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Quentin Bajac, nouveau conservateur en chef de la photo au MoMA

Le Français Quentin Bajac sera le premier étranger à diriger le département photo du MoMA. Il remplacera, le 2 janvier prochain, l’Américain Peter Galassi, et espère apporter sa vision d’Européen aux futurs projets d’exposition. Portrait.

A 47 ans, l’ancien directeur du département photo du Centre Pompidou, à Paris, s’apprête à changer de vie. Direction New York et le MoMA, où il exercera ses fonctions dès janvier 2013. Une nomination qui intervient après un an de discussions en interne. “C’est un long processus”, explique-t-il. “Au départ, on sait simplement que le poste est vacant. Il y a plusieurs prétendants, chacun avec sa candidature, son programme et sa vision de la photographie. Si l’on est présélectionné, on passe une série d’entretiens avant que le choix final ne soit fait.”

Passé par Sciences Po, l’Ecole Nationale du Patrimoine et la conservation au musée d’Orsay, Quentin Bajac va succéder à de grands noms tels Edward Steichen ou Peter Galassi, pour devenir le premier étranger à la tête du département. Lui est un amoureux de l’instantané. S’il avait été photographe, son plus fidèle compagnon aurait été le Polaroid, un objet et un procédé dont il regrette les disparitions. Mais sans “aucun bagage technique en photographie”, il se contente d’observer les images. C’est par le cinéma, la peinture et l’histoire de l’art que Quentin Bajac est venu à la photographie. Sa préférence va aux prémices d’Etienne-Jules Marey ou Eadweard Muybridge. Des instantanés juxtaposés sur une même bande qui révèlent cinématographiquement le mouvement de l’être humain.

Un souci de modernité

New York, il connaît déjà. Et il y emmènera probablement son fils, même “si tout est un peu difficile à mettre en place”. Sans trop de pression, Quentin Bajac sait alors qu’il aura l’occasion de participer à la longue histoire qui lie le MoMA à la photographie. Une familiarité beaucoup plus ancienne qu’au Centre Pompidou, créé en 1977. Une histoire singulière faite de grandes politiques d’acquisition où subsistent quelques regards tournés vers l’émergence de nouveaux talents, comme le rappelle l’exposition annuelle du musée intitulée “New Photography”. “Les collections du MoMA et de Pompidou sont bien différentes, rappelle-t-il. Chacune est tournée vers son continent. Pour autant, il existe une fascination réciproque entre les deux musées. L’une des grandes figures du MoMA s’appelle Eugène Atget quand celle de Pompidou est Man Ray.”

En Europe, Quentin Bajac est notamment reconnu pour ses expositions de photographie moderne – dont Lartigue, 2003 ou La subversion des images-Surréalisme, 2009. Admirateur des premières gloires du medium, il ne se dit pourtant pas passéiste et sait se tourner vers les nouvelles formes d’expression. De nombreux photographes contemporains, notamment français – Valérie Belin, Christophe Bourguedieu, Stéphane Couturier, Luc Delahaye – ont su apprécier son écoute. Et si le MoMA l’a choisi, c’est justement pour ouvrir sa collection à d’autres territoires et renouer avec son attachement à la “vieille Europe”. “Je pense que ma nomination est aussi une façon de réconcilier l’historique et le contemporain”, dit-il. “Tout comme une reconnaissance de l’histoire de la photo française des vingt dernières années. Pour le MoMA, c’est une manière de sortir d’une histoire américano-américaine.”

Aux Etats-Unis, pays de la belle image et de la maîtrise technique, Quentin Bajac sait qu’il devra faire face à la tradition des “fine prints” et des expositions monographiques. Qu’à cela ne tienne, il entend bien imposer sa culture de projets thématiques, pluridisciplinaires et ouverts à toute forme de langage visuel. De son programme ou de ses idées, il ne dira rien, mais sa nomination paraît déjà être un tournant dans l’histoire du musée new-yorkais.

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