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Présidentielle : la crainte lancinante des Noirs américains

Liz Wills se souvient encore de ce jour de janvier 2009 lorsque Barack Obama est entré à la Maison Blanche. Maintenant, elle craint qu’une éventuelle défaite du président face au candidat républicain en novembre ne sonne comme une revanche teintée de racisme.

“Je suis assez vieille pour avoir vécu les entrées séparées pour les Noirs et les Blancs dans les toilettes, les écoles ségrégationnistes, le fait que vous ne pouviez pas vous asseoir à l’avant des bus ou des trains. J’ai vu tout ça. Je l’ai vécu”, raconte cette Noire de 73 ans, originaire de Durham, en Caroline du Nord. “Cela n’a plus rien à voir aujourd’hui mais il reste encore des stigmates. Le racisme existe encore et continue de prospérer même”, ajoute Mme Wills, rencontrée à Charlotte, où se tient la convention du Parti démocrate qui investira de nouveau le président Obama pour tenter d’enlever un second mandat.

Revenant sur la liesse de 2008, quand les Etats-Unis avaient pour la première fois élu un Noir à leur tête, elle se rappelle ce moment “euphorique”. “Il n’y a pas de mots pour le décrire. Jamais je n’aurais pensé voir ce jour arriver”, dit-elle. Mais le ton change vite lorsqu’on lui demande comment elle réagirait si d’aventure le républicain Mitt Romney l’emportait le 6 novembre. MM. Obama et Romney sont au coude à coude selon les sondages. “Ce serait déprimant si Mitt Romney était élu. Je serais même très déprimée. Cela a beaucoup à voir avec le racisme. Soyons honnêtes, ce serait pour beaucoup à cause du racisme”, affirme cette dame.

Juste derrière elle, le centre Harvey B. Gantt pour les arts et la culture afro-américaine, un centre culturel à Charlotte, raconte la longue histoire de la lutte pour les droits civiques dans la région. On y apprend par exemple que Durham, d’où Mme Wills est originaire, était une ville de transit pour le commerce des esclaves au XIXe siècle. Elle a vu son lot de manifestations et de visites de Martin Luther King. Aujourd’hui, la ville et ses alentours sont considérés comme l’un des corridors high-tech et universitaire les plus dynamiques aux Etats-Unis. A ses côtés, sa cousine, Dorothea Jones, 69 ans, reconnaît bien volontiers les progrès réalisés mais insiste sur le fait que la discrimination reste d’actualité.

Elle cite en exemple un incident la semaine dernière à la convention républicaine à Tampa, en Floride, lorsque deux personnes avaient jeté des cacahuètes sur une caméraman noire de CNN en lançant “c’est ainsi qu’on nourrit les animaux”. L’incident avait été fermement condamné par les républicains. “Vous devez considérer qu’autour des gens ont laissé faire. C’est comme cela que le racisme prospère”, dit Mme Jones, née en Caroline du Nord mais qui est déléguée démocrate du Massachusetts.

Pour David Goldfield, professeur d’histoire à l’université de Caroline du Nord, il aurait été impensable qu’un Noir se présente à la présidence il y a seulement 30 ou 40 ans. Mais, estime-t-il, l’élection de 2012 pourrait être plus significative encore que celle de 2008. “Elire un Noir à la présidence des Etats-Unis, c’est difficile de faire mieux au regard de l’Histoire”, assure cet expert. “Mais je pense que cette élection est plus importante étant donné que le Parti républicain a été véritablement kidnappé par son aile droite”.

Les sondages donnent en tous les cas une écrasante majorité de Noirs en faveur de Barack Obama, entre 90% à 100%, alors que les républicains ont traditionnellement du mal à séduire cet électorat. Reste à savoir si le président démocrate pourra remobiliser les Noirs comme en 2008. Cette communauté vote d’habitude moins que la moyenne et a été très touchée par la crise économique.

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