l’environnement. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

Il y a beaucoup d’autres courses automobiles organisées chaque année mais le Dakar focalise toujours les critiques, sans doute parce que c’est le rallye le plus symbolique et le plus ancien (ndlr, il a été créé en 1979). Dans les années 1980, le Dakar a suscité un engouement extraordinaire : il a permis de faire découvrir des paysages a priori hostiles et d’aller à la rencontre des populations. Cette course a le mérite de mettre en valeur certaines régions méconnues. Mais avec le temps, la magie du Dakar et l’esprit de découverte ont disparu. Je pense que l’intérêt du Dakar doit maintenant être cherché sur d’autres continents, comme cela a été le cas cette année. En Amérique latine, la course a retrouvé l’esprit rallye de découverte. Pour ce qui est de l’environnement, un Dakar pollue beaucoup moins qu’un seul Grand Prix de Formule 1 et encore moins qu’un voyage en avion entre l’Europe et les États-Unis par exemple.

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