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Près de Dallas, français et arabe au programme d’une école à charte

À Coppell, dans le nord du Texas, les élèves de Manara Academy, une nouvelle école à charte, donc entièrement financée par des fonds publics, suivent des cours quotidiens d’arabe ou de français comme première langue étrangère, du Kindergarten au 5th grade.

Ce fut une décision difficile pour Sofia Alami… Mais finalement ses deux enfants, Nael, 8 ans, et Adam, 5 ans, scolarisés à Manara Academy, où elle est elle-même professeur de français, suivent les cours d’arabe depuis la rentrée. « Il fallait faire un choix et nous voulions qu’ils soient capables de communiquer avec leurs grands-parents », explique la jeune femme d’origine marocaine, qui conserve, lorsqu’elle s’exprime en français, une trace d’accent… québécois, souvenir de treize années passées au Canada.

Sofia Alami enseigne le français quatre fois par semaine à des élèves de classes à l’effectif de seize à vingt, allant du Kindergarten au 5th grade. « En fait beaucoup de parents ont regretté d’avoir à choisir entre l’arabe et le français, » remarque Amaris Obregon, la directrice de Manara Academy, qui n’exclut pas la possibilité de mettre ces deux langues simultanément au programme dans un avenir très proche. Les autres matières sont toutes enseignées en anglais.

Les écoles à charte sont des établissements financés par des fonds publics et qui offrent souvent un curriculum spécialisé. Manara Academy (Manara signifie phare en arabe) a choisi de mettre l’accent sur les langues, dans un premier temps l’arabe et le français, dans un État où l’espagnol est beaucoup parlé. « Justement, répond Amaris Obregon. L’offre pour l’espagnol existe déjà. Il y a une grosse communauté hispanique et les gens ici sont souvent déjà bilingues. Nous offrons donc à leurs enfants le moyen d’acquérir une troisième langue. Le français et l’arabe sont des langues universelles. »
Au Texas le nombre d’élèves apprenant le français dans les écoles publiques a augmenté régulièrement entre 2006 et 2009 passant de 73 371 à 81 563 d’après la Texas Education Agency.
L’arabe reste relativement peu enseigné aux États-Unis malgré une demande de plus en plus forte (+ 127 % d’inscription en cours d’arabe dans les collèges et universités en 2007 estime la Modern Language Association),

Les fondateurs de Manara Academy qui sont, d’après la directrice, en majorité d’origine arabe, pakistanaise ou indienne, ont fait la demande d’autorisation pour la création de l’établissement l’année dernière juste avant que la limite du nombre de charter schools autorisées par le Texas – 215 en tout – ne soit atteinte. Dans un État où, d’après un rapport publié par l’université de Stanford en juin 2009, ce type d’établissements affiche des résultats souvent moins bons que les écoles publiques traditionnelles, Mme Obregon insiste sur le fait que Manara Academy a justement le souci d’assurer un « excellent niveau académique ». L’autre particularité de Manara Academy étant d’être une Expeditionary Learning school dont la philosophie et les méthodes sont basées sur l’expérimentation sur le terrain. Il en existe environ 150 aux États-Unis.

Manara Academy a loué pour un an les locaux d’une ancienne école luthérienne (the Christ Our Savior Lutheran School) à Coppell, une ville de 39 000 habitants située dans la banlieue de ce qu’on appelle la « Metroplex » Dallas/Fort Worth (plus de 6 millions d’habitants). Amaris Obregon concède qu’il a fallu faire un gros travail de d’information sur lnternet et lors de réunions publiques avant l’ouverture de l’école afin de rassurer sur le contenu non religieux des cours et surtout faire face à une vive opposition liée à de possibles problèmes de trafic autour de l’établissement. À tel point que le Morning Dallas News avait cru bon de dépêcher une journaliste le matin de la rentrée, le 24 août dernier. Elle n’a pu que constater « que les confiants comme les apeurés sont entrés à la Manara Academy lundi, comme tous les écoliers du Texas. »

Manara Académy compte maintenant 250 élèves, venus de huit districts scolaires différents, « un tiers blanc, un tiers noir et un tiers asiatique », selon la directrice qui se félicite de cette diversité. Elle espère en accueillir 500 d’ici 2012 jusqu’au 8th grade, soit un niveau de plus par an. « Le but, à terme, c’est d’être à la pointe de l’enseignement des langues », explique Amaris Obregon.

Les élèves de Sofia Alami sont pour l’instant tous débutants, quelques-uns ont des parents d’origine québécoise mais la plupart n’ont jamais vraiment été exposés au français. « L’important, c’est qu’ils se sentent à l’aise », explique-t-elle. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur l’oral, la communication et la culture bien sûr. Ils vont découvrir ce qu’est la francophonie », se réjouit-elle.

www.manaraacademy.org

« Multiple Choice: Charter School Performance in 16 States », rapport du Center for Research on Education Outcomes (CREDO), Stanford University.

www.elschools.org

www.tea.state.tx.us

www.mla.org

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