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Quand les tabloids se transforment en agence de renseignement

Le scandale des écoutes enfle au Royaume-Uni mardi, avec une charge de l’ex-Premier ministre Gordon Brown contre “les activités criminelles” du groupe Murdoch, et la mise en cause de Scotland Yard accusé d’avoir bâclé l’enquête et de receler des informateurs-ripoux.

Trois hauts responsables de la police étaient sommés de s’expliquer devant une commission parlementaire sur le peu d’empressement mis à exploiter en 2006 le dossier de 11 000 pages en leur possession, comportant les noms de quelque 4 000 personnes susceptibles d’avoir été écoutées. Et notamment celui de M. Brown, qui a affirmé découvrir seulement maintenant l’ampleur d’abus qu’il subodorait.

L’ex-Premier ministre travailliste, battu en mai 2010 par le conservateur David Cameron, est sorti de sa retraite politique pour tirer à boulets rouges sur News Corp, le groupe du magnat australo-américain Rupert Murdoch, dans une interview à la BBC.

Il a incriminé trois des quatre journaux du groupe pour leurs méthodes d’investigation : le News of the World (NotW), tabloïde qui a vécu et péri par le scandale, le Sunday Times, et le Sun.

Brown s’est dit victime “d’abus de pouvoir à des fins commerciales ou politiques” du temps où il était ministre des Finances (1997-2007) puis chef du gouvernement.

Selon lui, le Sunday Times a obtenu et exploité des informations sur ses comptes bancaires et patrimoine immobilier, tandis que le Sun a eu accès au dossier médical de son fils Fraser, atteint de mucoviscidose.

Les Britanniques connaissaient le “hacking” désignant les écoutes de messageries vocales ou textuelles par le NotW.

Ils ont découvert au travers des accusations de Brown le “blagging”, technique de dissimulation et/ou d’usurpation d’identité pratiquée par certains journalistes mais aussi des détectives ou acteurs à leur solde, en vue d’obtenir des informations confidentielles.

Selon l’ex-Premier ministres, le groupe Murdoch a entretenu “des liens avec la pègre.” Au nombre des “blaggers” figureraient des “criminels ayant un casier judiciaire.”

La contamination présumée des méthodes répréhensibles au sein du groupe Murdoch constitue une mauvaise nouvelle supplémentaire pour News Corp, au lendemain de son “lundi noir”, marqué par le report sine die du projet qui tenait le plus à coeur à M. Murdoch : le rachat de la totalité du bouquet de chaînes par satellite BSkyB pour la bagatelle d’environ 10 milliards d’euros.

Le baron de la presse a fermé dimanche le NotW au coeur du scandale pour tenter de sauver ce projet.

Les rumeurs les plus folles courent désormais dans les rédactions britanniques à propos d’une hypothétique fermeture des trois autres titres britanniques de l’empire transcontinental Murdoch.

Quoi qu’il en soit, Rebekah Brooks, l’ancienne rédactrice en chef du Sun et du NotW, aujourd’hui directrice de News International, branche britannique de News Corp, est plus que jamais sur la sellette malgré le soutien sans faille affiché par M. Murdoch.

Quant à l’un des policiers passés au gril par les députés mardi, John Yates, il a déjà publiquement admis avoir commis une erreur en classant l’enquête sur les écoutes, en 2009.

Jusqu’à présent, Scotland Yard a avancé deux arguments principaux pour justifier ses ratés : des avis juridiques sur la difficulté de l’entreprise, et la priorité donnée à la lutte contre le terrorisme.

Cependant, le Premier ministre, lui même éclaboussé pour avoir confié sa communication à Andy Coulson, ex-patron de la rédaction du NotW, a avancé une troisième raison : les relations “intimes” entre la presse et les policiers, qui doivent cesser, selon lui .

A en croire les dernières allégations, certains policiers chargés de la protection de la famille royale auraient tenté de monnayer au NotW des informations sur la reine, le prince Charles et son épouse Camilla notamment, au risque de mettre leur sécurité en danger.

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