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“Projet X” ou quand une soirée Facebook vire au saccage de villa

Après les raves-parties et les apéros géants, la justice française s’est trouvée confrontée lundi pour la première fois à une soirée “Projet X”, une orgie festive au cours de laquelle un millier de jeunes ont investi, puis saccagé, une villa inoccupée du littoral varois.

Vitres brisées, sanitaires descellés, canalisations arrachées, mobilier jeté dans la piscine: c’est une vision d’apocalypse qui attendait il y a un mois deux couples de Hollandais, propriétaires d’une résidence dans le Var. Les dégâts sont évalués à quelque 80 000 euros. “C’était effrayant, incroyable”, “ils ont tout cassé”, se souvient Hanneke Sprong, l’une des propriétaires de la villa située dans le quartier des Issambres de Roquebrune-sur-Argens. “Au début, on n’y croit pas, ajoute-t-elle en marge de l’audience devant le tribunal correctionnel de Draguignan. On se croit dans un film où on joue le rôle principal.”

Elle ne croit pas si bien dire. Lundi, les organisateurs de la fête du 19 mai, Allan Brooks et Alexandre Fleury, 21 ans, ont reconnu s’être inspirés du film américain “Projet X”. Cette fiction raconte l’histoire de trois lycéens qui préparent la plus grande soirée jamais organisée. Drogue, violence, sexe: la soirée tourne au désastre. Depuis sa sortie le 14 mars, des adolescents en ont reproduit le scénario, causant d’importants dégâts dans des maisons inoccupées. Un jeune en est même mort aux Etats-Unis.

“C’est No Limit”

Dans le Var, la semence germe début mai. Apparaît alors sur Facebook une page-événement concernant une “soirée Projet X”. Dans la marge, l’affiche du film éponyme. Le flyer invite les internautes à une fête qui “rentrera dans l’histoire”: “Comme dans le film, c’est No Limit.” Les organisateurs promettent du “gros son”, des “strip-teaseuses” et des “DJ en folie”. “Seule obligation: emmener une bouteille d’alcool par personne.” Prix d’entrée: 2 euros.

Résultat: entre 600 et 1 200 jeunes de 16 à 20 ans répondent à l’appel. Certains viennent des environs, d’autres ont fait le déplacement de Marseille, Nice, Lyon et même Paris. Ce sont des riverains, excédés par le bruit et inquiets pour leur sécurité, qui alertent les gendarmes. Lundi, Allan Brooks a nié s’être rendu “complice de dégradations”. “Ce n’était pas du tout le but” de la soirée, s’est défendu le jeune homme, affirmant avoir voulu “organiser une soirée-test pour se lancer dans l’événementiel”.

Il assure que les dégradations n’ont pas été le fait des “invités” à proprement parler de la soirée, mais de casseurs venus “détruire la baraque” alors que la soirée était finie. “Je n’ai en aucun cas pensé (…) qu’on allait reproduire ce qui se passait dans le film”, a-t-il déclaré. “On n’a pas demandé à 1.200 personnes de venir et de tout casser dans la maison!” Faux, a rétorqué le procureur Pierre Arpaia: “Ils savaient que la soirée allait dégénérer. (…) Le but était de parvenir à un état de défonce, qui par l’alcool, qui par d’autres substances. Et à la fin de la soirée, tout devait être détruit.”

Malheureusement, a-t-il conclu, “la réalité vous rattrape (…) de plain-pied”. Face à “de tels actes de vandalisme”, il a relevé “la nécessité d’une sanction forte”, qui “évitera peut-être à l’avenir d’autres Projets X…” “Entre la fiction et la réalité, il y a un pas que parfois il ne faut pas franchir”, a-t-il dit, avant de requérir contre les deux prévenus un an de prison, dont deux mois ferme, et 15 000 euros d’amende. La décision devait être rendue dans la soirée lundi ou mise en délibéré à quelques jours.

 

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