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Procès Clearstream: deuxième round du match Lahoud/Gergorin

Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin ont continué mardi à s’accuser mutuellement d’avoir été à l’origine de l’affaire Clearstream, tandis qu’une partie civile a fustigé l’inaction des politiques qui auraient pu stopper le “train fou de la calomnie”.

En dépit d’un alléchant programme, la journée de mardi n’a apporté que peu d’éléments nouveaux sur le coeur de la manipulation Clearstream, une vaste histoire de dénonciation calomnieuse dans laquelle des noms de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, ont été ajoutés sur des listings bancaires, afin de faire croire qu’ils détenaient des comptes occultes.

“Vous vous dites de bonne foi”, mais “alors pourquoi avez-vous gardé ce champ de secrets pour vous? Pourquoi ces cachotteries?”, a demandé à M. Gergorin le président Dominique Pauthe, étonné que l’ancien vice-président d’EADS ait préféré livrer les listings au général Rondot, un conseiller du ministère de la Défense, plutôt qu’à un juge ou à des membres d’EADS.

“Parce que ces éléments venaient d’une seule source”, Imad Lahoud, et qu'”une seule source égale zéro source. (…) Je ne voulais pas entamer une chasse aux sorcières sur la crédibilité d’une seule source”, a affirmé le polytechnicien, soulignant: “J’y croyais. J’étais dans mon univers. (…) M. Lahoud a joué extrêmement habilement : plus c’était compliqué, plus j’y croyais”.

Il fallait avoir “une solide constitution” pour vivre tout cela, a remarqué le président. “J’ai vécu des affaires de secrets d’Etat”, comme le Rainbow Warrior, “j’ai dû pratiquer la manipulation d’Etat”, s’est justifié le géostratège.

Quant à Renaud van Ruymbeke, il l’a contacté en avril 2004 puis, avec son accord, lui a adressé quatre courriers “anonymes”, pensant faire avancer son enquête sur les frégates de Taïwan.

“Je me suis trouvé comme une poule devant un couteau à écrire une lettre anonyme”, a raconté M. Gergorin. Mais d’après lui, ces lettres ont été tapées par Imad Lahoud. Quant au troisième envoi, “je ne suis pas responsable du texte, c’est Imad Lahoud, je lui ai juste dit +Vous signez DT+”, pour Deep throat, allusion à la source Gorge profonde dans le scandale américain du Watergate.

“Non, Monsieur le président”: rengaine polie, une demi-douzaine de fois répétée, Imad Lahoud nie. “Je n’ai donné à Jean-Louis Gergorin que le dernier envoi”. Et encore, “je lui ai remis tout simplement un CD Rom que j’ai gravé”.

M. Lahoud a également réfuté avoir “appâté” Jean-Louis Gergorin, le général Rondot et même Dominique de Villepin, en leur offrant sur un plateau les noms de ceux qu’ils rêvaient de pulvériser.

Mais des deux hommes, c’est surtout Jean-Louis Gergorin qui a trinqué mardi. Très crédible face à Imad Lahoud la semaine dernière, il a peiné mardi à convaincre. Il a surtout dû essuyer les assauts répétés du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui s’est étonné qu’un homme si diplômé, énarque et polytechnicien, ait pu si facilement se laisser abuser.

Plus tôt, Gilbert Flam, vice-procureur à Paris et partie civile, avait brocardé l’inaction d’un “certain nombre de responsables politiques et administratifs qui ont su très tôt qu’il s’agissait d’une manipulation” et qui auraient dû saisir le parquet ou la Chancellerie.

Selon le magistrat, un temps détaché à la DGSE, une telle intervention aurait pu stopper “le train fou de la calomnie”.

Interrogé sur sa connaissance de M. Flam, Dominique de Villepin est alors brièvement intervenu. Après avoir reconnu qu’il le connaissait, pour avoir été le protagoniste d’une autre affaire, il a réaffirmé n’avoir “jamais eu (les listings) entre les mains”.

Il sera entendu plus longuement mercredi.

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