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PSA Aulnay: le scénario d’une fermeture dès 2013 laisse les ouvriers désabusés

Dans les ateliers de l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-Bois, quasi déserte, les ouvriers n’ont exprimé ni surprise ni révolte mercredi après l’annonce, aussitôt démentie, qu’une fermeture dès 2013 était envisagée, confiant pour certains leur envie de partir au plus vite.

La phrase a échappé au directeur financier Jean-Baptiste de Chatillon, mercredi matin : “Ce n’est pas tant que nous souhaitions fermer par anticipation, mais le fait qu’un petit nombre de personnes continuent à perturber notre usine pourrait nous y obliger”, a-t-il dit lors d’une conférence d’analystes. “Scandale”, selon le SIA, premier syndicat de l’usine, “chantage” conspué par le délégué CGT Jean-Pierre Mercier, qui a averti que les grévistes paralysant l’usine depuis plus de trois mois n’y céderont pas. Devant l’émoi qu’a suscité cette phrase, la direction a publié un communiqué pour dire qu'”il n’y a pas de modification de calendrier” et réaffirmer que “l’arrêt de la production est planifié en 2014”.

Dans l’immense atelier de montage de l’usine de Seine-Saint-Denis, la chaîne est à l’arrêt et les ouvriers en blouse grise tuent le temps en papotant ou jouant aux cartes. Ils ont appris les nouvelles contradictoires sur l’avenir de l’usine par bouche-à-oreille ou par des alertes sur leurs téléphones portables. “Pour être honnête, on n’est pas surpris. On voyait le truc venir depuis plusieurs semaines”, confie Fabien Gustave, casquette sur la tête, sorti “prendre l’air” à la sortie de l’atelier.

Cet ouvrier de 33 ans, entré à PSA en 2001, affirme ne pas croire au démenti apporté par la direction. “A mon avis, ils vont fermer pendant l’été (où l’usine ferme pendant plusieurs semaines, ndlr), ni vu ni connu. Comme ça il n’y aura pas de tension.” “La direction peut dire ce qu’elle veut, on ne la croit plus. L’année dernière, trois semaines avant l’annonce du plan social, ils répétaient encore que la fermeture d’Aulnay n’était pas d’actualité”, rappelle Azzedine Grari.

“L’usine est déjà morte”

“Entre vous et moi, si ça ferme plus tôt, ça ne serait pas plus mal. De toutes façons, tout est bloqué. Et l’ambiance est pourrie”, ajoute un non gréviste qui souhaite rester anonyme. Selon Brahim Loujahdi, délégué CFTC, la direction serait tentée de “préparer le terrain”. “C’est honteux ! S’ils font ça, ça veut dire qu’ils ne vont rien respecter de ce qui est prévu dans le plan social et dans les mesures d’accompagnement des salariés”, notamment les reclassements prévus pour les quelque 2 600 salariés.

“L’usine est déjà morte. Regardez autour de vous: ça ne tourne pas, c’est fini !”, s’exclame Azzedine Grari, en désignant les carcasses de voitures suspendues, immobiles, aux rails de la chaîne de montage. “Ca va encore saper le moral des gars sur le terrain, ça met la panique”, regrette Tanja Sussest, déléguée du SIA, qui renvoie dos à dos CGT et direction. “On a l’impression qu’ils sont de mèche et travaillent main dans la main pour fermer le site au plus vite”, affirme-t-elle. “Ca sert à quoi que je reste?”, s’interroge un non gréviste. Une semaine sur deux, une équipe est déjà en chômage partiel. “Je n’ai qu’une hâte, c’est de partir. Je veux pouvoir réorganiser ma vie, il va falloir que je quitte mon appartement”, ajoute ce salarié qui veut partir à Poissy.

Près de 500 personnes ont déjà quitté l’usine d’Aulnay-sous-Bois dans le cadre de mobilités temporaires provisoires, principalement vers le site de Poissy, où la direction met les bouchées doubles pour compenser la perte de production due à la grève, soit plus de 14 000 Citroën C3.

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