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Procès à Guantanamo : Omar Khadr passe un accord

Un accusé qui se déclare coupable après s’être toujours dit innocent: en passant un accord à l’amiable avec Omar Khadr, l’administration Obama a évité la mauvaise publicité d’un procès à Guantanamo, sans néanmoins faire taire les critiques.

“Le résultat, c’est que ceux qui sont favorables aux tribunaux militaires d’exception ont maintenant évité l’embarras de ce procès et peuvent dire que ces tribunaux ont condamné un terroriste”, explique à l’AFP David Glazier, professeur de droit à l’université Loyola de Los Angeles. Agé de 24 ans aujourd’hui, le jeune Canadien arrêté à 15 ans sur le champ de bataille en Afghanistan, a accepté lundi de plaider coupable de toutes les accusations de “crime de guerre” pesant contre lui, réduisant son procès au seul examen par un jury des circonstances aggravantes et atténuantes entourant ces “crimes”.
En échange, il devrait purger une peine réduite à huit ans selon la presse, dont un an à Guantanamo, sauf si le jury militaire le condamne à moins.
L’annonce d’un accord a surpris alors que le jeune Khadr avait plusieurs fois, dont un jour dans la salle d’audience, assuré qu’il ne plaiderait pas coupable parce que ce serait donner raison aux Etats-Unis qu’il accuse de l’avoir maltraité.
Son procès, brièvement ouvert sous un flot de critiques en août, et suspendu en raison d’un malaise de son avocat militaire, était le premier d’un détenu de Guantanamo sous l’administration Obama qui s’était pourtant engagé pendant sa campagne à en finir avec la justice d’exception.

Dès son ouverture, les observateurs avaient déploré que le juge militaire Patrick Parrish, présidant les débats, ait pris pour argent comptant les confessions qu’Omar Khadr dit avoir faites sous la contrainte juste après son arrestation.
Désormais, grâce à l’accord de plaider-coupable, “les Etats-Unis vont s’épargner la honte de juger un enfant soldat dans un tribunal que quasiment le monde entier juge illégitime”, estime l’organisation américaine de défense des libertés civiles (ACLU), dans un communiqué.

Sans phase du procès pour établir la culpabilité, “les Etats-Unis n’auront plus à entrer dans les détails embarrassants des tortures subies par Omar Khadr ou à supporter les multiples appels contestant la constitutionnalité des charges pesant contre lui”, ajoute Human Rights First.

Différent du droit fédéral, le droit militaire américain prévoit qu’un accusé plaide explicitement coupable de chaque chef d’accusation, puis comparaisse devant un jury chargé de prononcer une peine alors que celle-ci a déjà été fixée dans l’accord.
“La réalité de Guantanamo semble être que le seul moyen d’en sortir est de plaider coupable de quelque chose contre l’assurance de finir sa peine dans son pays”, analyse M. Glazier, faisant allusion à l’accord de plaider-coupable déjà passé en août avec le Soudanais Ibrahim al-Qosi, un ancien cuisinier d’Oussama ben Laden. Résultat, observe-t-il, Omar Khadr a plaidé coupable lundi d’avoir tué deux soldats afghans, “alors que l’accusation n’en n’avait aucune preuve et que ça n’aurait même pas été soulevé au procès”.

“M. Khadr est enfermé depuis huit ans, il aurait probablement avoué n’importe quoi juste pour en sortir”, confirme à l’AFP Eugene Fidell, professeur de droit à Yale. “Huit ans pour arriver à cela, c’est un scandale, c’est injuste pour les victimes et leur famille et c’est injuste pour lui”.

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