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Quel avenir pour la France en Afghanistan ?

Le meurtre de quatre soldats français par un soldat afghan souligne les difficultés qui attendent la coalition de l’Otan, censée former les forces locales et leur passer le relais d’ici trois ans, mais de plus en plus victime de ce genre d’événements.

Dès qu’a été connu le bilan de l’attaque de vendredi – qui a aussi fait quinze blessés français dont huit grièvement atteints -, le président français Nicolas Sarkozy a évoqué la possibilité d’un retrait anticipé des troupes françaises d’Afghanistan. “Nous ne pouvons pas accepter qu’un seul de nos soldats soit tué ou blessé par nos alliés. C’est inacceptable”, a-t-il déclaré.

Une contradiction qui résume le défi auquel sont confrontées les troupes occidentales. D’ici trois ans, l’immense majorité des 130 000 soldats de l’Otan est censée avoir quitté le pays et avoir confié sa sécurité aux militaires et aux policiers afghans qu’ils sont aujourd’hui en partie chargés de former. Faute d’avoir pu vaincre les rebelles talibans sur le terrain, la coalition de l’Otan, à l’image de la France, se concentre sur cette tâche de formation pour éviter que le pays ne retombe dans le chaos à son départ.

Dans ce cadre, les déclarations du président français ont surpris. “Aucune nation n’a de forces comparables à celles des Américains, mais par rapport à tous les autres, les Français ont un contingent relativement grand, c’est donc important”, observe l’analyste Kate Clark. Avec le troisième nombre d’hommes sur le terrain (3.600) derrière les Américains (environ 100.000) et les Britanniques (9.500), l’évocation d’un retrait français anticipé peut avoir un effet négatif, estime Mme Clark, membre de l’Afghanistan Analysts’ Network, un institut basé à Kaboul. “On peut comprendre le sentiment des Français, mais en même temps, avoir une nation qui parle de se retirer de manière anticipée, ça ne crée pas une bonne impression”, relève-t-elle.

La question se pose de savoir comment continuer à former militaires et policiers tout en évitant à l’avenir de telles attaques, devenues de plus en plus fréquentes ces dernières années. Pressés de retirer leurs troupes, les Occidentaux ont formé à marche forcée des dizaines de milliers de soldats et de policiers pour faire passer les forces de sécurité afghanes de près de 190 000 à la fin 2009 à plus de 305 000 aujourd’hui, avec l’objectif de parvenir à 352 000 d’ici novembre 2012. Dans ce cadre, militaires afghans et étrangers ont “de nombreuses opportunités de se prendre à partie”, constate Kate Clark.

Et les accrochages se multiplient. Huit officiers et sous-officier américains ont été tués par un colonel afghan à l’aéroport de Kaboul le 27 avril 2011. Deux légionnaires français ont été abattus le 29 décembre par un soldat afghan dans la province de Kapisa (est), où a également eu lieu l’attaque de vendredi. Selon un décompte de l’AFP, 41 soldats de la coalition ont ainsi été tués par des soldats afghans. “Les altercations mortelles sont loin d’être rares ou isolées, elles reflètent une menace homicide systémique qui croît rapidement”, souligne un rapport confidentiel de l’Otan intitulé “Une crise de confiance et d’incompatibilité culturelle” et révélé vendredi par le New York Times. Selon le rapport, ces pertes représentent 6% du total des pertes de l’Otan sur la période considérée.

Le document minimise les infiltrations des talibans, estimant que ces attaques relèvent bien plus de disputes et d’antagonismes personnels que de motifs idéologiques. Contrairement à leur habitude, les talibans n’ont pas revendiqué l’attaque de vendredi, mais ils ont salué le “courage” du “soldat afghan patriote” qui a ouvert le feu sur les Français, tout en affirmant avoir de leur côté infiltré des combattants “qui ont mené des attaques similaires par le passé”.

Selon le général afghan à la retraite Atiqullah Amarkheil, “la vive réaction du président français Sarkozy va renforcer le moral des talibans et de leurs partisans”. “Cela va malheureusement leur fournir un outil de propagande supplémentaire. Ils vont affirmer dans les jours à venir que leurs actions et les pertes qu’ils infligent font trembler et reculer un pays aussi puissant que la France. Cela sera une défaite pour la France”, estime-t-il.

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